CC TO
riences, avec la volonté ferme d'y porter tout le soin imaginable, toute la persistance possible, pour arriver à reconnaître la vérité. Ainsi qu'à plusieurs de ses devanciers, l'idée de l'existence de vaisseaux artériels s'était offerte à son esprit; les injections de liqueurs colorées montrèrent jusqu'à la plus entière évidence qu'il n’y avait nul vaisseau au delà de l'aorte décrite par Straus, et particulièrement bien observée par Newport. Mais, d’un autre côté, apparut un fait inattendu, l'introduction dans l’épaisseur des parois trachéennes du liquide répandu dans les cavités du corps. Il n’y avait done pas d’artères proprement dites pour porter le fluide nourricier à tous les organes, mais il y avait un appareil d'emprunt, la périphérie des trachées qui remplissait le rôle des artères; il y avait la pénétration du sang dans les organes respiratoires, ce qui est le caractère universel, si étrangement méconnu, de tout organe respiratoire.
Dans les expériences où sur des Insectes vivants on a rempli toute la périphérie des trachées au moyen d’une injection colorée, huileuse, qui ne laisse aucune salissure après les organes, il est merveilleux de voir les trachées, même les plus délicates, se dessinant en innombrables ramuscules rouges ou bleus sur la teinte blanche des muscles et de la plupart des organes. L'injection ne peut rester que dans l’espace où elle est étroitement emprisonnée ; la démonstration a un caractère d’évidence qui ne laisse nulle possibilité à l'incertitude. Instruit par l'expérience, en détachant quelque gros tronc trachéen sur un animal plein de vie, il n’est pas très-difficile de retrouver des globules sanguins engagés entre les deux tuniques des tubes respiratoires.
Ces nouveaux résultats acquis à la science, des naturalistes italiens, et particulièrement Carlo Bassi, eurent l'idée de faire manger à des Vers à soie de l’indigo ou de la garance, en saupoudrant les feuilles de Mürier avec l’une ou l’autre de ces substances. Après quelques jours, ils trouvèrent chez les Insectes
Ads,
soumis à ce régime le sang et les trachées colorés en bleu ou en rose. Le fait, d'abord peu compris, fut étudié de nouveau et bientôt expliqué. Quand un animal dont le sang est incolore absorbe des matières colorantes, ces matières passent dans le sang et lui donnent une teinte plus ou moins prononcée. L'Insecte étant ouvert sous l’eau, le liquide sanguin se trouve retenu dans l'épaisseur des parois trachéennes où il est engagé ; de là cette coloration qui avait fort surpris les premiers observateurs.
Une grande question physiologique venait d'être éclairée d'une nouvelle lumière. Il n’en fallut pas davantage pour chagriner ceux que tout succès révolte, que toute découverte met en fâcheuse humeur. Certains naturalistes déclarèrent que rien n'existait de tout ce qui avait été vu et démontré. Ceux qui se montraient si drdents pour en rester aux notions du passé, tenaient à prouver que leur habileté à ne rien voir était indiscutable. Leur satisfaction dut être complète : sur ce point, ils n ont jamais été contredits.
Après tous les faits constatés aujourd’hui sur une multitude d’Insectes appartenant aux divers ordres, il est aisé de définir d'une manière générale l'appareil de la circulation du sang dans ce type zoologique.
Chez tous les Insectes, il existe un cœur sous la forme d’un vaisseau dorsal, centre de la circulation, ayant une portion cardiaque enveloppée d’un péricarde d’une grande délicatesse, et une portion aortique.
La portion cardiaque, occupant à peu près toute la longueur de l'abdomen, est fixée des deux côtés par un ensemble de fibres musculaires qui, dans chaque anneau, se rapprochent pour s'unir à un même point d'attache sur les parties latérales de la région dorsale, Ce sont les ailes du cœur. Cette portion cardiaque est le plus ordinairement divisée en une suite de compartiments ou de chambres rendues très-apparentes par une légère dilatation, suivie d’un étranglement plus ou moins pro-
noncé. Le nombre des chambres du cœur ‘varie suivant les types; ce nombre est généralement en rapport avec celui des stigmates et des faisceaux trachéens de l'abdomen. Dans les