‹ Méthode complète de chant Grégorien d'après les principes de l'École de SolesmesChapitre 135 sur 173 · Chapitre IV. — De Pexcellence du chant grégorien · texte numérisé non relu

Chapitre IV. — De Pexcellence du chant grégorien

et, s'il a été composé pour tous, il est dans la logique des choses que tous y participent. Or, comment les fidèles y participeront-ils sinon en unissant leurs voix à celles des ministres sacrés, quand ils chantent la prière publique, et, dans l'acte du sacrifice de nos autels qui est le centre et le couronnement de toute la liturgie, en s'unissant au prêtre qui célèbre et en lui répondant dans ces formules antiques, qui n'ont plus de sens si la collectivité y demeure étrangère?...

422. — Voyez plutôt si le chant de l'Eglise qui est, comme la prière, le chant de la collectivivé, n'a pas été composé pour être exécuté par tous.

Sans aucun artifice des voix élevées et basses pour faire de l'harmonie ou du contrepoint, comme dans la musique polyphonique, le chant grégorien est à \ Unisson. Pourquoi à l'unisson? sinon pour qu'il soit chanté indistinctement par tous, puisqu'il est la prière et le chant de tous. :;. ,.

423. — Mais il y a plus. Le chant, par son caractère propre, est une prière. Uni à la prière même de l'Eglise et traduisant les formes si variées de cette prière avec une expression, un je ne sais quoi de fini et de saisissant qui n'est pas de la terre mais du ciel, il élève aussitôt l'âme au-dessus d'elle-même; il la touche, l'émeut et, s'il ne la fait pas pleurer comme S. Augustin, du moins il la fait prier. L'union des cœurs et des voix a produit ce surnaturel résultat.

Le chant grégorien est donc, par nature et par fonction, un chant éminemment liturgique; il est bien, selon l'expression de Dom Pothier « le pain de l'âme chrétienne, l'aliment substantiel; de la prière liturgique ». ;.■;;;:.•

Que dire maintenant de son caractère esthétique?.

2° Excellence du chant grégorien, considéré au point de vue esthétique.

ùfZùf. — Simple et d'une facture exempte de toute recherche, le chant grégorien possède un tel fonds de richesses mélodiques qu'il a été loué et admiré par les maîtres les plus célèbres et les plus accrédités de l'art musical.

Cela tient à ses qualités esthétiques. Qu'on nous permette d'en faire ressortir quelques-unes.

425. — a) La première qui se présente à nous est le caractère même des mélodies grégoriennes. : -;

Composées, en effet, à une époque où la pensée humaine, toute imprégnée de surnaturel, s'élevait beaucoup plus haut que la nôtre et où le cœur de l'homme, moins dominé que de nos jours par les passions et les agitations de la société moderne, vivait dans une

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possession plus parfaite de lui-même et respirait une atmosphère de grandeur paisible et sereine, les mélodies grégoriennes reflètent tous ces caractères et d'une manière d'autant plus sensible que le siècle où nous sommes est tout différent du leur.

Ainsi les ont comprises les maîtres de l'art : tous sont unanimes à reconnaître la valeur et le mérite intrinsèque de ces mélodies, leur inspiration et la grâce tranquille avec laquelle les notes sont groupées ou séparées les unes des autres, produisant souvent des résultats d'un effet sublime.

Le célèbre Gounod, s'adressant à ce propos à ceux qui couvraient ses œuvres d'applaudissements, leur disait : « Vous applaudissez certains passages de mes œuvres, parce qu'ils ne ressemblent en rien à ce qui existe en musique; savez-vous que vous applaudissez simplement des inspirations puisées dans les mélodies grégoriennes. >

Qui ne connaît aussi les paroles tant citées de Mozart? <i Je céderais volontiers toute ma gloire musicale pour \orgueil d'avoir composé une préface grégorienne. »

Et ces autres du célèbre compositeur Richard Wagner : « Je n'oublierai jamais les impressions que j'éprouvai un jour à Notre- Dame de Paris, en entendant quelques-unes de ces mélodies grégoriennes, simples, sans doute, mais si belles! Elles m'ont servi de thème dans plusieurs de mes compositions, ne trouvant rien de meilleur pour activer en moi le feu de l'inspiration ».

426. — b) Le ryth'>ne de ces mélodies est une autre source de leur beauté. Le rythme grégorien, qui est l'âme du chant, est un rythme libre, naturel, spontané, plein de richesse et de charme, capable de traduire les sentiments les plus variés; un rythme qui s'harmonise avec celui de la parole elle-même et qui a donné lieu à ces ondulations gracieuses et sévères à la fois, reflet de la magnificence et de la puissance de la grâce du Saint Esprit qui habite dans nos cœurs; un rythme oratoire et musical tout ensemble dont les motifs les plus expressifs tirés de nos grands Maîtres ne sont que de simples imitations.

<X Je n'avais pas l'intelligence de ce chant, a écrit Dom Janssens; mais depuis qu'il m'a été donné de l'étudier, j'ai découvert en lui les plus heureuses combinaisons rythmiques que j'admire dans Haydn, Beethoven et Wagner. »

Le rythme du chant grégorien, en s'affranchissant des entraves de la mesure isochrone et de tout le conventionalisme de la musique moderne, s'élève jusqu'aux régions surnaturelles de la foi par l'effet même des élans de la ferveur chrétienne où il trouve sa perfection. Il n'impressionne pas, il n'agit pas comme la musique moderne sur la sensibilité ou le système nerveux, mais il va droit

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