MÉTAMORPHOSES DE L'ODYNÈRE DES MURAILLES
(Odynerus. parietum).
posé en plein midi; des milliers, des centaines de milliers d'Odynères des murailles volaient au bord du champ de luzerne , chassant avec une incroyable ardeut: sur les plantes, apportant
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entre leurs mandibules de petites larves vertes, creusant des trous dans le terrain, bâtissant des cheminées, murant des galeries, chaque individu poursuivant sa besogne avec une activité inimaginable, sans s'inquiéter le moins du monde des milliers de travailleurs qui l'environnent. Nulle description ne parviendrait à donner une idée complète d’un tableau aussi animé, aussi saisissant. C’est la vie sous une foule d’aspects qui se présente aux yeux de l'observateur attentif. Tous ces petits êtres si actifs semblent avoir conscience et, dans tous les cas, agissent comme s'ils avaient conscience qu'ils ont une importante mission à remplir en ce monde. N'est-ce pas là, au sein de la création, dans toutes les sociétés possibles, le sentiment qui excite chacun ; même dans la situation la plus humble, on se croit utile, on se croit important.
Voyons la scène qui se passait au pied du talus, où s’agitait la foule des Odynères. Les travaux se trouvaient à tous les degrés d'avancement, les Odynères n’étant pas tous nés en même temps. Divers individus étaient occupés à creuser le terrain; ceux-là commençaient. Ailleurs, d’autres construisaient des cheminées. Sur beaucoup de points, les cheminées étaient totale— ment achevées, et les Odynères travaillaient à l'approvisionnement de leurs cellules. C’est une chose singulière que les cheminées ou les vestibules que. nos Hyménoptères édifient audevant du trou ou, si l’on aime mieux, de la galerie qu'ils ont creusée. L'appareil, d’une longueur d'environ 3 centimètres, quelquefois un peu plus, légèrement courbé du côté du sol, de façon que la pluie ne pénètre pas à l'intérieur du tube, ressemble à une dentelle façonnée avec une matière terreuse. On voit que la terre a été pétrie par petits rubans ou par petits cylindres placés circulairement les uns sur les autres, plus ou moins contournés, et laissant sur divers points des intervalles vides donnant aux parois l'aspect d’une dentelle ou d’une guipure. Ces vestibules sont ainsi d’une extrême fragilité, ils se
brisent, ils se désagrégent quand on vient à les toucher, mais pour l'Iusecte ils présentent une solidité suffisante. Tous les observateurs ont signalé ces sortes de cheminées que construisent les Odynères et d’autres Fouisseurs, sans que l'utilité de ces constructions ait pu être bien comprise, Dès que nos Hyménoptères ont approvisionné leur cellule et déposé leur œuf, ils détruisent en entier le vestibule extérieur, et, comme tous les autres Fouisseurs, ils murent l'entrée de leur trou avec un soin, avec une perfection qui ne laissent rien à désirer.
En quelques endroits nous entamons la terre formant le talus, et plusieurs loges situées à une faible profondeur apparaissent en diverses conditions. Ici, une galerie a servi d'entrée pour deux, trois ou quatre cellules; là, pour une seule. Toutes les loges sont approvisionnées avec la même espèce d’Insecte, la larve verte d’un Charançon du genre Phytonome (Phytonomus variabihs). Il y a quinze ou seize de ces larves dans chaque loge. Dans la plupart des cellules, les provisions sont intactes, on trouve l'œuf de l’'Odynère, la larve n’est pas encore éclose ; dans plusieurs, les provisions sont en grande partie consommées, et la larve de l'Odynère est déjà grosse; sa forme est oblongue, elle a beaucoup de ressemblance avec les larves des Pélopées, mais son corps est proportionnellement moins allongé.
Avant la fin du mois de juin, tous les Odynères ont achevé leur besogne, ils sont morts. Sur la longueur entière du talus, aucune trace extérieure des travaux de tant d’Insectes n’a persisté ; personne ne pourrait se douter que cette terre a été creusée, labourée sur tous les points. Les larves des Odynères mangent, vivent, grandissent, se développent dans l'ombre, à l'abri des dangers. Leurs provisions consommées, elles ont acquis leur entière croissance ; alors elles s’enferment dans une coque soyeuse et les voilà endormies jusqu'au printemps suivant, où elles se transforment en nymphes. Deux à trois semaines plus tard éclosent les Insectes adultes.
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Beaucoup d'Odynères se comportent dans leurs travaux à peu près de la même manière que l’'Odynère des murailles, mais il en est d’autres qui établissent leur nid dans des tiges desséchées, les tiges des ronces, du sureau, par exemple. On peut reconnaître aisément ces espèces à leurs jambes postérieures dépourvues d’épines, l'instrument propre à fouiller la terre manque. Partout existe une relation entre la conformation de l'espèce et ses conditions d'existence.
L'Odynère de la Ronce (Odynerus lœvipes ou rubicola) a été étudié dans ses habitudes par Léon Dufour. L'industrieux Hyménoptère fait choix de tiges de ronces sèches, ayant une direction horizontale ou un peu inclinée vers la terre. Il se met à évider une tige sur une certaine longueur en enlevant la moelle ; cette première opération exécutée, il va chercher de la terre, du gravier, pétrit ces matériaux, construit une loge, l’approvisionne, en construit une seconde, puis une troisième, une quatrième. Il y en a souvent de six à dix à la file les unes des autres. Par un de ces miracles de la nature dont l’explication ne serait pas facile à donner, c’est l’Insecte occupant la loge la plus rapprochée de l'issue, c’est-à-dire la dernière construite, qui éelôt le premier, frayant le passage à l'individu de la seconde loge. C’est parfait, en vérité, car si les individus occupant les cellules du fond de la galerie étaient nés les premiers, pour sortir de leur prison, ils eussent fort maltraité les nymphes reposant dans les loges voisines; mais il n'en reste pas moins difficile de comprendre comment l'individu provenant de l'œuf pondu le dernier, comment lindividu le plus jeune, en un mot, arrive le premier à l’état adulte, puis le second, puis le troisième, en finissant par les aînés.
Les Eumènes, Insectes aux formes sveltes et pleines d’'élégance, habitant des régions chaudes du globe, construisent d’une manière particulière. Quelques espèces se rencontrent communément dans le midi de la France. L'Eumène pomiforme, noire,
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variée de jaune avec les bandes de l'abdomen très-larges, bâtit sur les murailles. Avec une terre argileuse, il fabrique de petites capsules arrondies, contenant chacune une seule loge; nous représentons ces petits nids, dont il n’a jamais été question
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