XX. Constitution apostolique
est, sans contredit, leur maître à tous : le célèbre Jean-Pierre-Louis de Palestrina.
VII. — Ayant appris qu'on essayait en quelques endroits de remettre à la mode un certain genre de musique absolument déplacé dans la célébration des offices divins, surtout à cause de l'usage abusif des instruments, Nous déclarons ici que le chant uni à la symphonie n'est pas du tout tenu par l'Eglise comme une forme de musique plus parfaite ou mieux adaptée aux choses saintes; plus en effet que les instruments, il convient que la voix elle-même résonne dans les édifices sacrés. — Nous voulons dire la voix du clergé, des chantres et du peuple. Qu'on ne croie pas que l'Eglise s'oppose au progrès de l'art musical en préférant la voix humaine à un instrument de musique quelconque : nul instrument, en effet, si excellent, si parfait qu'il soit, ne peut surpasser la voix humaine pour l'expression des sentiments, surtout quand elle est mise au service de l'âme, pour adresser à Dieu Tout Puissant des prières et des louanges.
VIII. — Il y a un instrument qui nous vient des anciens et qui est proprement d'église, — on l'appelle l'orgue (organuin) : une ampleur et une majesté admirables l'ont rendu digne d'être associé aux rites liturgiques, soit pour l'accompagnement du chant, soit, durant le silence du chœur, et selon les règles prescrites, pour l'exécution de très suaves harmonies.
Or, en cela encore, il faut éviter le mélange du sacré et du profane : par la faute des facteurs d'orgue ou de certains organistes trop favorables aux productions d'une musique ultra-moderne, on en arriverait à faire dévier ce magnifique instrument de la fin à laquelle il est destiné. Certes, les règles de la liturgie restant sauves. Nous souhaitons Nous-même que tout ce qui a trait à l'orgue fasse toujours de nouveaux progrès ; mais Nous ne saurions pas ne pas Nous plaindre des tentatives faites aujourd'hui pour introduire dans le temple un esprit profane grâce à des formes de musique tout à fait modernes, comme jadis on l'a essayé par d'autres procédés qui furent justement prohibés par l'Eglise. Si ce gence de musique commençait à s'introduire, l'Eglise devrait le condamner absolument. Qu'on entende dans les églises les accents de l'orgue, mais qu'ils expriment la majesté du lieu et respirent la sainteté des rites; à cette condition, l'art et des constructeurs dans la fabrication, et des musiciens dans l'emploi des orgues refleurira pour apporter une aide efficace à la liturgie sacrée.
IX. — Afin que les fidèles prennent une part plus active au culte divin, que le chant grégorien soit remis en usage parmi le
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peuple, pour les parties du moins qui lui sont réservées. Il est absolument nécessaire, en effet, que les fidèles ne se comportent pas en étrangers ou en spectateurs muets; mais, saisis par la beauté de la liturgie, ils doivent prendre part aux cérémonies sacrées, y compris les cortèges ou processions, comme on a coutume d'appeler celles où les membres du clergé et des associations pieuses marchent en rangs, mêlant alternativement leurs voix, selon les règles tracées, aux voix du prêtre et de la schola. Il n'adviendra plus, dès lors, que le peuple ne réponde pas, ou ne réponde qu'à peine, par une sorte de léger et de faible murmure, aux prières communes récitées en langue liturgique ou en langue vulgaire.
X. — Que les membres de l'un et de l'autre clergé mettent toute leur industrie, sous la direction des Evêques et des Ordinaires, à pourvoir par eux-mêmes ou par le concours de personnes compétentes à la formation liturgique et musicale du peuple, formation d'ailleurs intimement liée à la doctrine chrétienne. Pour y arriver plus facilement, on instruira des chants liturgiques surtout les Scko/œ, les associations pieuses et tous autres groupements. Quant aux communautés dé religieux, de sœurs et de pieuses femmes, qu'elles s'y adonnent avec zèle dans les différents Instituts où elles ont charge de l'éducation et de l'enseignement. Nous avons également une très grande confiance, pour atteindre ce résultat, dans les sociétés qui, en certaines régions, déférant aux volontés des autorités ecclésiastiques, travaillent à restaurer la musique sacrée selon les règles tracées par l'Eglise.
XI. — Pour réaliser toutes ces espérances, il est absolument nécessaire d'avoir des maîtres habiles et très nombreux. A cet égard, nous décernons aux Scholœ et Instituts fondés ici et là dans l'univers catholique des éloges bien mérités, car par leurs soins diligents à répandre ces différentes connaissances, ils forment des maîtres capables et excellents, mais en particulier, il nous plaît de citer ici et de louer l'Ecole supérieure pontificale de musique sacrée fondée à Rome en 1910 par Pie X. Cette Ecole que Notre prédécesseur immédiat Benoît XV a soutenue avec zèle et a dotée d'un nouveau local. Nous l'entourons Nous aussi d'une faveur particulière, comme un héritage précieux des deux Pontifes : aussi voulons-Nous la recommander vivement à tous les Ordinaires.
Certes Nous savons ce que toutes les prescriptions plus haut formulées demandent de soins et de travail ; mais qui donc ignore les œuvres nombreuses et réalisées avec un art remarquable, que nos ancêtres, surmontant tous les obstacles, ont laissées à la postérité, parce qu'ils étaient remplis de zèle pour la piété et de
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l'esprit de la liturgie? Rien d'étonnant, car tout ce qui a son origine dans la vie intérieure, dont vit l'Eglise, dépasse les choses les plus parfaites de ce monde. Que les difficultés de cette entreprise très sainte animent et excitent, loin de la briser, l'ardeur des prélats de la sainte Eglise; tous unis constamment dans l'obéissance à Nos volontés, ils réaliseront, en l'honneur de l'Evêque des Evêques, une œuvre très digne de leur ministère episcopal.
Telles sont Nos prescriptions, Nos déclarations, Nos ordres. Nous voulons que cette Constitution apostolique soit et demeure toujours ferme, valide et efficace et qu elle reçoive et obtienne ses effets pleins et entiers, nonobstant toute chose contraire. Qu'il ne soit permis à personne d'enfreindre cette Constitution par Nous promulguée, ou d'}- contredire par une audace téméraire.
Donné à Rome, près de Saint-Pierre, au début de la cinquantième année de Notre sacerdoce, le 20 décembre 1928, de Notre Pontificat la septième.
Fr. André, Card. PRUHWIRTH, Camille, Card. LaURENTI, Chancelier de la S. E. R. Pro-Préfet de la S. C. R.
Joseph WiLPERT, Doyen du Collège des Protonotaires apostoliques. Dominique Spolverini, Protonotaire apostolique.
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