MOTU PROPRIO
Pie X, Pape.
447. — Au milieu des sollicitudes du devoir pastoral non seulement pour cette Chaire que nous occupons, bien qu'indigne, par une disposition inscrutable de la Providence, mais pour cette Eglise particulière, c'est sans nul doute pour Nous une obligation principale de maintenir le décorum de la maison de Dieu, où les augustes mystères de la Religion sont célébrés, et où le peuple chrétien se réunit pour recevoir la grâce des Sacrements, pour assister au Saint Sacrifice de l'Autel, pour adorer le très auguste Sacrement du Corps du Seigneur, et pour s'unir à la prière commune de l'Eglise dans l'accomplissement public et solennel des offices liturgiques. Il ne doit donc rien se passer dans le temple qui soit capable de troubler ou seulement même de diminuer la piété et la dévotion des fidèles, rien qui fournisse un motif raisonnable de froissement ou de scandale, rien surtout qui soit une offense directe au décorum et à la sainteté des fonctions sacrées,
et qui ainsi soit indigne de la Maison de Prière et de la majesté de Dieu.
Nous ne traitons pas en détail des abus qui peuvent se présenter en cette matière. Aujourd'hui Notre attention se porte sur un des plus communs, des plus difficiles à déraciner, sur un abus qu'il faut parfois déplorer là où tout autre chose est digne des plus grands éloges, notamment en ce qui regarde la beauté et la somptuosité du temple, la splendeur et l'ordre des cérémonies, l'assiduité du clergé, la gravité et la piété du clergé célébrant. Nous voulons parler de l'abus qui se rencontre en matière de chant et de musique sacrée. Et vraiment, soit à cause de la nature de cet art par lui-même flottant et variable, soit par suite des altérations successives du goût et des habitudes au long du cours des âges, soit en conséquence de l'action funeste qu'exerce sur l'art sacré l'art profane et théâtral, soit à cause du plaisir que la musique produit directement «et qu'il n'est pas toujours facile de contenir dans de justes limites, soit, enfin, à cause des multiples préjugés qui, en semblable matière, s'insinuent facilement et se maintiennent ensuite avec ténacité, même dans les esprits de personnes autorisées et pieuses, il existe une tendance continuelle à dévier de la règle établie d'après laquelle l'art est admis au service du culte, règle exprimée très clairement dans les canons ecclésiastiques, dans les ordonnances des conciles généraux et provinciaux, dans les prescriptions émanées à plusieurs reprises des Sacrées Congrégations romaines, et des Souverains Pontifes, Nos prédécesseurs.
11 nous est très agréable de reconnaître le grand bien qui, en cette matière, s'est fait au cours des dernières périodes de dix ans en Notre noble Cité de Rome et dans beaucoup d'églises de Notre patrie, mais plus particulièrement chez plusieurs nations où des hommes distingués et zélés pour le culte de Dieu, avec l'approbation du Saint-Siège et sous la direction des Evêques, se sont unis en sociétés florissantes et ont remis en plein honneur la musique sacrée dans presque toutes les églises et chapelles. Un pareil bien est toutefois encore fort loin d'être universel, et si Nous consultons Notre expérience personnelle, si Nous tenons compte des plaintes très nombreuses qui, de toutes parts. Nous sont arrivées depuis le moment peu éloigné où il a plu au Seigneur d'élever Notre humble personne au degré suprême du Pontificat Romain, Nous croyons que Nous ne pouvons pas différer plus longtemps, et que Notre premier devoir est d'élever tout de suite la voix pour réprouver et condamner tout ce qui, dans les fonctions du culte et dans les cérémonies ecclésiastiques, est reconnu comme s'éloignant de la règle indiquée. Notre désir très vif, en effet, est que le véritable esprit chrétien refleurisse de toute façon et se maintienne chez tous les fidèles : il est donc nécessaire de pourvoir avant tout
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à la sainteté, à la dignité du temple où les fidèles se réunissent précisément pour y trouver cet esprit à sa première et indispensable source, à savoir la participation active aux mystères sacro-saints et à la prière publique et solennelle de l'Eglise. Et c'est chose vaine d'espérer qu'à cette fin l'abondante bénédiction du Ciel descendra sur nous, si notre hommage au Très-Haut, au lieu de monter en odeur de suavité, remet au contraire dans la main du Seigneur les fouets dont se servit le divin Rédempteur pour chasser du temple les indignes profanateurs.
Pour ce motif, afin que nul ne puisse dorénavant recourir à cette excuse qu'il ne connaît pas clairement son devoir, et pour faire disparaître toute hésitation dans l'interprétation de plusieurs choses déjà commandées, Nous avons jugé expédient d'indiquer brièvement les principes qui président à la musique sacrée dans les fonctions du culte, en rassemblant en même temps, dans un tableau général, les principales prescriptions de l'Eglise contre les abus les plus communs en cette matière. En conséquence, de Notre mouvement propre et de science certaine, Nous publions cette présente Instruction à laquelle, comme à un Code juridique de la musique sacrée, Nous voulons, dans la plénitude de Notre Autorité Apostolique, qu'il soit attribué force de loi, en en imposant à tous, par notre présent Acte signé, la plus scrupuleuse observance.