Métaphysique de l'art
z/i première édition de cet Ouvrage ^ publiée il y a <^m hientôi dix- neuf ans, ne peut être considérée que comme la madère brute ou le germe informe de celle que t auteur présente aujourd'hui au public. Excès de forme métaphysique^ inexactitude de terminologie^ abus de néologisme, inexpérience de Fart d écrire : tout dans cette œuvre hâtive semblait concourir à compromettre une théorie que ï auteur croit de plus en plus importer à la science esthétique.
Cest pourquoi y soit pour répondre aux encouragements quelle lui valut nonobstant tous ces défauts^ soit pour accomplir pleinement son devoir à l'endroit d'une vérité quil estime si utile, il s'est armé de courage et a repris son œuvre de fond en comble. cA cette distance dans le temps j il a pu la
ik.
Juger j on le voit, sans céder aux faiblesses des paternités récentes. La paternité intellectuelle, du reste, n est point aussi aveugle que celle du sang; et de plus elle a sur elle ce grand, cet inestimable avantage quelle peut refaire ce quelle a fait. ^ le corriger et le reproduire en le transformant. T)onc, pour emprunter à Fart lui-même son saisissant langage, fauteur a fait comme un sculpteur mécontent du bron\e que son génie avait cru animer : il a brisé sa statue, en a remis les débris au creuset pour les soumettre au feu d'une critique personnelle résolue, et les dégager de tout ï alliage involontaire quils pouvaient contenir; puis il a versé le métal ardent dans le moule primitif quoique retouché; et, après un lent refroidissement, utile encore au jugement de corrections si radicales, il en a fait sortir la statue ancienne en sa jeune forme et sa matière purifiée.^
cAprès un tel travail, qui a nécessité cinq manuscrits successifs et n'a pas laissé intacte une seule page, presque une seule ligne de la première œuvre, F œuvre nouvelle sera-t-elle devenue un peu moins indigne de l'indulgente attention du public? Hauteur nose y compter; néanmoins il croit pouvoir affirmer qu aucun effort ne lui a coûté pour donner satisfaction à toutes les critiques quil avait méritées, oissurément il neut jamais la prétention d'avoir écrit quelque chose de supérieur et d'inaccessible au commun des esprits; il sait trop quil appartient asseï lui-même à cette catégorie de l'intelligence, pour ne se point permettre de dire quil s'est déterminé à descendre des hauteurs de la science métaphysique ^ afin de rendre ses pensées accessibles à tous. tMais il peut affirmer qu'il s'est défendu, autant que possible, des formes de cette science, et qu'il croit avoir traduit sa langue abstraite en une langue vulgaire, et commune à tous les esprits qui se plaisent à rechercher les causes et les lois des actes humains.
Et cependant sa confiance d'avoir réussi à cet égard n a
point été telle quil ait cru pouvoir négliger tout autre moyen de se faire accepter et de plaire. Il a jugé ^ au contraire ^ que rien n était plus naturel que de produire avec art un ouvrage sur fart; et que, pour ce faire, il n était rien de mieux que d'employer les presses de ïéminent et regrettable artiste auquel les vieilles gloires typographiques lyonnaises ont dû une si éclatante renaissance, et de s en remettre pour ï exécution au goût si sûr d'un éditeur qui a facilité et continué ces nobles efforts par tant de publications remarquables . Cest ainsi que Fauteur peut adresser son œuvre nouvelle aussi bien aux bibliophiles exigeants quaux sérieux amis de ïart.
Encore un mot : lorsque la première édition de ce livre parut en 184g, la société s'agitait dans les angoisses d'une sorte de dissolution sociale; la nouvelle arrive au milieu des plus ardentes préoccupations de ïactivité matérielle et du progrès matérialiste . f^ Il y a peu de place en tout cela, diront quelques-uns, pour le pur idéal. »
Quant à fauteur, il ne le pense pas; car F activité appelle l'activité ; et le progrès est toujours, à la longue, de la matière à r esprit. Cependant, si l'on put considérer la première apparition de son œuvre comme un contresens, ne saurait-on prendre l'autre pour une réaction, ou du moins une protestation au nom des plus nobles tendances de l'esprit humain 'i
Lyon, mars i868.