‹ Métamorphoses mœurs et instincts des insectes (insectes, myriapodes, arachnides, crustacés)Chapitre 161 sur 174 · LA MYGALE PIONNIÈRE ET SON HABITATION · texte numérisé non relu

LA MYGALE PIONNIÈRE ET SON HABITATION

(Mygale fodiens).

ter et descendre bien à son aise. Il serait trop long de parler de la patience nécessaire pour enlever une si grande masse de terre, à peu près, grain à grain. Pendant le travail, les parois du puits sont consolidées avec de la matière soyeuse ; mais encore l’Araignée ne se contente pas d’une muraille nue, elle la couvre d'une tenture de soie fine, plus douce que le satin. La demeure construite, une porte est nécessaire, et c’est ici que toutes les expressions admiratives seraient impuissantes à donner une juste idée de l'œuvre de notre Mygale. Cette porte, sorte de couvercle, est formée de couches de terre liée par de la matière soyeuse; le disque, qui a une grande épaisseur, est élargi de bas en haut, de façon à emboiter exactement la partie évasée du trou. A l’extérieur, la porte est toute raboteuse, comme le sol environnant, pour que rien ne trahisse l'habitation ; à l'intérieur, au contraire, elle est couverte d’un tissu de soie semblable à celui qui garnit la muraille du logis. C'est bien d'avoir une porte, seulement il faut pouvoir l'ouvrir et la fermer. Une charnière et une serrure sont donc indispensables. La charnière est construite avec une petite masse de soie épaisse et résistante; du côté opposé, la serrure est représentée par un cercle de petits trous. La Mygale est dans son terrier ; entendant qu'on rôde près de sa demeure, que peut-être on cherche à y pénétrer, elle se porte aussitôt vers l'entrée ; enfonçant ses griffes dans les petits trous, se roidissant contre les parois, elle s'efforce d'empêcher toute violation de son domicile. La nuit, pour sortir et aller en chasse, il lui suffit, comme aux habitants des caves de quelques villes du nord de la France, de soulever sa porte, et de la laisser retomber; au retour, elle la tire avec ses griffes et se glisse dans son réduit.

Malgré leurs habitudes solitaires, les Mygales pionnières s’établissent en certain nombre près les unes des autres.

Victor Audouin a décrit leurs nids en 1833. Mais, depuis 1758, on connaît l'habitation de la Mygale maçonne (Mygale cæmentaria), observée pour la première fois par l'abbé de Sau-

vages, aux environs de Montpellier. Le nid de la Maçonne ne diffève de celui de la Pionnière que par sa dimension beaucoup plus petite et par sa couleur. La Maçonne, dont les habitudes ont été suivies en plusieurs circonstances, pond ses œufs vers la fin de l'été; elle garde longtemps ses jeunes dans sa demeure, et l'on a affirmé qu’à une époque, elle cohabite avec le mâle, ce qui n’est pas dans les habitudes ordinaires des Araignées.

Les Aranéides de la famille des Sécesrrupes méritent d’être connues. Comme les Mygalides, elles ont quatre orifices respiratoires, mais les deux premiers seuls conduisent à des poches pulmonaires, les autres sont en rapport avec des trachées. Elles n'ont que six yeux rangés sur le front, et les crochets pectinés. Les principaux genres de cette famille sont les Ségestries et les Dysdères. La Ségestrie florentine (Segestria florentina), l'une de nos plus belles Araignées, est noire avec des reflets violacés et des antennes-pinces d’une couleur verte, métallique, éclatante. Sous des rebords de murailles ou dans des trous, elle se construit un long tube de soie blanche et se tient à l'affût dans cette demeure. N'aperçoit-on pas aussitôt la coïncidence qu'il y a entre cette habitude et la position des yeux de l'animal. L'Araignée n’a besoin que de voir en avant; les yeux postérieurs, nécessaires aux espèces qui vivent à découvert, lui étaient inutiles; ils n’exis-

tent pas. Le type du genre Dvysdère (Dysdera erythrina), jolie Araignée ayant Le céphalothorax et les pattes rouges et l’abdomen d'un blane laiteux, est fréquente dans les bois. Cette espèce établit son nid sous les pierres, souvent au voisinage des fourmilières, faisant une guerre acharnée aux Fourmis.

Les, Drassies ont huit yeux, un corps trapu, un abdomen un peu déprimé. À cette famille on est tenté de rattacher les Argyronètes; mais nos études sur l'organisation de ce type ne sont pas encore suffisantes pour apprécier nettement sa parenté z0ologique.. Malgré tout, l'Argyronète — on connait une seule espèce du genre —estl'Araignée la plus extraordinaire par ses habitudes.

Les formes de l’animal ne trahissent aucune singularité. C'est une Araignée d’un brun noir, couverte d'une pubescence serrée, qui a les yeux disposés sur deux rangs. L'intérêt ne commence qu'avec l'histoire des mœurs, de l'instinct, de l’industrie de notre Aranéide. Cette espèce vit dans l’eau, et, ne pouvant respirer que dans l'air, elle se construit une cloche, une véritable cloche à plongeur. On a bien raison de dire que les hommes n'ont à peu près rien inventé qui ne se trouve en modèle dans la nature. Prise pour la première fois en 1744 dans une petite rivière près du Mans par l'abbé de Lignac, elle a été retrouvée dans l'Erdre, près de Nantes, quelques années plus tard, par cet observateur, qui a fait un charmant et naïf récit des mœurs de l’Araignée aquatique. L'Argyronète, rencontrée en Suède, en Allemagne, par divers naturalistes, avait été vue également aux environs de Paris à la fin du dernier siècle par Walckenaer. Personne en France n'avait pu se la procurer depuis cette époque. Un jour que nous venions de rappeler cette circonstance, un jeune savant de la Belgique, M. Félix Plateau, nous apprit que l’Argyronète n'était pas rare dans les fossés des environs de Gand, et qu'il nous en ferait parvenir des individus. Ce sont ces mêmes individus qui se sont mis au travail dans de petits vases dont nous donnons les portraits dans leurs différentes attitudes. Nous avons suivi le travail de l’Araignée comme le fit le père. de Lignac, cent vingt ans auparavant. L'Argyronète se tient fréquemment sur les feuilles des plantes aquatiques qui flottent à la surface de l’eau. Si son domicile est à construire, elle plonge rapidement la tête en bas, entraînant avec le duvet qui la recouvre une certaine quantité d’air attaché à la surface de son corps comme un vêtement d'argent. Se plaçant sous quelque enchevêtrement de tiges, et frottant rapidement son corps avec ses pattes, elle détache les petites bulles d'air, qui se réunissent en une masse retenue par les plantes. Elle remonte à la surface, el recommence la même manœuvre jusqu’à ce que la masse d'air

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soit un peu considérable. Alors elle emprisonne cet air dans un réseau de fils qui, peu à peu, devient un tissu fin et serré. Des cordages, fixés aux plantes ou aux pierres, maintiennent la cloche. Dans de bonnes conditions, l’Araignée lui donne la forme

" j L'ARGYRONÈTE AQUATIQUE

(Argyroneta aqualica).

d'un dé à coudre, souvent un peu rétréci par en bas, de façon à se garantir contre les visites importunes. La cloche achevée, si elle n’est pas suffisamment remplie d'air, l'Argyronète s'y prend pour combler la mesure, comme elle l'avait fait au début de son

travail. Le domicile bien établi, son propriétaire s’y blottit et guette les Insectes au passage. Le père de Lignac a vu le mâle construire sa cloche près de celle d'une femelle, établir une galerie pour communiquer avec celle-ci après avoir fait une ouverture dans la paroi.

Les Drasses, petites Aranéides brillantes, s’établissent dans l'herbe, sous des pierres et sous d’autres abris, et s’y construisent une petite tente soyeuse simple ou double. Les femelles enveloppent leurs œufs dans un cocon qu’elles veillent avec une constante sollicitude. Les Clubiones fabriquent leurs logements entre les feuilles des plantes, sous des écorces et même sous des pierres. [ci les logements sont des coques d’une soie bien blanche. Au mois de juillet, dans les champs de la Beauce, nous avons vu un grand nombre de jolies coques artistement iokllées entre les tiges d'Avoine; ici l'Araignée bien cachée dans son nid et veillant ses œufs, là l'Araignée sur sa coque, entourée 4 ses petits, qu'elle semblait garder avec inquiétude.

Les Tuéripionipes, qui sont une nombreuse famille d'Aranéides, fabriquent des toiles et demeurent sédentaires, prenant leur proie dans leurs filets. Leurs yeux, au nombre de huit, sont placés sur le front et disposés en trois groupes. Les Théridions sont de mignonnes Araignées, établissant entre les feuilles des plantes ou sur les murailles un réseau lâche, mais régulier, et logeant leurs œufs dans un cocon formé de bourre de soie. On a donné le nom de Fhéridion bienfaisant (Theridion benignum) à une toute petite espèce qui installe son domicile sur les Vignes. Bienfaisant “en vérité, il mange une foule d’Insectes nuisibles à la Vigne. Les Linyphies, aux formes assez sveltes, aux antennes-pinces longues dans les mâles, très-nombreuses en espèces, très-répandues dans nos bois et dans nos campagnes, tissent des toiles en nappe. A Madagascar, rapporte M. A. Vinson, des Linyphies viennent s'établir sur les grandes toiles des Epéires pour y glaner les peiles proies. Elles cherchent une protection contre les Oiseaux qui

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redoutent les fils des grandes Araignées. A cette famille des Ara-

LA CLUBIONE ERRANTE (Glubiona erratica).

néides confectionnant des toiles en nappe se rattache le genre

Tégénaire, dont l'espèce type est notre grosse Araignée domes-

tique (Tegenaria domestica), la grosse Araignée notre des gens qui en ont peur. Tout le monde connaît sa grande toile, un peu relevée sur les bords, établie ordinairement dans les encoignures des murailles, où elle est maintenue comme un hamac par des cordages tendus dans diverses directions. Outre cette toile d’un blanc éclatant quand elle est neuve, toute grise quand, déjà vieille, elle est souillée par la poussière, la Tégénaire domestique construit à l’un des angles un tube soyeux dans lequel elle se tient blottie et d’où elle s’élance sur sa toile, quand une Mouche est venue s’y jeter. A l'approche du moment de la ponte, notre Araignée file un gros flocon de soie blanche, l'entoure ensuite d’un sac de soie brune, le leste avec des débris d’Insectes, quelquefois avec de petits cailloux, etl’attache au-dessous de sa toile. Elle fait sa ponte, loge ses œufs dans un cocon de soie fine, et va cacher le cocon dans le sac, au milieu du gros flocon blanc, pour ne plus quitter son dépôt. Ne travaille-t-elle-pas bien cette mère toujours vigilante ?

Parmi les Araignées, les fileuses par excellence sont les Événpes, les plus belles Araignées du monde : grandes, pa rées de fraiches nuances, souvent de couleurs éclatantes, elles étalent leur beauté au grand jour. Les Épéirides ont huit yeux partagés en trois groupes écartés, les crochets de leurs tarses merveilleusement construits, les uns en peigne, les autres en fourche, propres à maintenir le fil qui doit être posé sur un point déterminé. Les KEpéirides forment entre les branchages de grandes toiles qui sont d’admirables réseaux à rayons concentiques. À l’automne, on voit, dans tous les jardins, bien campée au milieu de sa toile, la grosse Epéire de notre pays, l'Epcire diadème (ÆEpeïra diadema), qui a reçu son nom des ornements qui se dessinent sur la teinte rosée de son abdomen.

Dans la toile de cette belle Araignée, on distingue les cordages qui soutiennent l'édifice, les rayons et les cercles formant la trame. Au début de son travail, l'Epéire tre un fil, s'y sus-

EM. PLANCHARL.

Pace 684.

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