‹ Métamorphoses mœurs et instincts des insectes (insectes, myriapodes, arachnides, crustacés)Chapitre 66 sur 174 · FOURMIS À MIEL · texte numérisé non relu

FOURMIS À MIEL

(Myrmecocystus mevicanus je

Individus grossis el de grandeur naturelle, vus, l'un de profil, l'autre de dos,

de miel. Les renseignements les plus circonstanciés que nous possédions encore au sujet de cecurieux Insecte sont dus à un auteur mexicain, de la Llave, renseignements qui, publiés dans un recueil à peu près ignoré en Europe, ont été traduits en français par M. Sallé, bien connu des savants par ses voyages en différentes parties de l'Amérique.

Ces Fourmis, assez abondantes, paraît-il, aux environs de la ville de Dolorès, ct connues dans le pays sous le nom de Busi-

leras, vivent dans des demeures souterraines, qui ne s’annoilcent à l'extérieur par aucune éminence. Ces Insectes ont l'abdomen de proportion ordinaire dans les premiers temps de leur vie; mais peu à peu, au moins chez un certain nombre d'individus, cette partie du corps s’élargit, et le moment arrive où elle est distendue de façon à ressembler à une boule transparente : l'intestin semble avoir subi une extrême dilatation, par suite d’une énorme accumulation de matière sirupeuse. Dans cet état de réplétion, les Fourmis à miel, incapables de marcher, demeurent suspéndues au plafond des galeries de leur habitation. Les femmes et les enfants de la campagne creusent les nids pour y chercher les Busileras, et, récolte faite, sucent avec délices la partie mellifère. Mais, si l’on veut en servir sur une table, on détache les têtes et les thorax, et les parties mellifères, semblables à de petites vessies, sont mises sur une assiette.

Comment est amenée cette singulière accumulation de matière sucrée dans l'intestin de la Fourmi mellifère? Quel rôle, dans la fourmilière, jouent ces individus gonflés et inertes? Le rôle de nourrice probablement. Toute certitude manque à cet égard.

Dans le groupe des Ponérites, nous comptons peu de genres. Ce sont d’abord les Ponères, dont la tête triangulaire est à peine échancrée en arrière, dont les mandibules, élargies à l'extrémité, sont garnies de plusieurs dents. Ces Insectes sont surtout répandus dans les régions chaudes du globe ; il y en a peu d'espèces en Europe, une seule dans notre pays, la Ponère resserrée (Ponera contracla), très-petite espèce, s’établissant dans la terre, sous des pierres, et formant des sociétés peu nombreuses.

Une autre Fourmi d’un roux päle, ayant beaucoup de ressemblance avec les Ponères, paraissant vivre de la même manière, et très-remarquable par ce fait que toutes les ouvrières sont aveugles (les mâles et les femelles sont inconnus), à été dé-

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LES HYMEÉNOPTÈRES. 371

couverte en Algérie par M. Lucas. Elle est considérée comme appartenant à un genre propre, le genre Typhlopone (Typhlopona oramensis). Nulle observation de mœurs n’a été faite encore au sujet de cet Insecte. L'absence d’yeux nous donne la certitude que les ouvrières de cette espèce vivent perpétuellement dans les ténèbres, qu'elles ne doivent jamais sortir de leur retraite. 1] faut croire que dans les lieux où elles s’établissent, elles trouvent leur nourriture; mais en quoi consiste cette nourriture ? L'observation seule peut l’apprendre.

Des Fourmis de l'Amérique méridionale, d'assez grande taille, les Odontomaches ( Odontomachus), se font remarquer par leur tête très-srande, fortement aplatie et échancrée en arrière et par leurs longues mandibules multidentées. Cette curieuse conformation fait naître l’idée d’aptitudes assez particulières chez ces Fourmis, mais les voyageurs nous appren— nent seulement qu'elles travaillent dans le bois (Odontomachus chehfer).

Les Myrmicites sont représentés en Europe par de trèspetites espèces ; mais dans les régions intertropicales, et surtout en Amérique, où ils sont très-abondants, beaucoup de ces Hyménoptères atteignent une taille assez considérable, la plus grande connue dans la famille des Formicides.

Dans les nids de diverses Myrmicites, il existe deux formes d'ouvrières, les unes ayant une petite tête, les autres une tête énorme. Cette différence a été fréquemment reconnue chez des espèces de l'Amérique du Sud; elle a été signalée depuis longtemps à l'égard d’une espèce de notre pays, et M. Lespès l'a retrouvée chez six ou sept autres Myrmicites. On a appelé du nom de soldats les individus à grosse tête, d'après l'opinion conçue et justifiée par les récits des voyageurs, qu'ils devaient avoir pour fonction la défense de l'habitation. La Supposition que ces individus plus robustes et mieux armés que les simples ouvrières pouvaient être des neutres mles s’est

naturellement présentée sans avoir été résolue jusqu'à présent par les investigations anatomiques nécessaires. Toutefois M. Lespès a vu chez nos espèces indigènes les deux sortes de neutres se livrer aux mêmes travaux dans l’intérieur du nid.

Les petites Myrmices de France, qui ont de larges mandibules et-de longs palpes maxillaires, forment en général de petites réunions. La Myrmice rougeâtre (Myrmica rubida) s’établit sous des pierres et creuse des galeries dans la terre. Plusieurs espèces font leur installation sous la mousse, dans les bois. Quelques-unes recherchent les endroits sablonneux (Myrm. structor, ete.); d'autres se logent dans les vieux troncs (M. acervorum); une très-petite espèce, longue de 2 millimètres, la Myrmice domestique (H. domestica), que l'on suppose avoir été importée en Europe, vit dans les maisons, où elle mine les poutres, les boiseries. Rare en France, mais plus répandue en Angleterre, elle a causé de graves dégâts dans plusieurs villes, notamment à Brighton, rapportent MM. Shuckard et Westwood.

Une découverte curieuse, encore récente, due au professeur Schenck (de Nassau), est celle d’une sorte de Myrmice dont les mandibules, conformées comme celles des Polyergues, ne peuvent servir comme instruments de travail. Cet Insecte, dont un professeur de Pesth, qui s’est beaucoup occupé des Fourmis, M. Mayr, a fait un genre particulier (Strongylognathus), prend pour auxiliaires ou pour esclaves les ouvrières d'une Myrmice (M. cœæspitum). C'est dans le groupe des Fourmis à aiguillon le représentant du Polyergue, qui est du groupe des Fourmis sans aiguillon. Les Attes, au corps inerme, et les OEcodomes, au corps épineux, sont de grandes Fourmis des pays chauds, et surtout de l'Amérique, qui ont de très-petits palpes. L'OEcodome céphalote (OEcodoma cephalotes) abonde au Brésil. L'ouvrière, d'un brun noir, a la tête énorme, épineuse en arrière, et le thorax garni de six tubereules; la femelle, très-grosse, avec la tête dans les pro-

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portions ordinaires, est toute brune. C'est une des espèces qui se réunissent parfois en nombre immense pour exécuter de longs voyages, une des espèces qui ont été nommées les Fourmis de visile, parce qu'à certaines époques, assure-t-on, ces Fourmis, arrivant à l'improviste, envahissent les maisons, les débarrassent d’une foule d'animaux malfaisants, et s’en retournent ensuite comme elles étaient venues. Les notions qui nous ont été transmises sur ces singulières expéditions par de nombreux voyageurs sont encore bien vagues; Pierre Huber n’a pas été les observer. Il n’est pas douteux, au reste, que les grandes Fourmis des tropiques attaquent souvent des animaux pour les sucer.

L'OEcodome céphalote emploie des feuilles pour construire son nid, et ce qu'il y a de plus précis à cet égard, c’est le fait rapporté par M. Lund. Ce voyageur, passant près d’un arbre isolé en pleine végétation, est surpris d'entendre, par un temps calme, des feuilles tombant comme la pluie; il s'approche, et, sur chaque pétiole, voit une Fourmi qui travaillait de toute sa force. Le pétiole, bientôt coupé, la feuille tombait à terre. Au pied de l'arbre, la scène était plus curieuse encore : la terre était couverte de Fourmis qui découpaient en morceaux les feuilles à mesure qu'elles tombaient. En une heure, tout était fini : l'arbre dépouillé, les feuilles coupées, les morceaux emportés.

LES HYMÉNOPTÈRES FOUISSEURS (Mutillides, Scoliides, Sphégides, Crabronides, Odynérides). Les Hyménoptères que nous rapprochons ici, appartiennent à diverses familles bien caractérisées. Les uns, par leur aspect, par

leur allure, rappellent les Fourmis: les autres ont une apparence qui leur est tout à fait particulière; les autres ressemblent

aux Guêpes. Mais si ces Hyménoptères qualifiés fouisseurs, diffèrent beaucoup entre eux par leurs caractères zoologiques, ils se rapprochent d’une façon remarquable par leurs caractères bio logiques. Ce sont généralement des Insectes fort industrieux, doués d’une extrême habileté pour édifier des constructions, animés d'instinets merveilleux pour préparer à leur progéniture des moyens de subsistance. Ceci s'applique, bien entendu, aux femelles, toujours armées d’un aiguillon ; jamais les mâles d’aucun groupe de la classe des Insectes ne prennent part aux tra— vaux des femelles.

Ces Hyménoptères ereusent le sol, les murailles, quelquefois des branches d'arbres, des tiges d’arbrisseaux, afin d'établir des logements pour leurs larves, Comme instruments de travail, ils ont des mandibules tranchantes et dentelées, et des jambes garnies d’épines, constituant des râteaux. Quand ils sont à l’état adulte, leur nourriture consiste en matières fluides, le miel des fleurs, la séve qui s'écoule des arbres. Quand ils sont à l’état de larves, ils ne peuvent vivre que de proie vivante.

Ce régime des larves oblige les mères à faire des chasses dont le spectacle produit toujours une impression singulière sur ceux qui en sont témoins.

Chez les représentants, fort nombreux, des familles que nous rapprochons sous la dénomination générale de Fouisseurs, il n'y a que deux sortes d'individus, des mâles et des femelles ; chez aucune espèce on ne voit d'individus neutres, d'ouvrières, comme chez les Fourmis, chez les Guêpes, chez les Abeilles. Les femelles, toujours solitaires, sans aucun secours étranger, travaillent à l'édification du nid et à son approvisionnement.

Une femelle fait choix d’un endroit déterminé; chaque espèce a ses prédilections bien arrêtées : c’est le sol, c'est un terrain coupé verticalement, c’est une muraille, une tige d’arbuste. Souvent elle profite d'une cavité déjà formée, d’une

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fissure, si le travail doit être plus facile, et elle se met avec une ardeur incroyable à creuser un trou. Elle n’a d’autres in struments que ses mandibules pour détacher les particules terreuses, que ses jambes converties en räteaux pour gratter et rejeter au dehors les parcelles détachées. Mais le travail de l'Insecte est si opiniâtre, sa patience si inébranlable, qu’une galerie se trouve pratiquée dans un assez court espace de temps, et au fond de la galerie une loge de forme ovalaire, quelquefois plusieurs loges ; à cet égard encore, chaque espèce a ses habitudes. Une loge étant construite, le Fouisseur, Sphex, Pompile, Crabron ou Odynère, doit s'occuper de l’approvisionnement; c'est alors qu'il va à la chasse, chaque espèce aussi ayant sa chasse particulière. Pour celle-ci ce sont des chenilles, pour celle-là des larves de Coléoptères, pour celle-là encore des Insectes adultes, des Araignées. Le Sphex ou le Crabron est doué d’un instinct comparable à celui de l’Ichneumon : s’il fournit à ses larves des Insectes d’un gros volume, il en met un seul dans chaque loge, quelques-uns si leur dimension est médiocre, beaucoup si leur taille est petite. Le Fouisseur, pour saisir sa proie, la pique de son aiguillon; le venin plonge l’animal piqué dans un état de léthargie indéfinissable qui se prolongera fort longtemps, et dans tous les cas, sans que jamais l'individu piqué puisse se réveiller, revenir à la vie. Il serait difficile de rencontrer ailleurs un ensemble de phénomènes plus saisissants. Un besoin impérieux des larves de l'Hyménoptère fouisseur, est d’avoir pour aliments des tissus vivants; ces larves périraient près d’un cadavre, près d’un corps en décomposition ou desséché, et ces larves à peau molle, sans défense, incapables de se déplacer, parviendraient-elles jamais à ronger un Insecte en pleine vie? u'auraient-elles pas, au contraire, tout à redouter de sa part? Dans l’admirable organisation de la nature, les difficultés qui nous sembleraient les plus insurmontables s’aplanissent comme par enchantement. Ces larves n’ont rien à craindre de leurs victimes;

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victimes désormais rendues inertes par le venin de l'Hyménoptère, elles ne sauraient opposer la moindre résistance à une atteinte quelconque; condamnées à être rongées, elles semblent vivre, car leur corps ne subit aucune décomposition, sa dessiccation ne commence à se prononcer que bien au delà du temps où la larve du Fouisseur est parvenue au terme de sa croissance. Le venin semble avoir agi sur Les tissus à la manière d’un agent conservateur. Des chenilles et des larves de Coléo-

ptères piquées par des Hyménoptères ont pu être conservées dans de petites boîtes pendant plusieurs mois, sans manifester d’altération.

Un Fouisseur a-t-il approvisionné sa cellule, il y dépose un œuf, et puis il la ferme complétement avec une partie du déblai, en faisant disparaitre toute trace extérieure de son ouvrage. C’est là ce qui rend fort difficile la recherche des larves d'Hyménoptères nidifiants. Le Fouisseur construit un grand nombre de loges, tantôt les unes près des autres, tantôt disséminées; il les approvisionne toutes de la même façon, et dans chacune dépose un seul œuf; son travail fini, sa ponte achevée, il ne tarde pas à mourir. Cette mère a pris des peines infinies, a déployé une instinctive prévoyance qui reste encore un sujet d’étonnement, même chez ceux qui, mille fois, ont été les témoins des mêmes faits, pour des êtres qu'elle ne verra jamais, pour une progéniture qu’elle ne connaîtra pas, en un mot, pour des enfants posthumes.

Dans toutes les familles d'Insectes nidifiants, il se trouve des espèces qui, avec la même organisation générale, le même mode de développement, sont privées d'instruments de travail et dépourvues des instincts maternels nécessaires à l'éducation de leurs larves. Nous avons vu des Fourmis réduire en esclavage des individus d’une autre espèce, afin de vaquer dans leurs demeures aux soins qu'elles sont incapables de remplir; nous verrons des Hyménoptères appartenant à divers types

de Fouisseurs n'ayant d'autre souci, disons mieux, d'autre instinct que de faire manger à leurs larves les provisions amassées pour d'autres larves. Les femelles s'introduisent furtivement dans les nids des espèces laborieuses et déposent leurs œufs dans les loges déjà construites, et leurs larves, venant à naître plus tôt que celles de l'Insecte nidifiant, ont mangé une grande partie des provisions quand éclosent ces dernières. Ce sont des parasites d’une certaine nature, de vrais parasites, suivant la définition adoptée par Lepeletier de Saint-Fargeau. Ces femelles ont des mandibules impropres à égrener la terre, des jambes postérieures sans épines propres à ratisser ou à fouir.

Examinons à présent les principaux types parmi ces Hyménoptères habiles à bâtir des nids, et parmi ceux qui vivent à leurs dépens.

Les Murizuipes composent une petite famille que les anciens auteurs rapprochaient des Fourmis. Leurs femelles, étant privées d'ailes, courent à terre, et c’est là une analogie avec les Fourmis neutres, qui a été plus facilement saisie que les caractères distinctifs.

Les Mutillides ont une tête arrondie, des antennes filiformes insérées sur la face, un abdomen ovalaire. Ces Hyménoptères, disséminés dans toutes les régions du monde, abondent principalement dans les parties chaudes du globe. Cette famille est surtout représentée en Europe par le genre des Mutilles. Les Mutilles, Insectes pubescents, ornés de bandes et de taches vivement colorées, sont assez rares. Les mâles etles femelles différent, non-seulement par la présence ou l'absence des ailes, mais encore par la forme du corps et par la coloration; aussi n’est-on bien éclairé, relativement aux distinctions spécifiques, que depuis une époque assez récente.

Nous pouvons considérer comme le type du genre la Mutille européenne (Mutlla europæa), l'une des espèces les moins rares dans notre pays, Le mâle est d'un bleu foncé, avec le thorax roux,

les ailes enfumées, les bords des premiers anneaux de l'abdomen garnis d’une pubescence soyeuse d’un gris argenté ; la femelle noire, avec le thorax roux et des bandes grises sur les trois premiers anneaux de l'abdomen. On rencontre les femelles non pas courant, mais marchant à terre dans les bois ; on les voit entrer dans des trous ou en sortir, mais jusqu'ici on n’est pas trop parvenu à savoir ce qu'elles y faisaient,

LA MUTILLE EUROPÉENNE

(Mutilla europæa).

Un individu mâle au vol. — Divers individus femelles,

Comment vivent les Mutilles? C’est ce que l’on ne sait guère encore. Un auteur avait assuré en avoir trouvé dans un nid de Bourdons, et cela avait suffi pour donner à penser que ces Insectes étaient parasites : mais divers observateurs en ont vu attaquant des Insectes; d’autres en ont pris dans leurs trous, où ils ont

rencontré en même temps, soit des débris de Sauterelles, soit des fragments de Diptères, et de ces remarques fort incomplètes on et a conclu que c'étaient les résidus des animaux qui avaient servi à la nourriture des larves de Mutilles. D'un autre côté, si l'on considère que les Mutilles femelles ont des pattes postérieures fortes et épineuses, par conséquent propres à fouir, et des mandibules dentelées, on acquiert la conviction que ces Hyménoptères font des nids et les approvisionnent comme les autres Fouisseurs.

Il y aurait peu d'intérêt à mentionner ici les divers genres de Mutillides composés d'espèces dont les habitudes sont encore inconnues. Un d'eux mérite cependant d'être cité à raison d’une observation particulière fort curieuse. En Australie, vivent des Mutillides de forme très-élégante, les Thynnes. Les mâles de ces Hyménoptères ont le corps élancé et des antennes droites, assez longues; les femelles, beaucoup plus petites.que les mâles et absolument privées d'ailes, ont des antennes contournées. L'espèce la plus commune du genre est le Thynne variable (Thynnus variabilis), Insecte d’un brun rougeâtre luisant, avec des taches et des bandes jaunes. Nous ne savons rien des conditions d'existence de ces Hyménoptères, mais voici un fait fort étrange, sans analogue parmi les espèces européennes. Le mâle, nous assure M. J. Verreaux, dont les observations méritent toute confiance, s'envole en portant sa femelle entre ses pattes, et la tenant avec un soin extrême, on le voit se poser sur les fleurs. Parfois il arrive que d’autres mâles moins heureux, arrivant au même endroit, cherchent à lui ravir sa compagne. Une lutte s'engage, et le mâle qui devient impuissant à défendre sa femelle contre les attaques de plusieurs prend le parti de la manger. Une semblable conduite ne rappelle-t-elle pas certains exploits des personnages qui estiment plus l'honneur que la vie.

Après les Mutillides, en nous laissant guider par les affinités

naturelles, nous devons nous occuper des Scozrpes. Les Scoliides ont ordinairement un corps massif, pesant, des antennes épaisses, souvent fusiformes. Le grand genre de la famille est celui des Scolies (Scolia), caractérisé par des antennes plus courtes que la tête et le thorax, surtout chez les femelles, par des mandibules fortement arquées chez ces dernières et des jambes très-épineuses. D'après la considération des nervures des ailes, ce genre a été subdivisé par les auteurs modernes, mais ce sont là des particularités dont nous ne pouvons traiter et dont on trouve le détail dans une monographie récente de MM. H. de Saussure et Sichel. Plusieurs Scolies de grande taille habitent l'Europe méridionale ; la plus commune est la Scolie à front jaune, ou Scolie des jardins (Scohia frontalis ou S. hortorum), qui est noire, poilue, avec le front et le sommet de la tête ordinairement jaunes, l'abdomen de la femelle orné de quatre taches de cette dernière nuance. Cette espèce se rencontre abondamment dans le midi de la France, en Italie, en Espagne, dans le nord de l'Afrique, etc. Jusqu'à une époque peu éloignée de nous, on s’étonnait de n'avoir rien pu apprendre des mœurs et des métamorphoses de cet Insecte ou de quelques-uns de ses congénères, qui comptent parmi les plus grands Hyménoptères. Un naturaliste de Florence, Carlo Passerini, le premier, reconnut, en 1840, les habitudes de la Scolie à front jaune.

Dans les vieux troncs de Chène en décomposition, dans les amas de tan que l’on emploie parfois dans les jardins et les serres, et dont on fait un usage journalier dans les tanneries, vivent les énormes larves d’un Scarabée (Oryctes nasicorms) bien connu sous les noms vulgaires de Nasicorne et de Rhainocéros. C’est à ces larves, ordinairement assez sédentaires dans des loges formées dans la tannée, que viennent s'attaquer les femelles des Scolies. Pénétrant jusqu’à la larve du Nasicorne, la femelle la pique de son aiguillon et la plonge dans cet état d’engourdissement dont nous avons tracé une description, et tout aussitôt elle pond un œuf

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