‹ Méthode Berlitz pour l'enseignement des langues modernesChapitre 53 sur 70 · LA BONNE PREUVE · texte numérisé non relu

LA BONNE PREUVE

On sait que, dans les pièces de théâtre, on appelle a parte les mots qu'un acteur dit de manière qu'ils soient entendus des spectateurs, mais qui sont censés ne l'être pas des autres acteurs qui sont en scène.

Un soir, Molière, Boileau et La Fontaine soupant ensemble, la discussion s'engagea sur l'opportunité des aparté. La Fontaine disait que les a parte n'avaient pas le sens commun, qu'il était absurde de supposer que des mots entendus de toute une salle, et qui contiennent souvent une réfiexion plus on moins injurieuse pour rinterlocuteur, ne parvinssent point aux oreilles des gens qui étaient à quelques pas de celui qui les

prononçait. Molière, au contraire, soutenait qu'il y avait des circonstances qui pouvaient rendre cette supposition très vraisemblable, que la préoccupation, la passion, la chaleur de la discussion pouvaient bien empêcher un homme d'entendre ce qu'on disait tout près de lui.

Comme la dispute s'échauffait entre ces deux auteurs, Boiïeau, qui avait écouté tranquillement, se mit tout à coup à dire tout haut, mais en se tournant d'un autre côté ; ** La Fontaine est un coquin f puis, voyant que La Fontaine, tout occupé à convaincre Molière, n^entendait rien, il répéta ce propos trois ou quatre fois, en élevant la voix toujours davantage.

A la troisième fois, Molière avait souri ; mais telle était la préoccupation de La Fontaine, que Boileau dut le tirer par le pan de son habit pour lui faire entendre ce qu'il criait depuis cinq minutes.

L'illustre fabuliste dut convenir qu'il avait tort.

1. Qu' appelle-t-on a parte ? — 2. De qui parle-t-on dans le morceau précédent ? — 3. Qu' étaient ces trois personnages ? — 4. A quelle époque vivaient-ils ? 5. Que faisaient-ils un jour ensemble ? — 6. De quoi parlèrent-ils pendant le souper ? — 7. Quelle était l'opinion de La Fontaine sur les aparté ? — 8. Quelles raisons donnait-il pour cela ? — 9. Molière était-il de la même opinion que La Fontaine ? — 10. Que soutenaitil ? — 11. La Fontaine et Molière discutaient-ils tran* quillement ? — 12. Boileau avait-il pris part à la discussion ? — 13. Que faisait-il pendant ce temps ? —

14. Que dit-il tout à coup ? — 16. Comment dit-il cela ? — 16. La Fontaine entendit-il les paroles de Boileau ?— 17. Pourquoi pas ? — 18. Que fit alors Boileau a' - 19. Quand Molière entendit-il ces paroles ? — 20. Qu'est ce qui vous indique qu'il les entendit ? — 21. Que fit Boileau pour se faire entendre de La Fontaine ? — 22. Qui avait raison dans la discussion ? — 23. Qui donna la preuve de Topportunité des a parte ? — 24. Conunent la prouva-t-il ?

LECTURES GOURANTES,

sinculiIre méprise.*

Un étranger très-riche, nommé Suderland, était banquier de la cour de Saint-Pétersbourg etjouissait d'une assez grande faveur auprès de Timpératrice Catherine II.

Un matin, on lui annonça que sa maison était entourée de soldats et que le maître de police demandait à lui parler. Cet officier, nommé Reliev, entra d'un air consterné. — M. Suderiand, dit-il, je me vois avec un vrai chagrin chargé par ma gracieuse souveraine d'exécuter un ordre dont la sévérité m'eflfraye, m'afflige. J'ignore par quelle faute ou par quei crime vous avez excité à ce point le ressentiment de Sa Majesté.

— Moi, monsieur 1 répondit le banquier, je l'ignore autant et plus que vous ; ma surprise surpasse la vôtre. Mais enfin quel est cet ordre ? — Monsieur, répliqua l'officier, en vérité, le courage me manque pour youb le faire connaître I — Eh quoi ! aurais-je perdu la confiance de Timpératrice î — Si ce n'était que cela, vous ne me verriez pas si désolé : la confiance peut revenir ; une place peut être rendue. — Eh bien, s'agitil de me renvoyer dans mon pays ? — Ce serait une contrariété, mais avec vos richesses on est bien partout. — Ah I mon

* Ed faisant lire les morceaux suivants, le professeur doit faire beaucoup de questions semblables à celles des leçons lues jusqu' ici. Plus il ea fera, mieux cela vaudra pour Télève.

Il fera aussi bien attention â la prononciation de l'élève, en corrigeant soigneusement chaque faute : il pourra écrire sur le tableau, comme exercices de prononciation, les mots que l'élève aura de la difficulté â prononcer. Il les fera syllaber, en faisant remarquer les sons de chaque lettre. On commencera en même temps l'étude de la grammaire. Comme exercice écrit le professeur donnera des dictées de lettres. La réponse â ces lettres servira d'exercices de style, que l'élève fera à la maison. Ce dernier se familiarisera avec les morceaux lus pour pouvoir les raconter à la leçon suivante.

Wcn, 8'écrîa Saderland en cremblant, est-fl question de m'exî 1er en Sibérie ? — Hélas 1 on en revient. — De me jeter en prison 1 — Si ce n*étaît qne cela, on en sort. — Bonté divine 1 voadraitK)n me knonter 1 — Ce supplice est affirenx, mais il ne tne pas tonjoors.

Eh qaoi I dit le banquier en sanglotant, ma vie est«lle en péril ? L'impératrice, si bonne, si clémente, qui me parlait si doucement encore il y a deux jours, elle voudrait .... Mais Je ne puis le croire. Ah I de grâce, achevez ; la mort serait moins cruelle que cette attente insupportable. — Eh bien, mon cher, dit Tofficier de police d'une voix lamentable, ma gracieuse flouveraine m*a donné Tordre de vous faire empailler.

M'empailler I s'écria Suderland, en regardant fixement le maître de police ; mais vous avez perdu la raison ou l'impératrice n'a pas conservé la sienne ; enfin vous n'auriez pas reçu un pareil ordre sans en faire sentir la barbarie et l'extravagance. — Hélas I mon pauvre ami, j'ai fait ce qu'ordinairement nous n'osons jamais tenter ; j'ai marqué ma surprise, ma douleur, j'allais hasarder d'humbles remontrances ; mais mon auguste souveraine, d'un ton irrité, en me reprochant mon hésitation, m'a commandé de sortir et d'exécuter sur-lechamp l'ordre qu'elle m'avait donné, en ajoutant ces paroles qui retentissent encore à mon oreille : Allez, et n'oubliez pas que votre devoir est de faire, sans murmure, les commissions dont je daigne vous charger.

Il serait impossible de peindre l'étonnement, la colère, le désespoir du pauvre banquier. Il pria le maître de police, le conjura, le pressa longtemps en vain de lui laisser écrire un billet à l'impératrice pour implorer sa pitié.

Le magistrat, vaincu par ses supplications, céda en tremblant à ses prières, se chargea de son billet, sortit, et n'osant aller au palais, se rendit chez le gouverneur de Saint-Pétersbourg. Celui-ci croit que le maître de police est devenu fou ; il lui dît de le suivre, de l'attendre dans le palais, et court, sans tarder, chez l'impératrice.

Introduit chez cette princesse, il lui exposa le fait. Catherine, en entendant ce récit, s*écria : Juste ciel! quelle horreur! En vérité, Reliev a perdu la tête. Comte, partez, courez et ordonnez à cet insensé d'aller tout de suite délivrer mon pauvre banquier de ses folles terreurs et de le mettre en liberté. Tout à coup rimpératrice éclata de rire. J*ai le mot de l'énigme, s'écria-t-elle. Mon chien favori, que j'avais appelé Suderland, vient de mourir ; j'ai ordonné à Reliev de le faire empailler ; et, comme il hésitait, je me suis mise en colère contre lui, pensant que, par une sotte vanité, il croyait une telle commission au-dessous de sa dignité.

LE TOUR du MONDE IMPROMPTU.

Il était à peine six heures du matin, lorsqu'une élégante chaise de poste, dans laquelle se trouvait le célèbre Bougain- Tille, traversait rapidement les (yhamps-Elysées. On était au mois de mai de Tannée 1Ï66 : le temps était superbe, et quelques promeneurs, attirés par le charme de cette belle matinée circulaient dans les allées de cette magnifique promenade. Tout à coup Bougainville aperçut le comte de Boncourt, l'un de ses amis, qui se livrait au plaisir de respirer l'air frais et pur du matin. Il fit arrêter ses chevaux et l'appela. Aussitôt de Boncourt s'empressa de venir serrer aflTectueusement ia main du voyageur. Après s'être donné mutuellement de leurs nouvelles : "Quel est le but de ta promenade? dit le marin à son ami. — Mon seul but, répondit le comte de Boncourt, est d'échapper à l'ennui ; je suis venu respirer ici le grand air, ou pour mieux dire, je flâne ; mais toi, pourquoi nous quitter déjà ? Où vas-tu donc î — ^A Versailles, où le roi m'a fait appeler ; l'heure me presse et je t'oflfre .une place à côté de moi, si tu veux m'accompagner dans ce petit voyage. Ce sera pour toi un moyen de tuer le temps, et pour moi ui*e (Charmante manière de remédier aux ennaÎB de la route -

C'est entendu, s'écria le comte en s'élançant près de son ami, je passe la journée à Versailles, je reviena dîner à Paris ; ce sera ma foi délicieux : en route, postillon." ..ja gaieté la plus cordiale, rendit bien courtes pour les vovageurs les deux premières heures qui s'écoulèrent ; enfin les chevaux s'arrêtèrent pour relayer. De Boncourt mit la tête à la portière et ne put retenir une exclamation de surprise, en se voyant devant une auberge de village qui lui était inconnue. ** Que signifie cela, s'écria-t-il, où sommes-nous donc î II y a quelque erreur. — ^Nullement mon cher, mais je dois t'avouer que pour jouir de ton aimable compagnie, je t'ai caché le véritable but de mon voyage, je vais à Rennes chez un de mes cousins où tu trouveras une nombreuse société et mille moyens de passer agréablement ton temps. — Il faut avouer que tu es singulier, et si tu n'avais pas le caractère d'un vrai marin je ne pourrais te pardonner cette plaisanterie. — Tu es garçon, personne ne t'attend, et tu devrais être enchanté de cette perspective de voyage. — Il est vrai que tout mon temps est libre et que jo ne puis mieux l'employer qu'en le passant avec toi ; ainsi, va pour le cousin de Rennes." La chaise de poste s'agita de nouveau, le postillon fit claquer son fouet, les grelots des chevaux résonnèrent, et la voiture roula bientôt sur une route large et unie. La journée s'écoula en conversations familières, en anecdotes plaisantes ; les deux amis rivalisaient de verve et de gaieté. Boncourt applaudissait au plan de Bougainville, et ce dernier retenait avec peine un sourire malicieux. La nuit arriva promptement ; les deux amis dînèrent à un relais, puis s'endormirent profondément jusqu'au lendemain matin. De Boncourt à peine éveillé, s'aperçut que Rennes était déjà bien loin derrière eux et que pourtant la chaise de poste roulait toujours aussi rapidement, il réveilla brusquement son ami. ** Bougainville, s'écria-t-il, le postillon se sera endormi ; nous sommes au delà de Rennes, il faut retourner sur nos pas. — Rassure-toi, le postillon connaît parfaitement son chemin ; nous n'allons pas à Rennes. — Gom'

ment, ce n*était pas assez d'une mystification, il faut arouer que tu es un singulier garçon et que Je suis un niais dé m'être laissé tromper a Jisi, mais îl est trop tard pour réfléchir à présent : où allons-nous et sérieusement cette fois ? — A Brest, mon cher ami ; j'ai voulu te causer la surprise de te faire voir un port militaire : tu visiteras mon vaisseau et tu me remercieras à ton retour. — Je veux bien t'absoudre encore, et je dirai même que ton idée me plaît infiniment : d'autant plus que, cette fois, je suis sûr de savoir la vérité." Bougainville qui semblait encore plus gai que de coutume, décrivît à son ami toutes les merveilles qu'il allait voir, et jusqu'à Brest le temps s'écoula d'une manière charmante.

Le comte de Boncourt fut saisi d'admiration à la vue du port et de ces magnifiques vaisseaux que balançait mollement la marée montante. Entre tous, celui de Bougainville se faisait distinguer par sa force et sa beauté ; tous les matelots réunis sur le pont semblaient attendre Ja présence de leur chef pour se livrer à quelque manœuvre.

TTne petite chaloupe reçut les deux amis, et bientôt ils montèrent sur le pont du navire. Bougainville, sous prétexte d'avoir quelques ordres à donner, chargea son contre-maître de faire visiter à Boncourt l'intérieur du bâtiment, puis il s'éloigna, adressa quelques mots en particulier à chacun des matelots, et bientôt les ancres furent levées, rien neretint plus au rivage le superbe navire ; il s'élança sur les vagues et^ toutes voiles déployées, cingla sur Teau avec la rapidité de ïa flèche. De Boncourt, qui ne s'attendait pas à quitter le port, accourut sur le pont, demanda Bougainville, exigea des expli* cations. ** Yas-tu donc me faire un crime de te procurer le plaisir d'une promenade en mer sur un vaisseau comme le mien ? Laisse-moi le soin de régler l'emploi de ton temps, et ta ne t'en repentiras pas." Le comte, calmé par la gaieté et la tranquillité de son ami, se livra tout entier au plaisir de con* templer le magnifique spectacle qui s'offrait à ses yeux.

La mer, agitée de vagues majestueuses* refiétait dans ses

Umpides le dd bkn et le solefl âûiodanft ; le narne m balançait avec grâoe et semblait parcourir en conqa&ant le sillon qu'il traçait dans les eanx écnmantes. D^ on n'apercevait plus la terre d'ancun côté, Fimmensité enveloppait le TaisseaUf et Bongainville ne donnait pas Tordre dn retour. De Bonconrt perdît patience ; il appeta son ami : ** La promenade, mon cher, a dnré assez longtemps, il me semble ; il est temps qu'elle finisse : retournons à Brest, il me tarde de me i^ilâr en terre ferme ; voyons, pourquoi rester à me regarder avec malice 1 qu'y a-t-il ? — Je ne sais comment tu prendras • • • • comment t'annoncer. — Il s'agît bien de toutes ces phrases, donne Tordre du retour. — C'est impossible 1 — Comment^ impossîblel Que signifie cela ? Où me mènes-tuf Que Cusons-nous ? — Le tour du monde, mon cher ; je te fais faire ce que pas un Français n'a fait avant toi, et dans trois ans je te rends à ta patrie. — Trois ans ! le tour du monde I Tu es fou, ou plutôt je le vois bien, tu m'as fait tomber dans un pî^e dans un guet-apens dont J'ai été assez sot poTir ne pas savoir me tirer. Trois ans en mer 1 répétait-il en frappant du pied avec colère; si tu m'avais prévenu ; sij'avaîs pris mes précautions. — Sois tranquille, rien ne te manquera ici, tout ce qui m'appartient est à toi, disposes-en ; nous partagerons en frères, et tu verras que même stut mon vaisseau je sais bien traiter mes amîs. — Mais enfin pourquoi ne m'avoir pas prévenu? reprit de Boncourt légèrement adouci. — Parce que je te connais, tu aurais été effirayé, tu aurais refiisé, et je serais resté trois ans sans voir mon meilleur ami." De Boncourt tendit la main à Bongainville : **En vérité, je ne puis me fâcher avec toi, dit-îl ; voilà, je croîs, la plus forte plaisanterie qui ait jamais été faite : mais je te la pardonne en faveur de notre vieille amitié. Allons parcourir les mers ; avec un marin tel que toi je ne crains pas de braver leurs périls.''

Au bout de trois années de navigation, de Boncourt rentrait ft son hôtel, heureux du charmant voyage qu'il venait d'aoeomi' pur.

UN NEZ CEl£.

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