‹ Métaphysique de l'artChapitre 2 sur 39 · PREAMBULE · texte numérisé non relu

PREAMBULE

JANS sa signification la plus large^ Fart est évidemment Fexpression complexe des besoins^ des pensées et des sentiments humains par des produits sensibles. On le retrouve au berceau de toutes les civilisations; il en suit toutes les phases; et, lorsqu'elles ont disparu sur la route du temps^ il demeure encore comme Téloquent et éternel témoin de l'idéalisme qui les avait fait vivre, ou du matérialisme qui les a fait mourir.

On pourrait donc faire l'histoire complète de l'humanité en faisant l'histoire de l'art.

Ce n'est point louvrage que j'entreprends. Je ne veux

Il PRÉAMBULE,

point être l'annaliste de l'art; j'aspire à être son théoricien : je ne dirai pas ce qu'il fut, mais ce qu'il me paraît devoir être. Toutefois, pour déterminer avec plus de justesse les lois immuables de son action, je ne dédaignerai pas les enseignements qui ressortent de ses œuvres; car l'œuvre d'art, qu'elle soit ou non conforme aux principes de l'Esthétique, les met souvent mieux en lumière que la formule scientifique la plus précise.

Lorsqu'on réfléchit à la marche générale de l'art dans le monde et dans le temps, il semble qu'il devrait, comme toute activité humaine, profiter sans cesse de cette force latente du progrès, qui entraîne chaque chose à sa perfection relative ; qu'en d'autres termes il devrait de mieux en mieux comprendre que la science véritable est son esprit, et la religion véritable, son âme; qu'ainsi, toute question de génies et d'écoles à part. Fart moderne devrait avoir plus de tendances raisonnées, plus de pureté de forme et de fond, et par conséquent plus de véritable idéalisme que celui des époques qui ont précédé.

Néanmoins, sans être pessimiste, il faut bien reconnaître que dans cette marche de l'art il y a parfois des temps d'arrêt déplorables, et même des époques de déshonneur. Ce malheur arrive quand le scepticisme dans les croyances a engendré le matérialisme dans les aspirations. Alors, comme tout le reste, plus que tout le reste même, car il touche de plus près à la matière, on voit l'art fléchir sous la pression d'une cupidité sans borne et d'une hcence sans frein. Littérature, Musique, Architecture, Sculpture, Peinture, tous les arts enfin descendent comme à l'envi de leur milieu idéal pour

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