La syncope
« La syncope est un trouble apporté dans la succession régulière des élans et des repos du rythme. »
Il suffit de définir la syncope pour donner à comprendre qu'elle est essentiellement incompatible avec le caractère calme et équilibré du rythme grégorien, et que nous n'en prononçons le nom que pour en proscrire l'emploi.
Ce serait donc une erreur plus grave encore que la précédente contre le rythme grégorien et contre l'unité du neume ou de la double note (qui dans les deux cas représentent un temps composé arsique ou thétique) d'écrire, de chanter ou d'harmoniser :
74 Deuxième Partie.
^ ^ Sán-ctus ï
Dé- us . S . = /.0 ,^
■ mm
^ I Dómi-nus
Dans ces exemples l'effet de syncope consiste en ce que l'ictus abandonne la première note du neume et glisse sur l'accent. Celui-ci du levé où il se trouvait passe au frappé. Deux sons rythmiquement distincts s'unissent en un seul temps prolongé, car, subjuguée par l'ictus intensif de l'accent, la note initiale du neume ne fait qu'un avec lui, malgré l'articulation d'une nouvelle syllabe. L'ordre rythmique en est vraiment bouleversé. L'ictus sur l'accent, c'est un nouveau groupement qui commence avec lui; ce groupement est ternaire et la note initiale du neume en est la seconde; l'unité ou plutôt l'individualité du neume est donc bien sacrifiée.
Désordre rythmique, voilà en un mot où aboutit la méconnaissance de la distinction que nous avons établie entre l'accent et l'ictus, et sur laquelle nous aurons lieu de revenir 2.