PLANCHE VIII
Le fragment dont les Nos i , 2 et 5 présentent la face, la soffite et le profil moitié de l'exécution, a été trouvé ainsi qu'un grand nombre de morceaux semblables , pêle-mêle avec les débris de cbéneaux. Il appartenait, sans doute, aussi à la décoration des flancs de l'édifice, et sa forme paraît indiquer qu'il servait de revêtement. Ce revêtement était retenu par la saillie de la partie supérieure et de plus par des clous dont on voit les trous percés à travers la face verticale, à des distances inégales et même sans beaucoup de soin; ils sont indiqués sur le profil. La partie servant de soffite est décorée par un entrelas noir, peint sur un fond blanc, et rehaussé de quelques points rouges; les baguettes , qui l'encadrent, sont peintes de même en noir, blanc et rouge alternés. Tous les autres ornemens sont en relief et coloriés de même.
N° 4. Ce fragment n'a pas été trouvé avec les autres , peut-être appartenait-il au couronnement de la corniche des frontons et en continua-
tion des chéneaux des faces latérales. Il est décoré d'une suite de palmettes sur lesquelles on retrouve les traces des mêmes couleurs que Ton voit sur celles des chéneaux, et ces couleurs y sont disposées de la même manière. Il faut cependant remarquer que ces palmettes ne sont pas absolument semblables. La partie postérieure du fragment est tronquée.
N° 5. La petitesse de ce morceau ne permet guère d'en désigner la place d'une manière positive. M. Hittorff pense que c'était une partie des couvre-joints des tuiles. Nous indiquons, dans cette hypothèse, de quelle manière il pouvait s'ajuster avec les tuiles dont les Nos 6 et 7 donnent le détail d'après les morceaux trouvés. On voit que les ornemens peints sont d'une très petite proportion , car ce morceau est également moitié de la grandeur originale : peut-être serait-ce une raison de douter qu'il fut placé à une si grande hauteur; en outre, c'est le seul fragment de cette espèce qui ait été trouvé.
La découverte de nos fragmens est d'un grand intérêt : ils constatent , d'une manière irrécusable , l'usage de l'architecture polychrome dans la grande Grèce , et l'emploi de la terre cuite coloriée comme décoration des grands monumens. On en voit de nouvelles preuves dans un fragment de méandre absolument semblable à celui de la planche VIII, mais d'une proportion plus petite , trouvé près de l'autre temple , et en outre , dans un fragment de terre cuite , décoré de palmettes du même style que celles de Métaponte, et provenant d'une fouille faite à Locres sur l'emplacement d'un temple dorique grec. Ce système de décoration bien facile prouve combien les Grecs étaient ingénieux à tirer parti des matières qu'ils avaient à leur portée , et avec quel art ils suppléaient aux substances précieuses qui leur manquaient. Peut-être pourrait-on reconnaître unmouvel exemple de ce génie, dans un fragment de pied trouvé dans les ruines de la Chiesa di Sansone, et qui, d'après sa proportion demi-nature, peut avoir appartenu à une ligure de métopes : il est sculpté en pierre blanche, espèce de chaux carbonatée coquillière, d'une médiocre dureté et d'une grande finesse, dont les carrières doivent exister vers Monte Scaglioso. Cette pierre paraît avoir quelque analogie avec celle dont parle Pausanias, et qui, selon lui, est particulière au ter-
ritoire de Mégare \ C'est ainsi que, sans avoir recours à des ressources étrangères , les Métapontins ont pu élever des monumens considérables et richement décorés.
Une fouille générale, entreprise sur toute la surface couverte par les ruines produirait, sans aucun doute, des résultats bien importans ; car tout le sol paraît considérablement exhaussé , et la chute de ce monument doit remonter à une époque fort reculée. Peut-être trouverait-on des métopes et le sol de l'édifice; mais, bien certainement, du moins, on parviendrait à compléter l'ensemble de toute la décoration; car ces ornemens de terre cuite doivent être restés ensevelis sous le vaste amas de décombres, comme ne pouvant être d'aucun usage pour les constructions modernes. Afin de n'être pas arrêté par les obstacles que nous avons rencontrés , il faudrait faire cette fouille vers le mois d'octobre, à l'époque où le mauvais air ne règne plus , et avant la saison où les fleuves voisins, grossis par les pluies , inondent une partie de la plaine.
1 Pausan. lib. I, c. 44-