‹ Métamorphoses mœurs et instincts des insectes (insectes, myriapodes, arachnides, crustacés)Chapitre 69 sur 174 · NID DU PÉLOPÉE TOURNEUR, DÉTACHÉ ET VU À L'INTÉRIEUR · texte numérisé non relu

NID DU PÉLOPÉE TOURNEUR, DÉTACHÉ ET VU À L'INTÉRIEUR

Mais le Pélopée se laisse prendre rarement, il apporte dans sa cellule une, deux, trois Araignées, suivant leur grosseur. La provision faite, un œuf est déposé, le travail de maçonnerie est continué, la cellule doit être fermée et le laborieux Hyménoptère ne ménage pas les matériaux ; les parois sont épaisses. Une première loge construite et approvisionnée, le Pélopée en fabrique une seconde à côté, sur la même ligne horizontale, et l'approvisionne de la même façon, puis une troisième, une quatrième, en

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général jusqu'à six où huit. La surface extérieure du nid présente des cannelures longitudinales correspondant aux inter alles des cellules, ce qui est très-bien expliqué par le mode de construction. Si les parois de la surface du nid ont une épaisseur considérable, celle du bord inférieur est beaucoup plus mince. C'est de ce côté que sortiront les Insectes adultes venant d'éclore, il importe qu'ils ne trouvent pas de difficulté à se pratiquer une issue. Les trous que nous apercevons indiquent que les loges sont désertées.

Si nous détachons un nid avant l'achèvement des métamorphoses des larves de Pélopée, ce qui exige beaucoup de précaution tant cette maçonnerie d'Hyménoptère adhère fortement à la muraille, nous verrons les loges occupées, soit par des larves, soit par des coques construites par ces larves après l'achèvement de leur croissance. Les larves du Pélopée dont M. Lucas, le premier, a donné une description et des figures, sont assez longues avec la partie antérieure de leur corps recourbée. Les coques sont formées d’un tissu papyracé, brunâtre, lisse et luisant.

Les Pélopées de l'Inde, de l’île Bourbon, de l'Amérique, ont les mêmes habitudes que notre espèce européenne; leurs constructions sont presque identiques.

Des Sphégides de formes très-analogues à celles des Pélopées, mais ayant une couleur métallique bleue, verte ou violacée, sont les habitants des pays les plus chauds des deux hémisphères. On les appelle les Chlorions. Le Chlorion comprimé (Chlorion compressum) est abondant à l’île Maurice et à l'ile Bourbon, et les habitants de ces deux iles ne peuvent regretter qu'une chose, c'est que l’élégant Hyménoptère ne soit pas plus commun en— core, car il leur rend des services impossibles à méconnaitre. Construisant leurs nids à peu près de la même façon que les Pélopées, les Chlorions ne chassent pas les mêmes sujets. Les colonies, et surtout leurs ports de mer, sont infestés par les Blattes où Kakerlacs, qui ne respectent aucune denrée. C'est à

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ces Orthoptères que les Chlorions font une guerre terrible pour les besoins de leurs larves.

Souvent on est témoin de l'attaque d’un Kakerlac par un Chlorion, et de l'intelligence que ce dernier déploie pour amener à son nid et faire entrer dans son trou, assez étroit, un corps aussi volumineux que celui de la Blatte. Le Chorion se montre rôdant de divers côtés, en quête de la découverte d'une proie. Il aperçoit un Kakerlac, celui-ci reconnaît l'ennemi et s'arrête sous l'impression de la frayeur. Alors le Chlorion s’élance sur lui, le saisit avecses mandibules entre la tête etle corselet, et lui perce l'abdomen de son aiguillon. L'acte accompli, il s'éloigne un moment, attendant la fin des convulsions de sa victime. Dès que les mouvements ont cessé, il vient la saisir et la traîne jusqu'à son nid, souvent avec des efforts inouïs, car le fardeau est pesant. Il s’agit de la faire entrer dans une cellule, mais l'onverture est trop étroite, les pattes, les ailes de l'Orthoptère sont un obstacle insurmontable à son introduction dans l’espace resserré, Le Chlorion a compris la situation, la difficulté ne l'étonne pas. À la Blatte trop volumineuse, il coupe pattes et ailes, et ainsi diminuée, 1l cherche à la pousser dans son trou, mais elle est encore trop large, l'Hyménoptère sent qu'il a mieux à faire : entrant lui-même à reculons dans son étroite galerie, il saisit le Kakerlac avec ses mandibules et le tire de toutes ses forces ; les téguments de l’Orthoptère ne manquant pas d’une certaine flexibilité, le corps de l’Insecte finit par passer dans le tube où l’on n'aurait jamais cru qu’il puisse être introduit.

De tels actes de la part du Chlorion sont-ils du seul domaine de l'instinct? Qui pourrait le croire, en présence de ces manœuvres si intelligentes, variables selon les circonstances, et comme, au reste, une foule d'Hyménoptères nidifiants nous en offrent des exemples ?

Les Pompilines sont des Fouisseurs travaillant avec la même perfection que les Sphégines, et chassant avec la même audace

et les mêmes ruses. Les Pompiles de notre pays, Insectes de taille très-médiocre, nidifient dans le sable ou dans le vieux bois, sachant, comme tant d’autres Hyménoptères, s'épargner du travail en prenant possession de vieux trous. Tous les Pompiles observés dans leurs habitudes nourrissent leurs larves avec des Araignées. Plusieurs chassent surtout les Araignées errantes qui ne font pas de toile, mais quelques-uns vont hardiment attaquer notre grosse Araignée domestique sur sa toile. Dans notre pays, on rencontre continuellement le Pompile des chemins (Pompilus viaticus), un petit Hyménoptère noir avec les trois premiers anneaux de l'abdomen rougeâtres et les ailes enfumées, qui creuse ses trous dans le sol.

Des Pompilines ayant les pattes sans épines, les Céropales, semblent incapables de travailler, et Lepeletier de Saint-Fargeau en ayant vu qui entraient dans les nids d’autres Fouisseurs, on est assuré que ce sont des parasites.

Dans l'Amérique du Sud vivent les Pepsis, aux Indes orientales, et dans les Archipels de l’océan Pacifique, les Macromeris qui sont les géants parmi les Fouisseurs, et même entre tous les Hyménoptères. Ils ont le goût des Araignées comme nos Pompiles d'Europe, mais leurs nids ne nous sont pas connus.

Les Crasronines ont bien des rapports de conformation avecles Sphégides, mais ils présentent un autre aspect et quelques caractères assez prononcés permettent toujours de les distinguer. Leur corps est, en général, médiocrement élancé, leurs antennes sont droites, leur lèvre supérieure est à peine saillante, leurs pattes postérieures ne sont guère plus longues que les autres, et leurs jambes antérieures se terminent par une large pointe.

Les Crabronides sont nombreux par le monde; ils ont des formes assez variées et aussi des mœurs, des habitudes dont la diversité est une source d'intérêt.

Dans la famille des Crabrouides, nous distinguons les Bembécines qui ont un gros corps, un labre bien visible, des mandibules

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pointues, unidentées au côté interne. Les Bembex en particulier se font remarquer par la grande longueur de leurs mâchoires et de leur lèvre inférieure constituant une sorte de trompe, aussi voit-on ces Insectes souvent posés sur les fleurs, occupés à pomper le miel. Le Bembex à bec (Bembex rostrata), le plus répandu entre tous, dans nos départements méridionaux, Insecte noir avec le chaperon jaune, et une bande de nuance citron sur chaque anneau de l'abdomen, a été autrefois étudié dans ses habitudes par Latreille. Cet Hyménoptère, comme tant d’autres Fouisseurs, creuse dans le sable des trous profonds, et comme toutes les es pèces du même groupe, il approvisionne ses cellules uniquement avec des Diptères : Mouches, Syrphes, ete. Ses provisions faites, et sa ponte effectuée, le Bembex ferme l'orifice avec le soin ordinaire parmi les Sphégides.

Jusqu'ici, pour nos Fouisseurs, tout se passe de la même manièré générale : la mère bâtit un nid, des loges pour chaque larve, remplit les loges de provisions, dépose un œuf auprès de ces provisions, ferme toutes les issues de l'habitation dans laquelle doivent se développer ses larves et meurt sans avoir jamais vu sa progéniture. Mais voilà que M. Fabre, du lycée d'Avignon, nous révèle dans les habitudes d’une espèce de Bembex (B. vidua), une particularité inconnue, et certainement bien rare dans l’histoire des Hyménoptères. Ici la mère laisse son lerrier ouvert, y pénètre chaque jour, apportant à sa larve une proie fraîche qui est toujours un Diptère. A l'égard des Hyménoptères, nous l'avons dit ailleurs, M. Fabre nous a montré la nature plus riche en ses manifestations qu'on ne le supposait. On est émerveillé par la contemplation de ces Hyménoptères laborieux, si intelligents, agissant en toute occasion comme si la prévoyance était un résultat de leurs facultés intellectuelles, mais n'est-on pas plus charmé encore au spectacle de cette mère, frêle Insecte qui veille et nourrit ses jeunes avec une sollicitude constante? On comprend aisément pourquoi la nature a fait rares les

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Hyménoptères solitaires donnant des soins journaliers à leurs larves. Les chances de destruction épargnées aux autres dans leurs inaccessibles retraites, menacent sans cesse ces derniers. Le nid est ouvert, des Insectes carnassiers peuvent y pénétrer et dévorer les larves de l'Hyménoptère. L'Hyménoptère lui-même peut être pris, tué, mangé, et alors les larves ne recevant plus de leur mère la pâture quotidienne, se trouvent condamnées à périr de faim.

Les Stizes, qui diffèrent surtoutdes Bonbes parleurs mâchoires et leur lèvre inférieure courtes, ont été moins étudiés que ceux-ci dans leurs habitudes. M. Fabre nous en signale une espèce (Stizus tridens) qui approvisionne ses cellules avec des Gicadelles.

Les représentants d’une autre tribu de la famille des Crabronides, les Larrines, avec des formes moins lourdes que les Bembécines, ont leur labre presque imperceptible, et leurs mandibules pourvues, à la base, d’une profonde échancrure interne dont l'usage n’a pas encore été reconnu. Ces Hyménoptères errent dans les lieux sablonneux où ils établissent leurs nids. Plusieurs d’entre eux au moins les approvisionnent avec des chenilles.

La tribu des Crabronines est le vaste groupe de la famille ; elle comprend une multitude d'espèces d'assez petite dimension, ayant le plus ordinairement des bandes et des taches jaunes sur un fond noir, un labre aussi rudimentaire que celui des Larrines, et des mandibules sans échancrure. Ces espèces se répartissent d’une manière très-naturelle dans trois groupes : les Cercérites qui ont les antennes un peu renflées à l'extrémité, et l'abdomen contracté à la base; les Crabronites dont l'abdomen n'offre aucun étranglement; et les Nyssonites, dont les antennes sont minces.*

Les Cercéris ont des mandibules tridentées et des antennes très-rapprochées à leur insertion. Elles sont abondantes en Europe, et plusieurs d’entre elles ont été l’objet d’intéressantes observations, Presque partout on rencontre la Gercéris des sables

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(Cerceris arenaria), au moins dans les terrains arides, sablonneux, et surtout exposés au midi; les Hyménoptères, au reste, aiment la chaleur, le plein soleil. La Cercéris creuse des trous d'assez grande profondeur, et approvisionne ses cellules avec des

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