X. Préface du Traducteur
désert, l'honneur du moine qui l'a conçu et l'objet de l'admiration de tous les hommes de l'art.
Mais le rythme ne saurait rester exclusivement dans l'ordre spéculatif auquel il n'appartient d'ailleurs que dans une mesure déterminée : la mesure nécessaire pour régler et ordonner ses mouvements.
Le rythme, en effet, est l'âme de la mélodie. Or, l'âme se manifeste par la vie et le mouvement. Le rythme, étant donc mouvement et vie, tombe rigoureusement dans le domaine de la pratique.
C'est pourquoi les études profondes et les analyses pénétrantes n'auraient pas suffi aux Bénédictins de Solesmes pour le définir et en exposer les divers éléments. Il leur fallait un troisième instrument de travail : l'expérience ou la p7'atique fréquente du chant liturgique ; il fallait que celle-ci vînt au secours de leurs savantes recherches, se joignît à elles et les conduisît pas à pas à travers les difficultés du chemin, pour les empêcher de s'égarer ou de faire fausse route.
Or, nous savons si la pratique du chant est venue d'elle-même se mettre à leur service! et dans quelle mesure!!
Le propre de la vie du moine, la condition principale, la plus noble, la plus élevée, la plus sainte de son existence, est de chanter, au nom de l'Eglise qui la lui impose, la louange de Dieu. Saintement passionnés pour cette « œuvre divine » comme l'appelle S. Benoît dans sa Règle, ce n'était pas assez pour les moines de Solesmes, de rétablir dans sa pureté primitive le chant qui en est la vivante expression, il fallait surtout l'exécuter avec l'art et la perfection qui lui conviennent.
Or, qui dans l'Eglise, même parmi les artistes, admirateurs du chant grégorien, peut se flatter d'avoir eu autant qu'eux la pratique de ce chant ; pratique non individuelle, mais collective; non transitoire, mais continuelle; non routinière et inconsciente, mais intelligente, réfléchie, toujours soutenue par cette piété qui est <i utile à tout » et dont l'influence très heureuse n'a pu que contribuer à développer extraordinairement en eux le sens musical ; pratique enfin qui en les mettant, jour et nuit, en contact direct avec le rythme vivant lui-même, avec ce qu'il y a de plus intime, avec ce que nous appellerions volontiers : sa moelle, a fini par en faire des chantres parfaits de la louange divine?
Si donc les Bénédictins de Solesmes, par suite de leur vocation privilégiée et de leurs connaissances personnelles très étendues en matière de chant, ont pu mettre en jeu tant de moyens réunis et si puissants, on comprend aisément qu'avec le temps et l'expérience, ils se soient trouvés en état de traiter magistralement
Préface du Traducteur. xj.
toutes les questions grégoriennes, notamment la question du
rythme. On comprendra surtout que ces questions aient pu être
poussées si loin, si l'on veut bien se rappeler qu'après Dom
Guéranger et Dom Pothier qui en ont été les premiers initiateurs,
elles ont été dirigées et conduites par un savant et un artiste
éminent, Dom Mocquereau, l'illustre fondateur et directeur de la
Paléographie musicale.
La Paléographie musicale!
Qui n'a déjà reconnu dans cette « publication sans pareille (i) > le splendide édifice dont nous avons retracé tout à l'heure les grandioses proportions! Qui, à mesure que nous le décrivions, ne l'a vu s'élever graduellement jusqu'au faîte, c'est-à-dire jusqu'au septième volume qui en est le digne couronnement!
Composé avec cette unité de principes qui n'exclut point le progrès continu et ascendant des idées, avec ce déploiement de science, ce luxe de preuves et cette puissance de démonstration qui sont le caractère dominant de la Paléographie musicale, ce septième volume est incontestablement le traité complet, solide et lumineux du rythme grégorien. On sent, en le lisant, qu'il a été écrit par un profond musicologue et un grand artiste, joignant à une connaissance musicale très étendue une prodigieuse connaissance grégorienne.
Aussi, après l'avoir lu et relu, nous rappelant ce que J. Combarieu a dit du quatrième volume de la grande publication, « qu'à lui seul il aurait suffi à assurer la gloire d'un savant », volontiers nous dirions à notre tour du septième volume, qu'à lui seul il suffirait pour assurer à jamais la gloire d'un musicographe.
A n'en juger que par les apparences, il semble qu'après tout ce que nous venons de dire, nous voilà bien loin de la Méthode de Dom Suñol.
Il n'en est rien; car cette Méthode n'est, dans sa partie doctrinale et rythmique, que l'analyse pure et simple du septième volume de la Paléographie musicale.
Loin donc, en parlant comme nous l'avons fait de cette œuvre grandiose, de nous être écarté du travail de notre confrère, nous n'avons fait au contraire qu'en grandir l'importance et rehausser la valeur.
C'est là une première constatation.
(l) H. RiEMANN.
xij. Préface du Traducteur.
Il en est d'autres qui s'imposent et que nous tenons à bien mettre en relief.
En faisant entrer dans les limites restreintes d'une Méthode les principes de l'Ecole de Solesmes, Dom Suñol a rendu d'abord aux nombreux amis de cette Ecole un service signalé ; de plus, par sa Méthode, il a trouvé le moyen le plus pratique de les introduire dans les milieux où ils étaient jusqu'ici inconnus et, par conséquent, le moyen de contribuer, pour une très large part, à leur développement.
La Paléographie musicale ne peut, en effet, à cause des conditions vraiment dignes dans lesquelles elle est publiée, être que le privilège des savants ou des amateurs et, pour cette raison, le septième volume ne pourra jamais devenir un Manuel pratique pour les séminaires et autres établissements ecclésiastiques ou religieux. Il fallait donc rendre accessible à tous les doctrines qu'il contient ; il le fallait, surtout, pour la perfection du chant dont la beauté dépend de l'exécution, c'est-à-dire, du rythme.
Or, c'est ce que Dom Suñol, le premier, a fait, du moins dans cette mesure, et l'on ne peut lui en être trop reconnaissant.
Il ne nous reste plus maintenant, comme conclusion à donner à cette Préface, qu'à présenter au lecteur la traduction de la Méthode de notre confrère de Montserrat.
Nous ne l'avons entreprise qu'à la sollicitation pressante des amis du chant grégorien, et dans l'intérêt de cette cause qui nous est très chère et que nous avons toujours voulu servir depuis nos plus tendres années.
On a vu, dans les développements que nous avons donnés au cours de cette Préface, l'importance de la doctrine pour la bonne exécution du chant. Cette Méthode l'expose avec la clarté, la précision et l'autorité de la source où elle a été abondamment puisée.
Qu'on lui fasse bon accueil.
Elle a été bien reçue en Espagne ; qu'elle le soit également en France. Qu'elle pénètre dans le monde ecclésiastique, religieux et laïque; qu'elle pénètre surtout dans les séminaires et maisons d'éducation et que, sous la conduite de maîtres expérimentés, elle y enseigne à chanter les mélodies grégoriennes, comme on les chante au Conservatoire grégorien de Solesmes.
C'est en 1907 et en Espagne que nous écrivions les lignes précédentes. Dom Suñol n'avait pu utiliser alors que le septième
Préface du Traducteur. xiij.
volume de la Paléographie musicale. Depuis ont paru successivement le dixième volume de la Paléographie, le Nombre Musical Grégorien et les Monographies Grégoriennes. C'est à toutes ces sources réunies que Dom Suñol a puisé à partir de la quatrième édition de sa Méthode. Nous-même, avec la traduction, nous avons apporté notre modeste contribution personnelle à la cinquième édition française par des changements, des développements, des chapitres et des notes qui la diiTérencient de l'édition espagnole et que l'auteur nous a permis.
Dom Maur Sablayrolles.
Abbaye Saint-Benoît d'En Calcat.
DOURGNE (Tarn)
II Juillet 1922, en la fête de la Translation de notre glorieux Père S. Benoît.
CeUe septième édition française reproduit exactement la précédente. Le manque de temps ne nous a pas permis d'utiliser les modifications apportées par l'auteur à la sienne.
Constitution apostolique
de Sa Sainteté le Pape Pie XI
recommandant une pratique toujours plus parfaite
de la Liturgie et du chant grégorien
et de la musique sacrée '.
PIE, évêque, Serviteur des Serviteurs de Dieu, pour perpétuelle mémoire.
L'Eglise a reçu du Christ, son Fondateur, la charge de veiller sur la sainteté du culte divin. Il lui appartient donc — tout en sauvegardant l'essence du Saint Sacrifice et des Sacrements — d'édicter tout ce qui assure la parfaite ordonnance de ce ministère auguste et public : les cérémonies, les rites, les textes, les prières, le chant. C'est ce qui s'appelle, de son nom propre, la Liturgie^ ou « action sacrée » par excellence.
La liturgie, en effet, est une chose sacrée. Par elle nous nous élevons jusqu'à Dieu et nous lui sommes unis : nous professons devant Lui notre foi ; nous nous acquittons envers Lui d'un grave devoir de reconnaissance pour les bienfaits et les secours qu'il nous accorde et dont nous avons un perpétuel besoin ; de là, une certaine connexion entre le dogme et la liturgie, comme aussi entre le culte chrétien et la sanctification du peuple. Aussi le pape Célestin I^^ estimait-il que la règle de la foi est exprimée dans !es vénérables formules de la liturgie. Il disait en effet : « Que la loi de la prière détermine la loi de la croyance. Car lorsque les chefs des saintes assemblées s'acquittent de leurs fonctions en vertu de la délégation qu'ils ont reçue, ils plaident devant la clémence divine la cause du genre humain et ils prient et ils supplient avec l'Eglise tout entière qui unit ses gémissements aux leurs ».
Ces communes supplications appelées d'abord « œuvre de Dieu » — opus Dei^ puis « office divin » officium divinuni^ — comme une dette dont nous sommes quotidiennement redevables envers Dieu, avaient lieu jadis de nuit et de jour, et de nombreux chrétiens y prenaient part. Et c'est merveille de constater, dès l'antiquité même, combien les mélodies naïves qui ornaient les prières sacrées et l'action liturgique contribuaient à favoriser la
' Nous empruntons à la Semaine religieuse de Paris la traduction française du document pontifical.
xvj. Constitution apostolique
piété du peuple. Dans les vieilles basiliques en particulier, où l'évêque, le clergé et les fidèles chantaient, en alternant, les louanges divines, les chants liturgiques ont contribué pour beaucoup — l'histoire l'atteste — à amener un grand nombre de barbares au christianisme et à la civilisation. Dans les temples, les adversaires de la foi catholique apprirent à connaître plus à fond le dogme de la communion des Saints. Ainsi l'empereur arien Valens, frappé comme d'une stupeur inouïe devant la majesté du divin mystère célébré par saint Basile, tombait en défaillance; ainsi, à Milan, les hérétiques reprochaient à saint Ambroise de fasciner les foules par les chants liturgiques, ces chants qui frappèrent Augustin lui-même et lui inspirèrent la résolution d'embrasser la foi chrétienne. Plus tard, dans les églises, où de presque toute la cité se formait un chœur immense, artisans, ouvriers du bâtiment, peintres, sculpteurs, gens d'études eux-mêmes s'imprégnaient, grâce à la liturgie, de cette connaissance des choses théologiques qui aujourd'hui brille avec tant d'éclat dans les monuments du moyen âge.
On comprend dès lors pourquoi les Pontifes romains ont apporté tant de sollicitude à défendre et à sauvegarder la liturgie et pourquoi le même soin minutieux qu'ils mettaient à exprimer le dogme par des formules exactes, ils l'ont appliqué à établir, à défendre et à sauvegarder de toute altération les lois sacrées de la liturgie. On le voit aussi, c'est la raison pour laquelle les Saints Pères ont recommandé par leurs paroles et leurs écrits la liturgie sacrée (la loi de la prière) et le Concile de Trente a voulu qu'elle fût exposée et expliquée au peuple chrétien.
De nos jours, Pie X, il y a vingt-cinq ans, dans les règles promulguées par son Motu Proprio relatif au chant grégorien et à la musique sacrée, s'est proposé tout d'abord de réveiller et d'alimenter dans le peuple l'esprit chrétien, écartant avec sagesse tout ce qui ne conviendrait pas à la sainteté et à la majesté de nos temples. Les fidèles, en effet, se réunissent dans le lieu saint pour y puiser la piété comme à sa source principale, prenant une part active aux vénérables mystères de l'Eglise et aux prières publiques et solennelles. Il importe donc grandement que tout ce qui sert d'ornement à la liturgie soit réglementé par certaines lois et prescriptions de l'Eglise, afin que les arts, ainsi qu'il convient, contribuent au culte divin comme de très nobles serviteurs. Les arts, utilisés dans les églises, n'en éprouveront aucun dommage; bien plutôt ils y trouveront à coup sûr un accroissement de dignité et d'éclat. C'est ce qui est arrivé à merveille pour la musique sacrée : partout où les règles édictées ont été appliquées avec soin, on a vu revivre la beauté de cet art exquis et refleurir largement l'esprit religieux : c'est que le peuple chrétien, plus
de S. S. Pie XI. xvij.
profondément pénétré du sens liturgique, s'est mis à participer plus activement et au rite eucharistique et à la psalmodie sacrée et aux supplications publiques. Nous l'avons Nous-même expérimenté avec satisfaction quand, la première année de Notre Pontificat, un chœur nombreux de clercs de toutes nations a rehaussé par le chant des mélodies grégoriennes la messe solennelle que Nous célébrions dans la basilique vaticane.
Nous devons le déplorer ici : en certains endroits ces règles très sages n'ont pas été complètement appliquées; aussi n'en a-t-on pas recueilli les fruits espérés. Nous le savons parfaitement : quelques-uns ont prétendu que ces règles, pourtant promulguées solennellement, ne les obligeaient pas; quelques autres, après s'y être soumis, se sont peu à peu montrés complaisants pour un genre de musique qu'il faut absolument écarter des églises; enfin, en quelques endroits, particulièrement pour la célébration solennelle de centenaires de musiciens illustres, on a pris occasion de faire exécuter dans le temple des œuvres, très belles sans doute par elles-mêmes, mais qui, séant mal à la sainteté du lieu et de la liturgie, ne devaient pas être jouées dans les églises.
Mais pour que le clergé et le peuple obéissent plus consciencieusement aux règles et prescriptions qui doivent être observées religieusement et inviolablement dans l'Eglise universelle, il Nous a plu d'y faire ici quelques additions. Nous appuyant sur l'expérience de ces vingt-cinq dernières années. Et nous le faisons d'autant plus volontiers que cette année Nous célébrons non seulement, comme Nous l'avons dit, le souvenir de la restauration de la musique sacrée, mais aussi la mémoire de l'illustre moine Guy d'Arezzo. Celui-ci, — voici à peu près neuf cents ans, — vint à Rome sur l'ordre du Pape et fit connaître son ingénieuse invention grâce à laquelle les chants liturgiques, transmis depuis l'antiquité, furent facilement divulgués, et, pour l'utilité et pour l'honneur de l'Eglise et de l'Art lui-même, conservés sans altération pour les générations à venir.
Au Palais de Latran, où jadis saint Grégoire le Grand, après avoir rassemblé, ordonné et accru le trésor des mélodies sacrées, — héritage et souvenir des Pères, — avait si sagement fondé sa célèbre Schola pour perpétuer la vraie interprétation des chants liturgiques, le moine Guy fit l'expérience de sa merveilleuse invention, en présence du clergé romain et du Souverain Pontife lui-même. Le Pape approuva pleinement et loua comme il le méritait ce nouveau procédé qui, grâce à lui, se propagea peu à peu au loin et fit faire à tous les genres de musique des progrès considérables.
Aux Evêques donc et aux Ordinaires, qui, comme gardiens de la liturgie, doivent s'occuper des arts sacrés dans les églises, Nous
xviij. Constitution apostolique
voulons faire quelques recommandations répondant aux vœux de nombreux congrès de musique et particulièrement du récent congrès tenu à Rome. Ces vœux, à Nous adressés par un grand nombre de pasteurs des âmes et de maîtres en l'art musical, à qui Nous adressons ici les félicitations qu'ils méritent, Nous en ordonnons la mise en pratique par des voies et moyens plus efficaces.
I. — Que tous les candidats au sacerdoce, non seulement dans les Séminaires, mais dans les Maisons religieuses, soient instruits, dès leur enfance, du chant grégorien et de la musique sacrée : à cet âge ils apprennent plus facilement tout ce qui a trait aux mélodies et aux sons; et des défauts de voix, s'ils en ont, ils peuvent se débarrasser ou du moins les corriger; plus tard, ayant grandi, ils seraient impuissants à y remédier. L'étude du chant et de la musique doit commencer dès les écoles élémentaires et se poursuivre ensuite dans l'enseignement secondaire. Ainsi ceux qui sont appelés à recevoir les saints Ordres, instruits peu à peu du chant, peuvent, au cours de leurs études théologiques, sans effort et sans difficulté, se former à cette science plus élevée qu'on appellerait avec raison V esthétique de la mélodie grégorienne et de l'art musical, de la polyphonie et de l'orgue, science qu'il convient absolument au clergé de connaître.
II. — Qu'il y ait donc dans les Séminaires et dans toutes les autres maisons d'études, pour la formation rationnelle de l'un et l'autre clergé, fréquemment et presque tous les jours, une brève leçon — ou exercice — de chant grégorien et de musique sacrée. S'ils s'y donnent avec un esprit liturgique, ce sera plutôt pour les élèves un repos qu'une fatigue, après l'étude de sciences plus austères. Ainsi la formation plus soignée et plus complète des deux clergés à la musique liturgique aura pour effet de rendre à son antique dignité et splendeur l'office du chœur, qui est la partie principale du culte divin. Il en résultera aussi que les Scholœ et « chapelles » de musiciens, comme on les appelle, retrouveront leur gloire antique.
III. — Que tous ceux qui règlent et exercent le culte dans les basiliques, cathédrales, églises collégiales ou conventuelles de Religieux, travaillent de toutes leurs forces à restaurer, selon les préceptes de l'Eglise, l'Office du chœur; non seulement pour ce qui est du commun précepte qui oblige à célébrer toujours l'Office divin avec dignité, aitentiojt et dévotion, mais aussi pour ce qui regarde le chant. Car, dans la psalmodie, il faut avoir soin d'observer les tons indiqués, avec leur mediante et les clausules adaptées à la tonalité et le repos convenable à l'astérisque, et enfin l'unisson parfait dans l'exécution des versets, des psaumes et des
de S. S. Pie XI. xix.
strophes des hymnes. Si tout cela est observé avec art, tous ceux qui chantent selon les règles, témoignant admirablement de l'union de leurs âmes dans l'adoration de Dieu, semblent par l'alternance régulière des deux parties du chœur imiter l'éternelle louange des Séraphins qui se renvoyaient leurs acclamations : Saint, Saint, Saint.
IV. — Mais pour que personne à l'avenir ne mette en avant de faciles excuses pour se croire dispensé d'obéir aux lois de l'Eglise : que tous les ordres de chanoines, que toutes les communautés religieuses soumises aux mêmes règles, traitent de ces questions dans leurs réunions officielles. Et comme autrefois existait un chantre {cantor^ ou chef de chœur {^rector chori), ainsi à l'avenir que dans les chœurs des chanoines et des religieux, on choisisse quelqu'un de compétent pour veiller à la pratique des règles de la liturgie et du chant choral, et pour corriger les fautes commises individuellement ou par le chœur entier. Il est bon de le rappeler à ce sujet : d'après une antique et constante discipline de l'Eglise, comme d'après les constitutions capitulaires encore en vigueur, tous ceux qui sont tenus à l'Office du chœur doivent parfaitement connaître au moins le chant grégorien. Or le chant grégorien, dont l'usage est prescrit dans toutes les églises de quelque ordre qu'elles soient, est celui-là même qui, reconstitué d'après les anciens manuscrits, a été proposé par l'Eglise dans une édition authentique publiée par l'imprimerie vaticane.
V. — Nous voulons attirer ici l'intérêt des personnes qualifiées à cet égard sur les « chapelles » de musiciens. Ce sont elles qui, peu à peu succédant aux anciennes scholœ, se sont constituées dans les basiliques et les grandes églises pour exécuter plus spécialement la musique polyphonique. Or, et avec raison, la polyphonie sacrée tient la première place après le chant grégorien : aussi souhaitons- Nous vivement que les chapelles de ce genre, florissantes du XIV'^ au XVI^ siècle, se renouvellent et prospèrent là surtout où la fréquence et l'ampleur du culte divin réclament un nombre plus grand, un choix plus excellent de chanteurs.
VI. — Que des scholœ d'enfants soient formées non seulement dans les grandes églises et les cathédrales, mais même dans les églises plus modestes des simples paroisses. Que ces enfants y apprennent à chanter selon les règles sous la direction des maîtres de chapelle, pour que leurs voix, selon l'ancienne coutume de l'Eglise, s'unissent aux chœurs des hommes, surtout quand dans la musique polyphonique ils doivent, comme jadis, exécuter la partie supérieure qu'on appelle ordinairement le chant. Du nombre de ces enfants sont sortis, on le sait, au XVI^ siècle en particulier, des auteurs très experts en polyphonie, et parmi eux, celui qui