Chapitre IX. — De la direction du chant
344. — Les récitatifs doivent avoir le mouvement d'une lecture claire, dictincte et posée.
345. — Dans les chants entièrement neumatiques comme \ Alléluia, la vo"x n'étant plus sujette en quelque sorte à la contrainte qu'in po ;e toujours la prononciation d'un texte, le mouvement peut être plus animé.
346. — Les chants alternés tolèrent en général un mouvement plutôt vif que lent.
347. — Lorsque le nombre des exécutants est considérable, on conseille généralement de prendre un mouvement plus modéré, sans jamais tomber cependant dans la lourdeur.
348. — Un chœur bien formé, et sachant manier la voix à la perfection, peut adopter un mouvement modéré plus facilement qu'un chœur moins expert ; celui-ci s'expose à marteler s'il chante lentement.
349. — On pourra enfin recourir aux indications métronomiques que les moines de Solesmes ont placées en tête de chaque mélodie dans leurs éditions en notation musicale moderne; mais qu'il soit bien entendu que ces indications ne sont qu'approximatives.
B. — Conseils au directeur.
350. — Le directeur veillera avec un très grand soin à ce que l'équilibre et la proportion soient toujours conservés dans le chant.
Il ne permettra pas que les notes aiguës soient émises précipitamment, ainsi que certains chœurs en ont la tendance. Quelquefois au contraire ces notes élevées demandent plus d'ampleur.
Quand les exécutants sont portés à crier ou à imprimer au chant une vigueur exagérée, le directeur y remédiera avec succès en multipliant plutôt les thésis que les arsis, du moins dans les rythmes qui se prêtent à l'une ou à l'autre interprétation; il prendra le moyen opposé si le chœur se laisse aller à la mollesse et dans le mouvement et dans l'expression.
Qu'il ne se croie pas obligé de reproduire par le geste toutes les arsis et toutes les thésis. Quand le chœur marche bien et n'a pas besoin d'être entraîné, il peut réunir en un seul geste plusieurs arsis ou plusieurs thésis consécutives. De larges mouvements de la main accompagnent alors, sans les briser, les directions diverses de la ligne mélodique. Le chant y gagne en souplesse et en ampleur.
Le directeur bannira impitoyablement toute affectation dans le chant. Il ne tolérera donc jamais les interprétations maniérées, par exemple, les prétendus échos marqués úq ppp, dont on accompagne parfois les répétitions mélodiques d'un usage si fréquent dans le chant grégorien.
116 Deuxième Partie.
Non seulement ce procédé des échos (?) est mesquin et indigne de la sereine majesté du chant liturgique, mais encore il est souvent en contradiction avec l'expression elle-même; car il n'est pas rare que, dans les répétitions mélodiques, le sentiment musical demande, pour avoir toute son expression, plus d'intensité de voix et plus d'ampleur de mouvement. N'est-ce pas, par exemple, pour donner plus de force et d'efficacité à la prière, qu'on répète au Kyrie la phrase mélodique? N'est-ce donc pas un contre-sens que de l'exécuter en écho?
Enfin, le directeur devra étudier lui-même constamment le chant grégorien pour bien savoir interpréter chaque pièce et pour être tout imprégné de l'esprit qui anime les gracieuses cantilènes dont les anciens firent leurs délices.