MÉTAMORPHOSES DU COUSIN PIQUANT
( Culex pipiens).
les eaux stagnantes : les tonneaux des jardins, dont l’eau destinée à l’arrosage est plus ou moins altérée, sinon corrompue, leur conviennent à merveille,
Les Cousins mâles ont de jolies antennes ciliées, ressemblant à de petites plumes; les femelles ont des antennes presque nues; el comme il est facile, d’après cette différence, de reconnaître les individus des deux sexes, on s'assure que les femelles surtout
LLHEPMITTE
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LARVE ET NYMPHE TRÈS-GROSSIES DU COUSIN PIQUANT (Culem pipiens).
sont avides de sang. Ces Insectes, s’aidant de leurs pattes postérieures, déposent leurs œufs à la surface des eaux, tous agglutinés les uns aux autres et formant de petites masses flottantes. Les larves éclosent bientôt et grandissent avec une extrême rapidité. Elles nagent avec toute l’agilité imaginable, montant et descendant d’une manière continuelle. La souplesse, les ondula-
tions de leur corps, la transparence de leurs tissus, la délicatesse des cils qui les garnissent, leur donnent un charme incroyable. Ces Insectes demeurent presque constamment la tête en bas et l'extrémité du corps en haut. La tête est pourvue de deux antennes et garnie de cils servant à amener les aliments vers la bouche; le premier anneau du thorax est large; les anneaux du corps vont en diminuant jusqu'au dernier, qui porte des touffes de cils natateurs, tandis que l’avant-dernier est pourvu d’une sorte de tube percé à l'extrémité d’un orifice respiratoire. Survient pour ces larves un dernier changement de peau, et les voilà devenues nymphes. Ces dernières sont actives, et cependant elles sont emmaillottées et incapables de prendre aucune nourriture. On voit qu'il existe chez les Insectes tous les intermédiaires possibles entre les nymphes absolument inactives et les nymphes qui vivent comme les adultes. Les nymphes des Cousins nagent au moyen de deux grandes lamelles qu'elles portent en manière de queue. Souvent ces nymphes viennent à la surface de l’eau présenter une partie de leur dos, sur laquelle s'élèvent deux petits tubes respiratoires. Le moment arrive où doit avoir lieu l’éclosion des Cousins. Une scène des plus curieuses va réjouir l'observateur. Les petites nymphes flottent en foule à la surface de l’eau ; demeurant à peu près immobiles, le tégument de leur région dorsale exposée à l'air se dessèche et se fend au milieu, comme cela arrive aux nymphes des Libellules, des Éphémères, des Cigales, ete. Alors se montre le Cousin. Il dégage sa tête, puis une partie de son thorax; il se soulève lentement sur ses longues pattes; son enveloppe de nymphe est devenue pour lui une nacelle, il paraît prendre d'infinies précautions pour ne pas faire chavirer son frêle esquif. Peu à peu il se dresse, ses ailes s'étendent, et quand il est raffermi, ce qui arrive vite si la température est chaude, il s'envole : le voilà sauvé. Tout se passe sans accident, si l'air est calme ; mais qu'un jour d’éclosions, l'air soit un peu agité, les
naufrages sont nombreux : les Cousins, encore mal affermis, sont renversés ; lestrop légères nacelles formées des dépouilles denymphes sont chavirées, et l’Insecte qui a mouilléses ailes est perdu.
LA TIPULE DU CHOU (Tipula oleracea).
Les Tiuciprs sont des Diptères qui, par les formes générales, différent à peine des Cousins. Certaines Tipulides seraient même prises immanquablement pour des Culicides, si l'on ne portait
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attention sur les caractères qui distinguent les deux types. Il ne faut donc pas s'étonner que beaucoup de naturalistes aient rattaché ces Insectes à la même famille. Mais, tandis que les Cousins, pourvus d’une armature buccale terrible, sont des êtres avides de sang, les Tipulides, n'ayant à leur bouche que des pièces molles, lèchent les parties fluides sur les végétaux et sur les matières en décomposition. Chez ces Insectes, la lèvre supérieure et les mandibules sont avortées; les mâchoires et la lèvre inférieure, réunies, constituent une petite trompe accompagnée des palpes maxillaires longs et pendants. Cette famille des Tipu-— lides est immense, et l’on y reconnait quatre types principaux, quatre groupes, les Chironomites, les Tipulites, les Mycétophilites et les Cécidomyites. |
Les premiers, ornés de jolies antennes plumeuses, sont ceux qui ressemblent surtout aux Cousins par la faille et par l'aspect. Le Chironome plumeux (Chironomus plumosus) est des plus abondants au voisinage des eaux stagnantes. Dans.ces mêmes eaux, vit sa larve, sorte de Ver d’un rouge de sang, fort estimée des pêcheurs à la ligne pour séduire certains poissons. Cette larve porte à l'extrémité du corps une houppe de filaments locomoteurs et respirateurs. |
Les Tipulites, Insectes des prairies et des endroits marécageux, ont des-antennes filiformes garnies de poils verticillés, des pattes d’une longueur et d'une ténuité extrêmes. Les femelles, pourvues d’une assez longue tarière, introduisent leurs œufs dans la terre; les larves rongentles racines. Parmi les vraies Tipules, qui sontnombreuses en Europe, nous citerons la Tipule du Chou (Tipula oleracea). L'Insecte adulte est d'une couleur tannée, avec des raies obscures sur le dos et les aïles enfumées. La larve, d’une teinte terreuse avec la tête noire, a le dernier anneau du corps tronqué, percé dans son milieu des orifices respiratoires, et'les bords de la troncature pourvus de quatre tubercules. La nymphe, plus ramassée, presque immobile, peut
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cependant cheminer à l’aide des épines dont elle est garnie, pour se rapprocher de la surface du sol au moment de l’éclosion. Cette espèce est souvent nuisible dans les potagers et les prairies. Les Mycétophilites, petites Tipulides ayant trois ocelles sur le front, des antennes grèles, vivent sous leur première forme dans les Champignons et dans les bois en décomposition. Les Cécidomyites sont de très-petits Diptères, dont des antennes,
CÉCIDOMYIE A LARVES VIVIPARES,
1. luseute adulte, —2. Larve : aa, petites larves.—3 ot #. Nymphe en dessus et en dessous. {D'après M. N. Wagner, )
surtout chez les mâles, sont en grains de chapelet. Comme les Cynips, ces Insectes déterminent des galles sur les végétaux, et c'est dans l’intérieur de ces excroissances que vivent et se développent leurs larves. Il est desespèces du groupe, cependant, qui ne produisent point de galles : telle la Cécidomyie du Blé (Cectdomyia Tritici). Sur le Blé en fleur, les larves, mangeant le pollen, empêchent la fécondation, et se rendent ainsi fort nuisibles. Une Cécidomyie abondante aux États-Unis, considérée comme voisine
64h LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES.
de la précédente, la Mouche de Hesse (Cecidomyia destructor), cause de grands dégâts dans les mêmes conditions.
Récemment, un fait extraordinaire, des plus intéressants pour la physiologie générale, a été découvert par un professeur de Kazan, M. Nicolas Wagner. Des larves de Cécidomyites, vivant sous les écorces, ont la faculté d’engendrer. Au printemps, la petite Cécidomyie pond ses œufs ; il en sort des larves, et dans des loges particulières de leur abdomen se constituent d’autres larves, qui, en naissant, déchirent le corps de leur mère. À leur tour, elles engendrent de la même manière: les sénérations se succèdent ainsi pendant toute la belle saison. D'abord, les naturalistes ne purent croire à cette étrange parthénogenèse, mais les observations furentreprises par MM. de Baer, Pagenstecher, Meinert, etc.: le doute n’était plus possible.
La grande division de l’ordre des Diptères, celle des Brachocères, comprend une série de familles : les Asilides, les Tabanides, les Stratiomyides, les Syrphides, les Muscides, les OEstrides et les Ornithomyides.
Les Asus, Insectes agiles, ont un suçoir redoutable ; les deux mandibules, complétement soudées, forment un glaive acéré. Plusieurs types se rattachent à cette famille, mais nous ne pouvons signaler que le plus important.
Les Asilines, au corps élancé, ont une trompe courte, un glaive puissant; les plus grands percent le cuir des Chevaux et des Bœufs. Adultes, ces Diptères sucent le sang des Animaux, attaquant quelquefois l'Homme lui-même. Les Asiles, recon— naissables à leurs antennes, dont le troisième article, effilé, est surmonté d’un style de deux articles, sont nombreux dans le midi de l'Europe, en Orient, en Afrique. L'un des plus répardus dans notre pays, l'Asile crabroniforme (Asilus crabromiformis), se distingue par sa coloration, qui rappelle la livrée de certains Hyménoptères, un fond noir et des parties jaunes. Cet Inseéte vole en plein soleil dans les campagnes arides; lorsqu'on
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en est atteint, le sang jaillit de la blessure faite par son arme buccale, comme d’un coup qui serait donné par une petite lan
L'ASILE CRABRONIFORME Asilus crabroniformis ).
cette. IL pique parfois les gros Animaux, mais d'ordinaire il attaque des Insectes, surtout des chenilles, et suce leur sang. Ce Diptère, si carnassier dans son état adulte, parait vivre de ma tières végétales dans son premier âge. On trouve les larves des
Asiles dans la terre, rongeant les racines, d’après les observations des anciens auteurs, Frisch, de Geer, ete. Les nymphes restent à nu dans une loge formée par la larve.
Parmi les Taranwes se trouvent les plus robustes et les plus redoutables Diptères. Corps large et épais; ailes grandes ; yeux superbes, brillants, tellement gros, que chez les mâles ils sont presque contigus sur le sommet de la tête; antennes courtes, avec un dernier article à plusieurs divisions; trompe très-grande, dépassant quelquefois la longueur du corps; terrible suçoir fort différent de celui des Asiles, les deux mandibules étant séparées l'une de l’autre : tels sont les signes caractéristiques des Taba= nides.
Le principal genre de cette famille ést celui des Taons (Tabanus), toujours faciles à distinguer entre les autres Tabanides par l'absence d'ocelles entre les yeux et par la forme du dernier article des antennes, qui est élargi à son origine et échancré dans le milieu. Les espèces de Taons sont en nombre considérable par le monde, mais la plupart aiment les pays chauds; nous en avons peu dans l'Europe centrale. L'une d’elles est connue de tout le monde, c’est le Taon des bœufs (Tabanus bovinus), un de nos plus beaux et de nos plus gros Diptères, au corps gris avec des bandes noires sur le thorax, aux yeux d’un vert magnifique. Le Taon est souvent très-commun en été, à la lisière des forêts ou dans les clairières; les amateurs de promenades sous bois le redoutent pour leurs chevaux, qui s’effrayent du bourdonnement de l’Insecte, et se cabrent ou lancent des ruades en sentant ses piqûres. Les Taons, si avides de sang, ont bien changé depuis leur première condition. Les larves vivent dans la terre; vermiformes, privées de pattes, elles paraissent avoir une nourriture végétale; les nymphes sont immobiles et portent à l'extrémité du corps six épines.
Des Tabanides de petite taille sont fort communs : tels les Chrysops, qui ont des yeux brillants comme l’or, avec des taches
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obseures qui en relèvent l'éclat (Chrysops aveuglant, — Chrysops cæculiens) ; les Hæmatopotes, qui boivent le sang, dit leur
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