Chapitre III. — Du rythme
Rien de plus naturel que de commencer par un élan, puisque l'élan est la première partie du mouvement.
Rien de moins anormal d'autre part que de commencer par un appui. En voici la raison. Comme il n'y a point de mouvement sans moteur et que le mouvement sonore n'échappe point à cette loi, avant d'indiquer le départ d'un mouvement rythmique, l'ictus initial de l'arsis à temps composé marque l'arrivée du mouvement préliminaire ou moteur qui met en branle le mouvement sonore. Ce mouvement préliminaire, « c'est l'ordre qui, partant du cerveau, de la volonté, se transmet rapide comme l'éclair aux organes de la voix et les met en action pour l'émission des sons ».
Dans l'ordre physique, la nature nous offre des exemples de mouvements moteurs analogues à celui d'ordre psychologique dont nous parlons. Tel le mouvement de la crosse venant frapper la balle posée par terre pour la lancer en l'air.
Aussi rien de plus naturel et de plus logique que de représenter, par un geste préliminaire de la main, le mouvement spontané moteur du mouvement rythmique. Nous l'indiquons par la ligne pointillée A-B de l'exemple suivant. N'est-ce pas à ce geste que revient ce qu'on appelle, en musique, battre une mesure pour rien?
Le point B, c'est le point précis où le mouvement moteur saisit le rythme au repos et le lance. Les deux mouvements, celui qui lance et celui qui est lancé, se rencontrent ainsi sur un point unique où il se confondent.
2l8. — Cette explication de l'emploi de l'ictus rythmique au début d'un rythme, nous autorise à déclarer absolument fausse l'équivalence que certains veulent établir entre Vaccenty l'impulsion et Victus.
\J accent tonique est toujours un temps relativement fort, Vimpulsion (première note d'une arsis binaire ou ternaire) est toujours un jtemps d'élan, Victus au contraire peut être l'un ou l'autre, ou tous les deux réunis : avec la syllabe tonique Victzis est accent, avec la note d'impulsion il est élan, avec la dernière syllabe du mot ou avec la dernière note d'un rythme il est thésis, mais qu'il soit par sa position accentué -ou atone, fort ou faible, élan ou repos, il est
toujours appui, touchement rythmique. (Voir les deux derniers alinéas du numéro 220).
Qu'on revienne sur les exercices de solfège donnés dans la première partie, et qu'on se rende bien compte de la place et de la valeur respective des ictus.
219. — Ayant défini le rythme, sa matière et sa forme, le caractère du premier temps du rythme (arsis) et celui du second (thésis); ayant expliqué la véritable signification de l'ictus rythmique que nous avons distingué de Xaccent tonique et de Ximpulsion du mouvement, bien que tous les trois puissent se rencontrer à la fois sur une même syllabe (ce que nous allons constater tout à l'heure), il nous reste à exposer quelques autres points sur lesquels il est nécessaire d'avoir des idées très précises pour pouvoir bien comprendre les notions les plus générales du rythme.
220. — L'accent tonique dans ses relations avec le rythme. Après ce qui été dit au sujet du rythme et du vrai caractère de
l'arsis et de la thésis, on comprendra que l'accent latin puisse se rencontrer tantôt avec la première et tantôt avec la seconde.
Il n'y a non plus aucune répugnance à ce que l'accent d'un dissyllabe coïncide avec une arsis à temps simple (rythme simple élémentaire), privée par conséquent d'ictus rythmique exprimé.
N'est-il pas vrai que lorsque ce cas se présente, l'arsis apparaît plus dégagée, et que sa relation avec la thésis est plus étroite que quand elle est à temps composé? C'est que, libre de tout ictus rythmique, l'accent latin, dont nous avons expliqué la nature dans la première partie, représente mieux l'idée de mouvement, d'attraction et de synthèse si nécessaires à l'unité du mot.
D'ailleurs, même dans la prosodie, l'accent ne réclame par luimême aucune prolongation. Là encore il garde son caractère de brièveté et d'acuité, malgré la nature de la syllabe qu'il affecte. La preuve c'est que lorsqu'il correspond à une syllabe longue, v. gr. Roma, les anciens n'attribuaient l'accent aigu qu'au premier temps
de cette syllabe, comme si nous écrivions :
Rô-ma