MÉTAMORPHOSES DE LA SCOLIE À FRONT AUNE
(Scolia flavifrons).
Le mâle et la femelle, — La larve rongeant une larve de Nasicorne, — La nymple dans sa coque ouverte,
et le colle à la peau de la grosse larve de Coléoptère. De cet œuf nait, au bout de peu de jours, la larve de la Scolie; celle-ci, à l’aide de ses mandibules, entaille la peau du Nasicorne, enfonce daus la plaie une partie de sa tête, et commence à humer les parties fluides. Elle grossit rapidement, et chaque jour la larve, continuellement sucée, se déprime davantage. Quand celle-ci est complétement épuisée, qu'il n’en reste plus que la peau, la larve de la Scolie a pris tout son accroissement; alors elle file une coque épaisse, de couleur brune, en retenant à la surface, comme un vêtement protecteur, la dépouille du Nasicorue. Elle passe l'hiver dans cette coque et se transforme en nymphe au printemps. L'insecte adulte éclôt vers le commencement de juin. Ainsi, la Scolie n’a rien à construire pour loger ses larves; les logements de ses victimes lui suffisent.
Les larves de cet Hyménoptère ne réclament ici aucune description spéciale; la figure donne la meilleure idée possible de leur forme et de la taille à laquelle elles parviennent.
Aux îles Seychelles, à Madagascar et dans les petites îles voisines de cette terre, des Oryctès d’une taille supérieure à celle de notre espèce indigène ruinent les Cocotiers, qui fournissent l’une des ressources alimentaires les plus précieuses de ces contrées. Des Scolies les mangent, mais sans les détruire cependant en assez grande quantité pour sauver les arbres des tropiques. M. Ch. Coquerel a fait connaître, il y a douze ans, les larves de deux espèces de Scolies de Madagascar de la plus belle dimension (Scoha oryctophaga, S. carnifex), qui mangent les larves des Oryctès du pays (O. simiar), et se transforment absolument de la même manière que notre grande Scolie d'Europe.
Par une communication de M. Fabre, nous savons que plusieurs Scolies de taille médiocre (Sc. bifasciata, Sc. sexmaculata) attaquent également des larves de Coléoptères de la famille des Scarabéides, mais celles-ci choisissent des espèces de plus petites
dimensions, notamment des Euchlores, sorte de petits Hannetons de couleur verte.
D'autres Fouisseurs sont les Srnécrnes, Hyménoptères pleins d'élégance, souventde grande taille. Leur tête est courte et large, leur labre ou lèvre supérieure toujours bien développé; leurs mâchoires, comme leur lèvre inférieure, sont courtes; leurs antennes longues, assez minces, contournées dans les femelles; leurs jambes postérieures, fort bien armées d’épines chez les femelles, sont beaucoup plus longues que les autres dans les deux sexes.
I existe deux types principaux dans cette famille des Sphégides : les Sphégines et les Pompilines, les premiers ayant le prothorax rétréci et figurant ainsi une sorte de cou, les seconds ayant le prothorax large et sans étranglement. Sphégines et Pompilines sont abondants dans les pays chauds; ils sont relati— vement en petit nombre dans l'Europe centrale, mais ceux de cette partie du monde sont presque les seuls dont les habitudes particulières soient connues.
Les espèces du genre Sphex ont une admirable agilité comme une remarquable élégance de formes. Leur corps est assez ro— buste, et leur abdomen est attaché au thorax par un long pédicule mince. Ces Hyménoptères possèdent de larges mandibules arquées et bidentées, où l’on reconnait d'excellents instruments de travail et des jambes garnies d’épines aiguës, régulières, qui en font des outils d’une irréprochable construction. Le Sphex aux ailes jaunâtres (Sphex flavipenms), noir, finement pubescent, avec l'abdomen rouge, à l'exception du pédicule, est répandu dans la plus grande partie de l'Europe; il nidifie dans le sable etil approvisionne ses larves de Grillons. Une autre espèce du genre (S. albisecta) fait la chasse aux Criquets; le Sphex du Languedoc (Sphex occitanica) s'attaque à une grosse Sauterelle du genre Ephippiger. On est toujours rempli de surprise en considérant l'énorme volume des Insectes que les Sphex parviennent à transporter et à introduire dans leur nid.
Regardons au travail les ardents Hyménoptères.
« C’est par petites peuplades de dix, vingt pionniers ou davantage que l'emplacement est exploité, dit un excellent observateur, M. Fabre (d'Avignon). Il faut avoir passé quelques journées en contemplation devant l’une de ces bourgades, par un temps parfaitement calme et par un soleil brûlant, pour se faire une idée de l’activité fiévreuse, de la prestesse saccadée, de la brusquerie de mouvements de ces laborieux mineurs. Le sol est rapidement attaqué avec les râteaux des pattes antérieures. En même temps chaque ouvrier entonne sa joyeuse chanson, qui se compose d'un bruit strident, aigu, interrompu à de courts intervalles, et modulé par les vibrations du thorax et des ailes. On dirait une troupe de gais compagnons se stimulant au travail par un rhythme cadencé. »
Le travail avance, s'achève; on va aux provisions. En arrivant avec une proie, l’Insecte la dépose au bord de son trou, pour se livrer d’abord à une visite du domicile, et vient ensuite la rechercher. M. Fabre s’avisa, à différentes reprises, d’éloigner la proie, et chaque fois le Sphex, obligé d'aller la retrouver au loin, la laissait toujours au bord du trou pour refaire une visite domiciliaire. Enfin, ayant enlevé chaque fois l’Insecte apporté par le Sphex, il a vu celui-ci murer son trou vide, ce qui sem— blerait indiquer que l'animal, obéissant seulement à l'instinct, croit avoir fini lorsqu'il a exécuté sa besogne. Cette absence d'intelligence ne s'accorde pas avec les actes des Hyménoptères nidifiants dans une foule d’autres circonstances.
Dans le centre et dans le nord de l'Europe, où les véritables Sphex sont rares, on rencontre en abondance des Ammophiles, qui s’en distinguent par leurs mandibules plus longues et tridentées, et surtout par leur corps presque linéaire, leur abdomen fort mince. Dans nos campagnes, on aperçoit continuellement, dans tous les endroits arides, au bord des chemins, l'Ammophile des sables (Ammophila sabulosa), à l'allure vive, au vol ra
pide, dont le corps est noir avec le quatrième anneau de l'abdomen, le bord postérieur du troisième et le bord antérieur du cinquième, d'un roux ferrugineux. Ici l’Ammophile creuse le sol, le trou est déjà profond, le sable est rejeté sur les bords; ailleurs il a achevé sa galerie et la cellule où devra vivre une de ses larves, il ap-
AMMOPHILEÉ DES SABLES
(Ammophila sabulosa ).
l'emelle, Mäle,
porte une grosse chenille, la place dans la petite loge, dépose un œuf, puis avec un petit caillou et des grains de sable, il mure exactement l’orifice de son trou, faisant disparaître avec un soin infini toute trace de son travail. Toutes les espèces d’Ammophiles observées dans leurs habitudes prennent des chenilles pour nourrir leurs larves.
Dans les régions chaudes du monde se rencontrent des Sphégides qui se signalent par la grande longueur du pédicule de leur abdomen et par leurs mandibules arquées, ayant à peine une dent au côté interne; ce sont les Pélopées, tous de couleur noire avec des marques jaunes. A considérer leurs mandibules, on devine bien qu'ils ne doivent pas travailler de la même manière que les Sphex ou les Ammophiles. Les Pélopées, en effet, sont de véritables maçons. L'espèce du midi de la France, le Pélopée tourneur (Pelopœæus spirifex), bâtit son nid sur des murailles, dans les encoignures, quelquefois à l’intérieur des granges ou des habitations, et presque toujours à une hauteur de plusieurs mètres
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du sol. L’Insecte, aux proportions grêles, qui semble peu fait pour transporter des fardeaux, va chercher des parcelles d'une terre argileuse, les pétrit avec ses mandibules, et les applique
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