‹ Métamorphoses mœurs et instincts des insectes (insectes, myriapodes, arachnides, crustacés)Chapitre 165 sur 174 · LE CRABE ENRAGÉ · texte numérisé non relu

LE CRABE ENRAGÉ

(Carcinus Manus).

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dont les pattes postérieures, larges, aplaties plus ou moins en rames, sont en un mot conformées pour la natation (Portunines).

Les représentants de la tribu des Cancérines sont particulièrement abondants dans les mers des régions tropicales. Nous en avons sur nos côtes une très-grande espèce roussâtre, avec le bord antérieur de la carapace festonné. Bien connue sous les noms vulgaires de Tourteau et de Crabe poupart (Cancer paqurus, — genre Pseudocarcinus), on la voit habituellement sur nos marchés, où elle est recherchée des gourmets, qui l’estiment pour le volume et la délicatesse de son foie. Le Tourteau a de très-petits œufs, et ses larves, que nous a fait connaitre M. Gerbe, très-petites à leur naissance, diffèrent peu de celles dont nous allons nous occuper.

Les Portuniues sont les nageurs ; cependant l'espèce qui est le type du genre Carcin, ayant les pattes postérieures peu élargies, est un animal marcheur. Il n’est personne ayant été au bord de la mer qui n’ait remarqué sa démarche singulière. Les Crabes marchent de côté, la largeur de leur carapace et le mode d’articulation des différentes pièces de leurs appendices locomoteurs ne leur permettent pas de progresser d’une autre façon; ce qui ne les empêche pas de déployer une surprenante agilité. Le Crabe enragé fait volontiers des séjours de plusieurs heures hors de la mer; sa carapace contient assez d'eau pour que ses bran-— chies demeurent longtemps mouillées. C’est chez cette espèce que les métamorphoses ont été le mieux observées. Dès l’année 1830, Thompson avait reconnu que ce Crustacé subit des changements considérables depuis sa naissance jusqu'à son état adulte, et qu'il passe par deux formes déjà connues sous les noms de Zoës et de Mégalopes, et considérées comme des types tout particuliers. Ces observations furent confirmées par plusieurs naturalistes, et en 1857 M. Spence Bate a publié l'étude la plus complète qui ait encore été faite sur ce sujet. Au moment où le jeune Crabe sort de l'œuf, il a une carapace bombée, de

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grands yeux sessiles, des antennes appliquées sur le front, des pièces buccales peu développées, deux paires de pattes, en arrière les premiers vestiges des autres pattes et un long abdomen sans appendices. Une mue survient, et déjà l'animal a subi un énorme changement : ce qui alors frappe surtout chez ce petit Crustacé,

AU | VE DURGUAT

LARVES DU CRABE ENRAGÉ (Cancer mænas).

4. Larve au sortir de l'œuf (ours emprüntée au mémoire do S, Bate), — 9, Larve après sa première mue : Zoé (figure inédite par M. Gerbe).

d’un aspect étrange, c’est une longue pointe frontale et un prolongement postérieur de la carapace également terminé en pointe, dont nous ne soupçonnons pas l'usage.

Tels sont les caractères des Zoés décrits par les naturalistes qui les avaient remarqués, étant loin de soupçonner qu'ils observaient des Crabes dans une des premières phases de leur

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existence. Sous cette forme, le petit Crustacé, délicat, presque transparent, est pourvu des deux paires d'antennes ; ses mandibules, ses mâchoires de la première et de la seconde paire, ont déjà un certain développement; les pattes-mâchoires de la première paire, encore très-rudimentaires, sont avancées vers la bouche, tandis que les appendices destinés à devenir les pattes mächoires de la seconde et de la troisième paire sont alors très

CG BUREINT

LARVES DU CRABE ENRAGÉ (Cancer mænas).

4. Larve après sa froisième ou quatrième mue, — 2. Larve après plusieurs nouvelles mues : Megalope, (Figures empruntées au mémoire de M, Spence Bato.) grands et les seuls orgañes locomoteurs. En arrière, les pattes ambulatoires ne se montrent que sous la forme de tubercules, et celles de la quatrième et de la cinquième paire sont à peine distinctes. Au reste, pour la configuration de chaque partie de l’animal, on s’en forme une idée plus nette avec les figures qu'avec une longue description. Une, deux nouvelles mues surviennent, le Zoé se modifie notablement : les pointes de la carapace se raccourcissent, les pattes se dessinent comme des tiges égales, les

appendices des anneaux de l’abdomen se développent. De nouvelles modifications continuent à se manifester à chaque changement de peau, mais le nombre des mues n’a pu encore être rigoureusement déterminé par aucun observateur. Quoi qu'il en soit, arrive le moment où les pointes antérieure et postérieure de la carapace se trouvent très-réduites, où les deux grandes paires de pattes du Zoé ont passé entièrement dans la bouche, et sont devenues la seconde et la troisième paire de pattes— mâchoires, où les cinq paires de pattes ambulatoires ont acquis un assez grand développement, où les pédoncules des yeux commencent à se manifester, où l'abdomen, déjà petit relativement au Céphalothorax, tend à se courber. Une nouvelle mue, et la pointe postérieure de la carapace a disparu, la pointe anté— rieure est devenue une simple saillie frontale; les branchies, qui n'existaient pas dans les premiers temps, commencent à se montrer. Avec des individus de ces dernières formes on avait fait le genre des Mégalopes (Hegalops), et le genre avait été placé dans la section des Anomoures ; mais avant les observations qui ont tout éclairci, M. Milne Edwards, avec son tact habituel, avait exprimé le doute que les Mégalopes fussentdes animaux adultes. Dans cette condition de Mégalopes, les jeunes Crabes ont encore plusieurs mues à subir, et à chacune de ces mues on voit la carapace s’élargir, l'abdomen diminuer proportionnellement, tandis que les appendices prennent de plus en plus leurs caractères définitifs. La forme du Crabe est enfin constituée ; l'abdomen est reployé sous la carapace, seulement'cette carapace est encore plus longue que large ou à peu près carrée. Après une nouvelle mue, la carapace a pris les proportions qu’on lui trouve chez l'adulte, et cependant le petit Crustacé n’a pas plus de quelques millimètres dans sa plus grande largeur.

Voilà done un animal qui, par les progrès de l’âge, se modifie prodigieusement, un animal respirant par des organes spéciaux, des branchies très-développées, qui, dans les premières

phases de son existence, respire seulement par la peau. L'histoire des métamorphoses du Crabe commun est celle de la plupart des Crustacés supérieurs; les formes générales seules des petites larves offrent, selon les genres, des différences d'ordre secondaire.

Les Gécarcinines ont généralement une carapace plus large que longue, avec le front très-incliné et souvent tout à fait vertical. Un des caractères les plus notables servant à distinguer ces Crabes de ceux de la famille précédente, est fourni par les orifices de l'appareil mäle, qui, au lieu de se trouver, comme dans les autres Décapodes, à la base des pattes de la cinquième paire, sont situés dans le plastron sternal. Il ÿ a dans cette famille plusieurs types qui forment autant de tribus.

Les Thelphuses ont de grands rapports avec les Cancérides et ne s’en séparent guère qu'à raison de la conformation de leur appareil respiratoire. Ce sont des Crustacés fort curieux, qui vivent dans l’intérieur des terres, au bord des fleuves, ou même dans les forêts humides. La Thelphuse fluviatile (Thelphusa fluviatilis) est commune au bord des ruisseaux et des torrents, en plusieurs endroits de l'Italie, en Sicile, en Grèce : c’est le Crabe que l’on voit représenté sur beaucoup de médailles antiques.

Les Gécarcins, ou Crabes terrestres, sontremarquables par l'élévation et la convexité de leur carapace. Ces Crustacés, qui naissent avec les formes des adultes, demeurent habituellement à terre, dans les endroits humides, sous les pierres, entreprenant par— fois de grands voyages. Sous leur haute carapace, une grande quantité d'eau se trouve en réserve, tenant les branchies toujours mouillées; ainsi s'explique la possibilité d'un genre de vie si différent de celui des autres Crabes. Ces Crustacés habitent seulement les régions tropicales des deux hémisphères, et dans les Antilles, où ils sont connus sous le nom de Tourlourous, on assure qu'ils voyagent en grandes troupes, dévastant les champs sur leur passage, car ils ont une nourriture végétale. Petits

Crabes à carapace presque circulaire, les Pinnothères se logent sous le manteau des Mollusques acéphales. Tout le monde a vu le Pinnothère pois (Pinnotheres pisum), que l'on trouve communément dans les Moules.

Les Ocypodes, habitants des parties chaudes du monde, Crustacés à carapace presque carrée, remarquables par leurs pédoncules oculaires prolongés en une sorte de corne, sont de tous les Crabes les plus rapides à la course. Les voyageurs assurent qu'un homme peut à peine les suivre. Frileux, les Ocypodes se cachent l'hiver dans des terriers. Les Gélasimes, qui en sont voisins, se signalent, au moins les mäles, par l’énorme dimension de l’une de leurs pattes antérieures. C’est un bouclier pour le combat.

Les Grapses ont une carapace assez aplatie, et ces Crustacés, qui se tiennent au milieu des rochers, loin d’avoir la hardiesse des espèces qui vont à terre, se dérobent à la moindre apparence de danger : il y en a une espèce sur nos côtes (Grapsus varius).

Les Levcosnpes ont une carapace ordinairement arrondie ou au moins arquée en avant, et ces Crabes diffèrent de tous les autres par le cadre buccal affectant une forme triangulaire. Il y a dans cette famille les Calappes, auxquels une carapace large, très-bombée, et des pattes antérieures très-grandes, avec la main comme surmontée d’une crête, donnent un aspect singulier. Nous avons, sur les côtes de la Méditerranée, le Calappe granuleux (Calappe granulata). Les Leucosies ont une carapace globuleuse, les pattes de la première paire courtes et épaisses. Ce sont de jolis Crustacés lisses, luisants, qui habitent les mers de l'Inde.

Dans la section des Anomoures, il existe plusieurs {types assez tranchés. Les uns ressemblent aux Brachyures par leurs formes générales ; les autres, comme les Pagures, rappellent davantage les Macroures. Chez les Pacumpes, remarquables par l’état de mollesse de leurabdomen, les pattes antérieures forment une pince didactyle peu différente de celle des Écrevisses, etl’abdomen, assez

LES CRUSTACÉS. 703 long, porte des appendices à son extrémité. Les Pagures sont répandus dans toutes les mers, et on les connait partout sous le uom vulgaire de Bernard-l'hermite. Un long abdomen mou est une partie qui réclame protection, car il se déchire aux roches, et il tente l'appétit des carnassiers. Afin de l’abriter, le Pagure s'empare d’une coquille abandonnée, dont la dimension lui convient à peu près, et le voilà fraînant sa maison, comme la Psy ché ou la Phrygane porte son fourreau. Quand cet abri devient trop étroit, il le quitte et en cherche un autre. Assez fréquemment, paraît-il, des Pagures combattent pour la possession d’un logement; on assure qu'ils attaquent quelquefois les Mollusques, s'ils n'ont trouvé aucune coquille vide; mais la difficulté doit être grande pour le Bernard-l’hermite. A la première menace, le Mollusque se retire, et son opercule ferme si bien sa coquille, qu'il doit être difficile à déloger. Les Pagures naissent sous une forme analogue à celle des Crabes, la forme de Zoé.

Il y a, dans cette même division des Anomoures, les Porcellanes, petits Crustacés à forme de Crabes, dont ils se distinguent au premier coup d'œil par une nageoire caudale en éventail. MM. Thompson, Fritz Müller, Gerbe, ont observé les larves de Porcellanes. Rien de plus curieux que ces larves; ce sont des Zoës ayant une pointe frontale et une pointe postérieure huit ou dix fois plus longues que le corps.

La section des Macroures, ou Décapodes à longue queue, comprend quatre familles : les Palinurides, les Thalassinides, les Astacides, les Palémonides.

Les Parnurines, qui ont pour type principal le genre des Langoustes, sont des Crustacés à plastron sternal très-large. Les Langoustes sont assez connues pour rendre toute description inutile; leur carapace rugueuse, avec un profond sillon, leurs grandes antennes simples, leurs pattes antérieures terminées par un doigt, les font distinguer, à la première inspection, des autres Macroures. Les Langoustes sont des animaux de grande

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taille, dont le test, très-dur, les protége sur les côtes rocailleuses et rocheuses qu'ils affectionnent particulièrement.

La Langouste commune (Palinurus vulgaris) est la seule espèce des mers de l'Europe. Nous n'avons pas besoin de dire combien

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