‹ Méthode complète de chant Grégorien d'après les principes de l'École de SolesmesChapitre 134 sur 173 · CHAPITRE lY · texte numérisé non relu

CHAPITRE lY

De l'excellence du chant grégorien.

Elle repose sur son caractère liturgique ; son rythme; sa simplicité. —

Nécessité de bien V exécuter.

416. — La musique n'a de raison d'être dans l'Eglise que parce qu'elle sert à donner plus d'expression à la parole et à faire pénétrer plus profondément dans les âmes les sentiments que l'Eglise elle-même s'applique à y répandre. C'est à elle à révéler, en la manière qui lui est propre, par les accents suaves de ses mélodies, les secrets divins et les torrents de grâce contenus dans les mystères de la sainte liturgie; à elle de prêter à l'âme, épouse de Jésus-Christ, une voix, la voix de l'allégresse et d'un saint enthousiasme, pour chanter avec grâce et reconnaissance les grandeurs et les magnificences du Seigneur; la voix de la pénitence et du repentir pour implorer la miséricorde divine et apaiser la justice du Tout-Puissant.

417. — La musique de l'Eglise doit donc être une prière d'abord, puis un moyen d'augmenter en l'âme l'esprit de ferveur. Elle doit être selon l'expression de Dom Pothier « un chant qui, partant du fond du cœur, aille aussi droit au cœur, s'en empare et l'élève doucement vers le ciel ». ^

Tel est le chant grégorien dont nous allons essayer de montrer le double caractère liturgique et esthétique.

i^ Le chant grégorien est é7ninemment liturgique.

418. — « Le chant grégorien est le chant propre de l'Eglise Romaine; le seul chant qu'elle ait hérité des anciens Pères et que,

.* Mélodies Grégoriennes^ p. 2.

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durant le cours des siècles, elle ait gardé avec un soin jaloux dans ses livres liturgiques; le seul chant enfin qu'à l'exclusion de tout autre, elle prescrive dans certaines parties de sa liturgie ».

Ces paroles sont tirées du M otu prop rio pontifical A\x 22 Novembre 1903. Elles retracent, en quelques coups de burin, l'histoire du chant et les rapports intimes que celui-ci a avec la liturgie.

419. — L'histoire du chant grégorien remonte, en effet, comme nous le dirons plus loin, à l'origine même de l'Eglise et de sa liturgie. L'Eglise, en organisant la prière publique, a dû organiser aussi le chant. Le chant en est inséparable.

Sa forme définitive lui a été donnée par S. Grégoire-le-Grand.

Il a pu s'enrichir de quelques pièces accessoires, rendues nécessaires par le développement du culte des saints dans la liturgie catholique ; mais il n'a subi aucune altération dans ses parties essentielles et liturgiques. Ce qu'il était du temps de S. Grégoire, il l'est encore aujourd'hui et la tradition vivante s'en conserve toujours dans les Cathédrales et les monastères des grands Ordres religieux.

C'est donc avec beaucoup de justesse que Pie X a pu dire qu'il était le chant de l'Eglise Romaine. Il est le chant de l'Eglise Romaine parce qu'il est le chant qui lui vient de l'antiquité et qui est inséparable de sa liturgie.

420. - — Mais si le chant grégorien est liturgique par nature, il l'est également par sa fonction propre qui est d'être le chant de la collectivité.

La liturgie, en effet, est la prière officielle de l'Eglise, la prière commune et publique du peuple chrétien. Or, cette prière ne peut être commune et publique qu'à la condition que le peuple y participe. Uoffice des prêtres n'est que cette prière récitée au nom de tous; et si, dans les derniers siècles que l'on peut bien appeler des siècles de décadence, le peuple qui a perdu avec la vivacité de la foi le sens même de la liturgie, ne s'unit plus à cette grande prière de l'Eglise quand elle est solennelle, ce n'est pas une raison pour qu'elle ait perdu son caractère de collectivité.

A Dieu ne plaise!., la prière publique solennelle suppose toujours le peuple entier qui l'adresse à Dieu en même temps que les ministres de l'autel; et plus il est uni au prêtre dans l'action de la prière collective, plus sa prière est agréable à Dieu et souverainement efficace. Pourquoi? parce qu'elle est la prière même de l'Eglise.

421. — Or, ce qui est vrai de la prière l'est aussi du chant, partie intégrante de la sainte liturgie.

S'il a été composé pour donner des ailes aux formules mêmes de la prière et en rehausser l'éclat, il a été aussi composé pour tous;

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