C. — De l'expression
351. — Le naturel, qui est le suprême modèle du beau, doit accompagner toujours l'exécution du chant grégorien. *
C'est chanter avec affectation que de donner une voix molle et éteinte, ou de la forcer outre mesure.
La voix sera donc naturelle, en évitant les excès tant d'un côté que de l'autre; si plusieurs chantent en même temps, aucune voix ne tranchera sur les autres, mais elles seront si bien fondues ensemble qu'on croirait n'en entendre qu'une.
352. — Du commencement à la fin, la voix devra-t-elle donc conserver toujours la même intensité? Non certes; car que serait une telle musique, un tel art, sans traits ni ombres et d'un monotonie desespérante?
Voudrait-on, par hasard, que le chant soit naturel dans la mesure où il serait négligé, ou tout au moins dépourvu d'élégance et de bon goût?
Mais invoquer à cette fin le naturel, c'est lui faire la plus grande injure qu'on puisse imaginer. Le naiurel, il le faut sans doute et nous le réclamons ici de toutes nos forces ; mais il devra être accompagné de « l'art et de la piété », pour que le chant ait une expression entièrement spirituelle et digne de la sainteté de la maison de Dieu.
C'est pourquoi il est nécessaire avant tout de comprendre le sens du texte et de s'en pénétrer. L'art aidera ainsi la piété et la piété perfectionnera l'art; non, certes, un art théâtral et mondain, mais un art exclusivement religieux. Tel est bien le chant grégorien que l'Eglise a composé pour célébrer uniquement les louanges du Très- Haut.