‹ Métamorphoses mœurs et instincts des insectes (insectes, myriapodes, arachnides, crustacés)Chapitre 151 sur 174 · MÉTAMORPHOSES DE LA PUCE DE L'HOMME · texte numérisé non relu

MÉTAMORPHOSES DE LA PUCE DE L'HOMME

( Pulex irritans).

lière à l'Homme. Celle-ci est bien reconnaissable à sa tête lisse, à ses anneaux du thorax et de l'abdomen ne portant sur leurs bords que des cils roides. On n’apprendrait rien à personne en rapportant de quelle façon vivent les Puces. Ces Insectes multiplient prodigieusement dans les pays chauds, et dans certaines conditions, ils acquièrent un volume qui n’est pas ordinaire. Sur les plages fréquentées par des baigneurs, on observe des Puces d'une dimension double ou triple de celles que‘l’on voit partout ailleurs, cependant elles sont bien de la même espèce.

Si tout le monde sait comment les Puces sucent le sang, avec quelle vigueur elles sautent, tout le monde ne se doute pas combien ces petits êtres se montrent intelligents pour soigner leur progéniture. Les Puces vont déposer leurs œufs dans les interstices des carreaux et des planchers, au milieu de la poussière. Leurs larves, privées de pattes, condamnées à demeurer où elles sont nées, ne peuvent vivre que de la nourriture des adultes. Abandonnées, elles périraient; mais elles ont des mères qui ne les

abandonnent pas, et dont la mort seule peut amener leur perte. Après s'être gorgée de votre sang, la Puce, si c’est une mère, va trouver ses jeunes, et leur dégorge une partie de la nourriture qu'elle a puisée. Au terme de leur croissance, les larves s’enferment dans une petite coque soyeuse et subissent leur transformation en nymphe. Les naturalistes des xvw et xvin‘ siècles, Leeuwenhoek, Rosel, de Geer, ont observé les Puces dans leurs soins maternels et dans leurs métamorphoses. De nos jours, un amateur ayant peine à croire à des instincts remarquables chez des êtres qu'il estimait stupides, lorsqu'il lui arrivait de sentir leur piqüre, eut recours à l'expérience. Des œufs de Puces furent mis dans de petites boîtes ouvertes, suffisamment garnies de poussière, les fères furent respectées, on observa les manœuvres que nous avons rapportées.

La Puce du Chien (Pulex Camis), plus petite que la Puce de l'Homme, en est très-distincte : elle porte au front et au thorax une rangée de fortes pointes. Accidentellement, les Puces du Chien attaquent l'Homme; il est done vrai de dire que les Chiens donnent des Puces.

Il est une Puce des chaudes contrées de l'Amérique, bien connue sous le nom de Chique (Pulex penetrans). Très-petite à sa naissance, effilée, roussâtre, elle s’introduit sous la peau, où elle demeure en prenant un volume inusité. Ce volume est dû à une surprenante dilätation de l'abdomen causée par l’abondance des œufs. Ainsi cette Puce toute gonflée a l'apparence d’une vésicule de la grosseur d’un pois. Le mâle conserve toujours sa taille exiguë et sa liberté, Les Chiques déterminent des ulcérations extrémement graves, et les personnes atteintes n’ont pas de meilleure ressource pour s'en débarrasser que la main de vieilles négresses fort habiles à extraire les dangereux Insectes.

Les Strepsiptères sont des Insectes fort singuliers, aussi bien par leurs caractères que par leur genre de vie et leur mode de développement. A la fin du siècle dernier, un professeur de Pise,

LES APHANIPTÈRES. — LES STREPSIPTÈRES. 633

Rossi, en fit connaître une espèce parasite des Guêpes (Xenos Vesparum), qu'il crut voisine des Ichneumons. Quelques années plus tard, Kirby découvrit en Angleterre un Insecte du même type. L'ordre des Strepsiptères fut établi. Des caractères très-frappants signalaient en effet ces parasites d'un nouveau genre. Les Strepsiptères ont les ailes antérieures rudimentaires, affectant la forme de petits balanciers longs et étroits ; les ailes postérieures,

STYLOPS NOIR, MALE

{Stylops aterrimus). —- Grossi et de grandeur naturelle.

au contraire, très-développées, membraneuses, susceptibles de se plier en éventail; les yeux globuleux et grenus, les antennes courtes, les pièces buccales libres.

On s’aperçut que l’on connaissait seulement les mâles, et en 1843 M. Siebold, qui avait déjà trouvé des œufs, put observer les larves et apprendre que les femelles des Strepsiptères sont des êtres aveugles, privés de pattes; conservant l'apparence de larves, ne quittant jamais le corps des Insectes sur lesquels ils ont vécu en parasites. (George Newport compléta l'histoire de ces curieux Insectes par l’étude d’une espèce parasite d’un Apide du genre Andrène, le Stylops noir (Stylops aterrimus).

Nulle part il n'existe de différence aussi prononcée entre les individus des deux sexes que chez les Strepsiptères : les mâles sont libres, ils volent, ils vivent de la vie des autres Insectes ; les femelles sont condamnées à l’immobilité. Chez elles, la tête et les

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anneaux thoraciques s'unissent complétement, et l'abdomen, trèsgrand, reste fort mollasse : tout le corps semble n'être formé que de deux parties, un céphalothorax et un abdomen. Ces Insectes : sont vivipares. Les jeunes larves, agiles, allongées, munies de longues pattes, grimpent sur les poils de l’Hyménoptère. Elles se

CPVRELAT

LE STYLOPS NOIR

4, La larve (très-grossie) à sa naissance, grimpant sur un poil d'Hyménoptère. — 2, La femelle, très-grossie, montrant dans son abdomen les embryons. — 8. La larve, de grandeur naturelle, (D'après George Newport.)

comportent comme les larves des Méloés et des Sitaris; transportées dans le nid de la Guêpe ou de l’Ardrène, elles attaquent sa larve, et une fois fixées, après un changement de peau, leur forme devient toute différente, leurs pattes sont atrophiées. Mais ces parasites, ayant une taille très-exiguë, ne tuent pas la larve de l'Hyménoptère : ils la sucent à la manière des Ichneumons et lui laissent accomplir toutes ses métamorphoses.

Peut-être y a-t-il dans le monde presque autant de Diptères que d'Insectes de tous les autres ordres réunis. Les Diptères qui, généralement, abondent sous toutes les latitudes, même dans les contrées les plus froides, pullulent avec une étonnante rapidité. Les Diptères sont les Mouches, les Houches à deux ailes, ainsi qu'on les désigné vulgairement, ainsi que‘les naturalistes nomment lés représentants de la famille la plus considérable de l’ordre. Ces Insectes, si nombreux, sont unis par des caractères communs qui les isolent de tous les antres, et cependant, dans leur ensemble, ils paraissent constituër une division plus importante qu'un ordre. Dans leur organisation, dans leur mode de développement, dans leurs métamorphoses, les principaux types présentent entre eux des différences plus prononcées que celles qui existent entre les familles de Coléoptères ou d'Hyménoptères. Aussi a-t-il été possible de penser que les Insectes à deux ailes, ou les Diptères, formaient en quelque sorte une réunion compa-

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rable à l’ensemble des Insectes à quatre ailes ; mais il y a de ce côté une exagération évidente.

Les organes du vol fournissent le caractère le plus général, le plus frappant, peut-être le plus important des Diptères. Il n'existe que deux ailes bien développées, nues et membraneuses ; celles de la première paire offrent en arrière, chez beaucoup d'espèces, un appendice en forme de coquille, appelé le cuilleron; les ailes de la seconde paire, tout à fait rudimentaires, ayant la forme de petites tiges terminées par un élargissement, sont désignées sous le nom de balanciérs. Les Diptères sont des Insectes suceurs; mais leur sucoir, construit d’une façon assez différente de celui des Hémiptères ou des Aphaniptères, présente des modifications remarquables dont on n’avait pu comprendre lanature avant certaines recherches qui datent de moins de vingt ans. Dans quelques groupes de Diptères, les six pièces ordinaires de la bouche sont faciles à reconnaître : le labre lancéolé; les mandibules en forme de glaives ; les mächoires plus ou moins aiguës, portant un palpe; la lèvre inférieure, large, très-flexible, n'ayant aucune ressemblance avec la lèvre engainante et articulée des Hémiptères. Savigny avait choisi ces exemples pour mettre en évidence la parfaite identité du plan fondamental de la bouche dans tous les ordres de la classe des Insectes. Il avait gardé un silence absolu à l'égard de tous les Diptères où l’on trouve moins de six pièces distinctes. Les classificateurs n'avaient rien trouvé de mieux que de distinguer les Diptères à 6 soies, à 4 soies, à 2 soies, désignant de la sorte les pièces buccales. Par suite de recherches anatomiques délicates, il a ét établi, contrairement à tout ce que l’on savait d’ailleurs, que les mandibules et les mâchoires peuvent se souder. On ne trouve alors que des pièces impaires.

Les Diptères ont des métamorphoses complètes. Les larves, ordinairement vermiformes, toujours placées dans des conditions où elles peuvent vivre sans aucun secours étranger, sont douées pour la plupart d’une assez grande agilité, qu'elles doivent

à la faculté d'avancer et de reculer par un mouvement de reptation. Suivant les types, les Diptères présentent de curieuses différences dans leur condition de nymphes. Ici les nymphes sont actives, bien qu’elles ne prennent aucune nourriture; là elles sont inactives au même degré que les chrysalides des Lépidoptères, que les nymphes des Coléoptères; ailleurs, parfaitement immobiles, elles sont devenues nymphes sans se dépouiller de la peau de larve : ces sortes de nymphes, comme les Mouches pro= prement dites en offrent le grand exemple, sont habituellement désignées sous le nom de pupes.

Un caractère très-apparent permet de partager l'ordre des Diptères en deux grandes sections : les Némocères et les Brachocères. Les premiers ont des antennes en fils; les seconds, de très-courtes antennes, ayant seulement trois articles bien distincts et une soie grêle, que l’on nomme le style.

Les Némocères se font remarquer par leur corps long et frèle, par leurs ailes longues, par leurs grandes pattes d'une extrême ténuité. Ce sont les Cousins et les Tipules, ou les familles des Culicides et des Tipulides.

Les Cuuieness, les Cousins, terrible famille qui effraye les plus courageux. Chacun connaît l’avidité de ces petits Insectes pour le sang de l'Homme, l'effet douloureux de leur piqüre ; chacun a entendu parler des supplices que font éprouver aux voyageurs visitant les pays chauds ou les régions circumpolaires, les Cousins ou Moustiques, en abondance prodigieuse dans ces contrées. Aussi n'est-ce pas à ces faits qu'il convient de s'arrêter. L'histoire des Cousins est pleine d'intérêt; examinons en particulier la vie de notre espèce commune, le Cousin piquant (Culex pipiens). En observant cet Insecte, on est frappé de la délicatesse de ses formes, et l’on s'étonne de trouver un être malfaisant dans un corps si fragile. Le Cousin possède une armature buccale des mieux déliées et néanmoins fort résistante ; toutes Les pièces sont libres, les mandibules en forme de lames acérées et denti-

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culées sur leurs; bords. Les Cousins abondent dans les endroits marécageux ; leurs larves sont aquatiques et ne vivent que dans

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