QUI Y EST RÉELLEMENT REPHÉSENTÉE EN FIGURE
Toutes les existences ont une réalité spatiale, qui les figure au dehors, en les dépouillant, il est vrai, du pur subjectif. Si le sujet existe comme objet, l'idée aussi existe comme objet; elle a une existence interne, elle est un objet interne dans le sujet qui la développe comme moi, ou dans les sujets multiples de tout ordre qui contribuent à la développer.
L'idée, en tant que figure spatiale qui se décrit eu chaînes vivantes dans l'espace continu de l'ûme, est comme le produit de deux figures, comme la symétrie de deux espaces cinématiques, dont les points sont des monades en l'esprit.
Qu'une de ces figures représente le sujet, l'autre représentera l'objet dans la mesure où il se Fidentifie; par suite, l'idée, valant dans sa structure objective en quelque sorte un espace engendré par deux autres, est nécessairement une figure à [dus ou moins de dimensions. Puisque l'entendement humain conçoit que les objets visibles sont à trois dimensions, c'est qu'ils en ont pour le moins trois, et en outre il est difficile de ne pas croire que le sujet, entouré d'objets, c'est-à-dire de sujets inférieurs à lui, qui sont à trois dimensions, ne soit pas, jui-même à part, à trois dimensions. En conséquence,
chez rhomine, si Tidée réfléchie, si l'idée vivante, qui est l'esprit en activité, est le produit de l'objet par le sujet, objet et sujet, étant chacun aiî moins de troisième degré, ridée vivante en son entier, l'esprit d7iomme sera lui-même de sixième degré, il vaudra, en objectivation, un espace à six dimensions, à six mouvements, lequel intégrera des figures ou des espaces à moins de dimensions, des mouvements à plus faibles puissances. Et peutêtre qu'une septième dimension en germe favorise le génie. Une âme pour elle est son espace; tout esprit est dans l'espace vis-à-vis d'un autre; comment ne serait-il pas quelque part, dans une situation relative, dans un ordre par rapport à cet autre; car on ne saurait supprimer la relation.
Si peu que cet esprit soit composé, si peu qu'il soit internement variable, il doit être composé de plusieurs unités, et ces variables, ces monades mobiles, ont pour lieu commun son propre espace animique.
Cet espace qu'est l'esprit est le théâtre des idées dont les puissances dimensionnelles sont proportionnées à lui. Toute existence concrète se développe, dès qu'on pose l'espace, dans un espace de degré supérieur à son degré, et à vrai dire il n'y a pas moyen de se dispenser de poser l'espace, cette possibilité des relations, sitôt qu'on veut dégager des notions générales neutres et déterminées,' des ordres, des causes effectives, sitôt qu'on veut extraire une idée précise du chaos sentimental, qui lui sert de genèse.
Le pur subjectif, à parf «?ï valeur affectif e et son influence volontaire, est presque autant une limite que le pur absolu ; mais il est, en tant que représentation, une limite d'ignorance, d'inconnaissance, an lieE d'être une limite de science.
En le creusant, à la fois la science le reconnaît et le sépare, sans pour cela qu'on puisse le perdre, devant le replacer en suite sur une ré alité mieux fondée et mieux liée.
Bref, à 1 idée en elle-même correspondent, en tant que déterminations qui l'expriment, une canse spatiale, qm en permet l'existence, un espace ordonné en figure, qui la réalise.
Un objet de n'""^ ordre avec un sujet de n*'"" ordre, produira l'esprit en tant qu'idée de n*""» ordre, de telle sorte qu'on ait :
z paramètre de détermination.
Cette fonction de l'idée a pour correspondance dynamique une fonction causale semblable à KjCf = Cj X C«, dans laquelle Cj et C^- sont les dérivées composantes de la cause dinamique Cj, et elle a pour correspondances spatiale K2 X Ef == Ej X Es, dans laquelle E,) et El sont les espaces qui engendrent E| géométriquement.
Ces correspondances donnent les proportions :
On X Sn ta ,,. S O/i X ^w
Cj X Ci- Ef K2 E^ X Ej
Si, pour l'esprit d'homme :
et si on suppose qu'on ait pu choisir en particulier z = K^ z= K2, on en tirera :
'fi ^-i
et
ïr = îr X
Dans cette transposition symbolique, il se pourra donc qu'on ait :
E6=Ï6, S3 = E3, 03 = E^XE^XEV
De là, il résultera que des mesures quantitatives, des longueurs ou des vitesses, serviront également à symboliser l'idée, le sujet et l'objet, assimilés à des figures ou assimilés à des forces qui sont signifiées par des figures.
L'idée réfléchie et vivante, ï^, qui représente ici l'esprit d'homme en activité, équivaut à une cause Cg, du sixième ordre, qui subordonne donc cinq vitesses; cela veut dire qu'en-dessous de l'unie monadique, àme simple de l'homme, il y a bien cinq ordres de monades, ordres tels que leurs pouvoirs sont successivement soumis, tels que les vitesses dans un ordre inférieur, sont soumises à la direction, à lorientation, de l'ordre immédiatement supérieur qui les associe ou qui les intègre.
C'est un des motifs pour lesquels nous distingue-
rons au-dessous de l'ordre de l'homme cinq ordres d'unités vivantes, inférieurs les uns aux autres (indépendamment des sociétés ou unités sociales qui sont des groupes intermédiaires), l'atome simple, l'atome élastique, l'atome chimique, la microbulle et la cellule.
Des rapports des idées, rapports qui à leur tour dans Fesprit composé, deviennent de nouveaux objets, comme des projections et des intersections d'objets internes, de ces rappoiL>5 naissent des combinaisons, se dégagent des lois relatives, qui équivalent à des fondions jdus complexes et moins symétriques que les fonctions causah'S.
Si les causes répondent géométriquement à des ordres symétriques, c'est parce que les ordres naturels sont des harmonies répétées, c'est qu'ils sont des symétries de nombres et de forces, et des symétries de symétries.
Enfin les sciences mathématiques, à la limite, s'identifieraient avec la divine métaphysique, et, d'ailleurs, toutes les sciences aussi*.
La métaphysique est un gouffre d'où les sciences sont sorties et dans lequel elles doivent rentrer ; de même que les êtres sont des aliénations de l'Être, que par lenr progrès et leur fusion ils tendent à s'identifier avec
* Une métaphysique en plusieurs volumes sera probablement publiée par fauteur en vue de contribuer à funification de la science. '
rÉtre absolu, les sciences de même sont des aliénations delà science absolue, et, parleur progrès et leur fusion, doivent tendre à s'identifier avec elle.
Les hautes connaissances mathématiques sont plus que des jeux abstraits et savants réservés à des cerveaux de précision ; toutes sont destinées à expliquer le monde réel, toutes ont été suggérées à l'homme à seule fin de le conduire à la vérité par des certitudes objectives.
A Dieu, au calculateur suprême, qui n'a rien mis d'inanimé dans ses calculs, il n'a pas suffi de tout régler avec la dernière mathématique, dont lui seul possède la clef redoutable; comme il a désiré se faire comprendre des petits, il a voulu que des sceaux mystérieux pussent être levés, grâce à une mathématique seulement approchée encore à laportée d'infiniment petites monades.
Mais à mesure que l'homme est appelé à comprendre de plus grandes choses d'une réalité inépuisable, il a de plus grandes raisons de se faire humble et de se prosterner devant la Raison qui est l'auteur de ces choses.
Tout est écrit : tournez-vous vers la voûte céleste, si vous voulez maintenant voir matériellement les grandes idées qui sont inscrites dans l'espace; ces figures même, que développent les étoiles sous vos yeux dans le ciel visible, ne sont autres que de très puissantes idées vivantes, pour lesquelles les étoiles, transcendantes monades, jouent le même rôle que les monades qui figurent en votre esprit; et l'Espace continu, qui les contient toutes, appartient à Fâme du monde, est une alié-
nation de l'Absolu, de la possibilité infinie, aussi bien que nos petites âmes et que toutes les monades.
Encore le Dieu qui est répandu dans Téteire et qui rend possible toute communication et toute harmonie, n'est-il qu'un des aspects divins ; nous sommes en effet très loin de penser que Dieu ne doive pas revêtir une forme personnelle. N'est-ce pas comme une nécessité primordiale que se pose l'Idée vivante première, dont toutes les idées, dont tous les vivants ne sont qme des reflets?
Par ordre, dans ce monde, il ne nous est pas donné de voir Dieu, et il nous est officiellement caché; il y a des lumières qui ne pénètrent point dans notre sphère, et il y a des lumières qui ne se révèlent plus à nos sens.
C'est dans une Idée vivante éternelle que la divinité doit manifestement apparaître mm âmes, en personne, dans sa splendeur.
Au centre de gravité du monde, en une figure de lumière inaltérable, devant laquelle pâlissent les premières nébuleuses, réside l'Idée suprême de vie, foyer des idées éternelles, des modèles purs qui en sont comme les facettes, et cette figure indicible représente Dieu qui supporte le monde, Dieu qui se sacrifie, Dieu qui se multiplie, Dieu qui attire à lui tous les êtres.