LES HYMÉNOPTÈRES CONSTRUCTEURS DE NIDS DE MATIÈRES PAPYRACÉES
(Vespides).
Ayant fait choix de certaines particularités de mœurs, sans nous arrêter exclusivement aux affinités naturelles, pour établir quelques distinctions simples parmi les Hyménoptères, nous sommes amené à donner ici une désignation juste, qui autrement ne serait pas utile. Aussi, afin d'éviter tout embarras, hàtons-nous de dire que les Hyménoptères qui construisent des nids avec des matières papyracées sont les Guèpes, et seulement les Guêpes, les Guépes sociales pour les anciens auteurs qui les distinguent par cette épithète des Œudpes solitaires, c’est-à-dire les Eumènes et les Odynères. Ils composent une seule famille, la famille des Vesries, que l’on peut partager ensuite en trois groupes et en quelques genres. Chez les Guêpes comme chez les Fourmis, il existe trois sortes d'individus, des mâles, des femelles, des neutres ou ouvrières, femelles infécondes, toujours pourvues d'ailes comme les femelles fécondes et différant assez peu de ces dernières par leur aspect extérieur. Ces Insectes forment des sociétés plus ou moins nombreuses suivant les espèces, mais généralement ces sociétés sont annuelles. Elles se dispersent aux premières atteintes de la saison rigoureuse; les mâles sont déjà morts, les ouvrières meurent à leur tour; seules les femelles fécondes hivernent, en se réfugiant dans des trous de muraille, dans les cavités des vieux arbres, ou dans toute retraite où elles peuvent aisément se cacher et s’abriter contre un froid trop vif.
Au printemps, une femelle isolée, une mère, commence à édifier un nid; le nid sera petit, les cellules peu nombreuses, la femelle pond un œuf dans chacune des cellules qu'elle a construites et, quand ses larves sont écloses, elle va butiner pour
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les nourrir; sa sollicitude pour sa progéniture sera de tous les instants. Voilà les larves de notre Guêpe parvenues au terme de leur croissance; pouvant filer un peu de soie, elles confectionnent une coque soyeuse de la capacité de leur cellule, de sorte que chaque loge semble fermée par un petit couvercle. Bien enfermées, elles se transforment en nymphes; les adultes naissent bientôt après. Ces nouvelles Guêpes sont toutes des ouvrières, des travailleuses, des femelles stériles, créées pour remplir les devoirs de la maternité envers une progéniture qui ne vient pas d'elles. À peine nées, ces ouvrières se mettent à la besogne et, dès ce moment, la femelle féconde, si laborieuse quand elle était seule, va se reposer, ne plus s'occuper en aucune façon de ses jeunes; elle a des nourrices. Les ouvrières augmentent l'étendue du nid, préparent des logements pour les larves, et ce travail achevé, la mère fait une nouvelle grande ponte; un œuf est déposé dans chaque cellule et, cette fois, les larves qui vont éclore ne donneront pas seulement des ouvrières, mais aussi des femelles fécondes et des mâles. Le nombre des couvées de chaque année n’a pas été exactement déterminé et ce nombre paraît varier selon les espèces. Souvent on remarque les alvéoles des guëpiers encore remplis de larves, ou de couvain comme on dit vulgairement, lorsque les menaces de l’hiver commencent à se manifester un peu rudement; les Guêpes comprennent que les champs ne leur donneront plus la pâture, alors elles tuent toutes les larves, et dans l'habitation, quelques jours plus tôt pleine de vie, d'animation, d'activité, de mouvement, règne la solitude.
Comme les Eumènes et les Odynères, les Vespides ont la faculté de plier leurs ailes dans le sens longitudinal pendant le repos. Non-seulement dans l'aspect, mais dans toute la confoymation, il existe de grandes ressemblances entre ces Hyménoptères; mais si l’on compare les appendices entre ces divers Insectes, on découvre sans peine des différences caractéristiques
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consistant, la plupart, en modifications qui coïncident avec des conditions biologiques particulières. Les Guêpes travaillent, les Eumènes et les Odynères travaillent également, mais les unes et les autres n'emploient pas les mêmes matériaux et ne travaillent pas de la même manière. Chez les Odynérides nous avons trouvé des jambes postérieures constituées pour fouir, pour gratter la terre; chez les Vespides, les jambes du milieu et de derrière se terminent par deux épines mobiles, servant à pren— dre les matériaux de construction. Tandis que les mandibules des Eumènes et des Odynères sont longues et minces, propres à saisir des particules terreuses, celles des Guèpes sont courtes, larges, garnies de dents épaisses; on y reconnaît des instruments pour une trituration énergique, et, comme les mâchoires et la lèvre inférieure elles-mêmes assez courtes ont une flexibilité qui les rend propres à lécher plutôt qu'à mâcher, nous sommes assuré que les mandibules, instruments de trituration, servent peu à l’animal pour les besoins de son alimentation et beaucoup, au contraire, pour des travaux d’un ordre spécial. Signalons encore entre les deux types une différence qui échappe pour nous à toute interprétation et qui n’en est pas moins caractéristique : les Vespides ont des antennes coudées.
Les Guëpes construisent leurs nids avec des matières végétales, fibres ligneuses, feuilles mortes, dont elles confectionnent une sorte de papier ou de carton. Avec sa perspicacité ordinaire, Réaumur avait songé à profiter de cet enseignement donné par la nature peur créer une sorte d'industrie nouvelle, en utilisant pour la fabrication de certains papiers des matériaux qui restent sans usage. Quelques tentatives sérieuses, croyons-nous, ont été faites dans cette voie. Les Guêpes triturent ces substances entre leurs mandibules, et les imprégnant de leur salive, elles en forment une pâle homogène avec laquelle elles confectionnent les cellules et les enveloppes de leurs nids. Les nids des Vespides, ou les guëpiers comme on les appelle le plus ordinaire-
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ment, sont construits selon plusieurs plans, de sorte qu'il est facile de classer ces objets indépendamment de leurs architectes. M. H. de Saussure, auteur d’une belle Monographie des Euménides et des Vespides, s’est appliqué à décrire les formes typiques des guèpiers. Le docteur Mæbius (de Hambourg) a figuré aussi plusieurs de ces jolis’ édifices. Il n’est pas douteux qu’il n'existe dans le mode de construction particulier à chaque espèce une relation intime avec certains détails de conformation. Il y a là, à n’en pas douter, des adaptations qui restent encore à déterminer. Un intéressant résultat pour la philosophie de la science serait certainement acquis par l’étude comparée des travaux des Guèêpes et des particularités offertes par leurs instruments. On verrait à coup sûr pourquoi une espèce construit d'une façon et pourquoi telle autre espèce, bien voisine de la première par l’ensemble de son organisation, construit d’une façon assez différente. :
Au reste, malgré les dissemblances si curieuses qui existent dans l'architecture des Guèpes, les parties les plus essentielles de leurs nids se ressemblent toujours au plus haut degré. Ces parties essentielles sont les loges, ou mieux les alvéoles, ainsi que l’on désigne habituellement les cellules composant les assemblages connus sous les noms de gâteaux ou de rayons dans les guêëpiers comme dans les ruches des Abeilles. Au point de départ la cellule est une sorte de godet cylindrique ; des godets semblables sont bâtis les uns près des autres sur un plan horizontal et fermés à leur sommet. Dans les nids de plusieurs espèces de Guêpes, les alvéoles restent presque cylindriques, mais en général, ces alvéoles figurent des hexagones parfaits. Une cellule arrondie se trouvant en contact avec six autres cellules, les parois s'aplatissent régulièrement par la pression exercée d’une manière égale les unes sur les autres, les six pans se dessinent géométriquement. Il en résulte que la paroi d’un alvéole est dans chacun de ses pans la paroi d’une cellule voisine,
Il résulte de cette disposition géométrique la plus grande éco— nomie possible de substance; affaire d'importance considérable pour des êtres élevant des édifices dont les proportions, parfois gigantesques, nécessitent l'emploi d'une grande quantité de matériaux.
Les Guëêpes, Insectes agiles, élégants par la forme, agréables par leur coloration la plus ordinaire, des taches, des bandes, des bigarrures jaunes sur un fond noir, sont très-redoutées. Femelles fécondes et ouvrières sont armées d’un aiguillon dont la piqüre est fort douloureuse. Les Guëpes, cependant, n’attaquent jamais si elles ne sont pas inquiétées. On approche de leur nid sans inconvénient, on les examine de près sans courir aucun danger, pourvu que l’on ne fasse aucun mouvement de nature à les effrayer. Mais malheur à l’imprudent qui veut chasser des Guêpes en s’efforçant de les frapper avec un mouchoir ou un bâton ; immanquablement il sera piqué, il sera poursuivi au loin, les Guêpes semblent s’acharner comme si elles avaient une injure à venger. Les Vespides ne sont pas regardées comme des êtres malfaisants à cause du seul danger de leur piqüre. Elles aiment les fruits au delà de toute expression, et les propriétaires ne se consolent pas aisément en voyant les belles prunes, les pêches veloutées, les beaux abricots endommagés par des morsures plus ou moins profondes. Ces Hyménoptères sont même souvent attirés dans l’intérieur des maisons par la présence des fruits mûrs. Ils s’attaquent du reste à d’autres substances; il n’est pas rare de les voir posés sur des viandes fraîches humant les parties fluides ; ils s'emparent aussi d'Insectes vivants.
Les larves ont la faiblesse ordinaire aux larves d'Hyménoptères, mais leur tête néanmoins est plus large, plus forte, mieux constituée que chez presque toutes les autres, leurs pièces buccales sont plus fortes; c’est qu'elles ne sont pas nourries seulement de substances fluides ou très-molles, mais aussi de morceaux de fruits ou de fragments d’Insectes dont la
consistance est assez forte pour exiger une véritable trituration.
Par analogie avec les faits mieux connus de l’histoire des Abeilles, on suppose, et sans doute avec raison, que l’état des femelles fécondes ou stériles est dû à une différence dans l’alimentation. On a pensé que les larves des unes recevaient une nourriture animale, les larves des autres une nourriture végétale, mais ici rien ne va au delà d’une vague présomption, seulement des expériences pourraient être faites à cet égard plus facilement pour les Guëpes que pour les Fourmis et les Abeilles.
Les espèces pour lesquelles le nom générique de Guêpes (Vespa) a été particulièrement réservé par les naturalistes modernes ont le corps épais, avec l'abdomen à peine étranglé à son origine, le chaperon tronqué et un peu échancré en avant. Plusieurs de ces Hyménoptères fort abondants dans notre pays, sont remarqués de tout le monde; leurs nids particulièrement appellent l'attention. Une de nos Guêpes les plus communes est la Guêpe des bois ou des arbustes (Vespa sylvestris), un peu moins grande que la Guêpe commune, noire, variée de jaune avec le chaperon de cette dernière couleur et les bandes de l’abdomen légèrement échancrées. Cette espèce attache son nid aux branches d'arbres ou d’arbustes ou le suspend aux toits des habitations, aux corniches des murailles. Au printemps vous avez vu quelquefois, vous tous qui avez les yeux ouverts devant les objets curieux, de tout petits nids de forme ronde, charmants par leur délicatesse et leur perfection. L'enveloppe est faite d’un papier gris lisse, un peu lustré, flexible, imperméable à l’eau. A l'intérieur il n'existe, fixé au milieu par un pédicule épais et fort dur, qu'un seul gâteau composé de huit, dix, douze alvéoles. C'est l'œuvre de la femelle féconde qui a passé l'hiver engourdie. Son petit nid achevé, elle dépose un œuf dans chaque alvéole, puis elle élève ses larves qui lui donneront des ouvrières, des nourrices. Celles-ci nées augmentent rapidement les dimensions du nid; elles élargissent le premier rayon en y ajoutant de nou-
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velles cellules; elles construisent un second rayon qu'elles attachent au premier par deux ou trois piliers, un troisième qu'elles fixent à celui-ci par le même procédé, et ainsi de suite d’un quatrième, d’un cinquième, d’un sixième. Le nombre des rayons varie selon l'accroissement de la population. Ces nids de la Guêpe des arbustes ont trois enveloppes papyracées, superposées, servant à la protection des rayons avec lesquels elles ne contractent jamais d’adhérence. Les plus grands acquièrent une hauteur de 20 à 30 centimètres; plus grands ou plus petits, ils sont toujours d’un joli effet dans le feuillage de quelque élégant arbrisseau. Leur ouverture est située à la partie inférieure du nid, et l’espace vide entre les rayons et l'enveloppe est toujours suffisant pour permettre aux Guèêpes une circulation facile.
La Guêpe commune (Vespa vulgaris) qui porte sur le chaperon, comme signe particulier, une ligne verticale noire figurant une sorte de hachette, établit son domicile dans la terre. Profitant autant que possible d’une cavité, elle apporte les matériaux propres à la construction de son nid dansle sombre réduit. Quand la population augmente, quand le nombre des rayons doit être accru, les Guêpes se trouvent obligées de se livrer à un formidable travail de déblai pour obtenir plus d'espace. Les nids de la Guêpe commune ayant, comme ceux de la Guêpe des arbustes, plusieurs enveloppes papyracées prennent souvent des proportions énormes; des milliers d'individus y sont logés. Suivant toute apparence, les sociétés de cette espèce, autrement bien protégées que les autres, ne périssent pas pendant l'hiver. Dans les localités où l’on connaît la présence d’un guêpier, il suffit d'examiner l'entrée d’une année à l’autre pour voir que l'endroit n'a cessé d’être habité par des Guèêpes.
Une Guëêpe bien connue, la plus redoutée à cause de sa grande taille, est le Frelon (Vespa crabro), si reconnaissable entre toutes les Guêpes à la coloration rousse de sa tête, de son prothorax, de son écusson. Le plus ordinairement, les Frelon s’établissent
EM, DLANCHANDe race #10.