‹ Méthode complète de chant Grégorien d'après les principes de l'École de SolesmesChapitre 66 sur 173 · Deuxième Partie. — Chapitre IV · texte numérisé non relu

Deuxième Partie. — Chapitre IV

départ des autres. Nous disons en eux-mêmes, car dès que nous les considérons conjointement avec la mélodie et le texte, ils ne sont plus que des temps composés jouant le rôle d'arsis ou de thésis.

Trois neumes-temps s'enchaînent de l'un à l'autre sur l'ictus et terminent leur évolution sur une note simple prolongée. Ce sont autant de rythmes élémentaires.

242. — Voici les mêmes groupes devenir des neumes-temps bien caractérisés, avec une attribution rythmique pour chacun.

As- pér- ges me.

Leur attribution rythmique leur vient ici plus du texte que de la musique. Mélodiquement, ce rj^thme composé est plutôt un membre arsique conduisant à l'accent musical de Domine. Mais le considérant en ce moment indépendamment de ce qui suit, le texte nous donne deux arsis et deux thésis. Les deux premiers neumestemps sont arsis parce qu'ils s'élèvent avec les deux syllabes qui conduisent à l'arsis du mot (l'accent), le troisième est thésis parce qu'il coïncide avec la finale du mot et qu'il conduit à la thésis masculine me, note longue et de repos. — Il n'y a pas un seul neume-rythme dans tout ce chant de V Asperges me.

243. — Les neumes-temps comme les mots-temps se succèdent ^SiV juxtaposition. Chacun représente une mesure et c'est avant leur première note qu'il faudrait placer la barre de mesure si on l'employait.

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Ainsi les neumes-temps sont 7nétriques.

b) Neum,es-ry thunes.

2t^^. — Ce sont ceux qui à l'instar des mots-r}^thmes sont affectés d'un ictus sur la dernière note.

Du rythme des mots et des neumes. — Des pauses. 81 Le plus petit neume (clivîs ou podatus) peut être rythmé.

;: : fi.

Il équivaut à un dissyllabe et comme lui représente un rythme élémentaire.

Un neume-rythme de trois et quatre notes aura deux ictus et constituera un rythme simple à temps composé.

Un neume-rythme de trois notes équivaut à un dactyle : deux notes, comme le dactyle deux syllabes, à l'arsis.

Un neume de quatre notes peut se rythmer de deux manières.

Premièrement, en doublant sa dernière note comme les précédents. L'arsis comprend trois temps et la thésis est masculine.

Deuxièmement, en plaçant le second ictus sur la troisième note. L'arsis est alors binaire et la thésis, binaire également, est féminine. Dans ce second cas, il ne peut être employé que dans l'intérieur d'un rythme. Les n°s 2 et 3 de l'exemple ci-dessus donnent ces deux formes rythmiques d'un climacus de quatre notes.

On le voit, tout ce qui a été dit du mot-rythme s'applique également au neume-rythme. On peut se rapporter au N^ 229.

245. — Voici une série de neumes-rythmes empruntés à l'Alleluia « Te inartyru77i ».

Seul le podatus initial est neume-temps. Tous les autres sont neumes-rythmes et à thésis masculine. Les trois premiers constituent chacun un rythme simple : ils ont deux ictus, l'ictus

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d'arsis et l'ictus de thésis. On peut rappeler à ce propos que l'ictus d'arsis est impulsion et l'ictus de thésis, repos. (Voir N° 218). Le dernier neume forme par sa longueur un rythme composé : une arsis ternaire et deux thésis binaires.

Quel beau grand r>^thme représente la réunion de tous ces neumes-rythmes en un seul membre mélodique! Et, on ne saurait trop le remarquer, — c'est le rythme musical pur, — la mélodie le possède en propre, elle n'en est nullement redevable au texte, dont, pour mieux prendre ses ébats, elle s'est un moment affranchie.

Le texte, qui reparaît au verset, porte au contraire au rj'thme un coup funeste. A son contact et au nom de la « règle d'or » qui ne permet pas un arrêt entre les syllabes d'un mot, ^ deux neumesrythmes se changent sur Domine en neumes-temps.

Ss=K

DÓ- mi- ne.

C'est la destruction du rythme musical, et c'est au nom d'une règle qu'une autre non moins importante est violée : celle de la prédominance de la musique sur le texte. Il semble bien cependant que le conflit entre les deux règles ne pouvait, dans le cas présent, recevoir d'autre solution. La mélodie devait céder, ailleurs elle se rattrapera. Ex. :

cum prin- ci- pi- bus

On remarquera que la note pointée sur la syllabe antétonique aç^ pj'incipibus semble partager le mot en deux.

246. — De tels faits révèlent les inépuisables ressources du rythme grégorien, sa souplesse, son élasticité, en même temps qu'ils obligent à renoncer définitivement à la théorie du simple « rythme oratoire », qu'avant les savantes études de Dom Alocquereau, l'école de Solesmes avait elle-même enseignée.

247. — Les neumes, dont nous venons de parler, sont tous en possession d'un appui thétique long. D'autres n'ont qu'un simple appui passager.

* Non débet fi£7-i pausa^ guando débet exprimí nova sy liaba inchoatae dictionis.

Du rythme des mots et des neumes. — Des pauses. 83

248. — La succession et l'emploi des uns et des autres dans la phrase musicale ne se fait pas de la même manière.

Les premiers se succèdent par juxtaposition et constituent par eux-mêmes un rythme complet et indépendant.

Les seconds s'unissent par enchaînement et s'emploient non comme neumes-rythmes mais comme neumes-temps.

249. — a) Ils s'unissent par enchaînement. — Par juxtaposition, les neumes-rythmes présenteraient — ce que la loi rythmique défend — deux ictus consécutifs : l'ictus thétique de l'un et l'ictus arsique de l'autre. Pour entrer dans la composition d'un rythmemembre, un des deux ictus doit disparaître. Ce sera le sort de l'ictus arsique. L'ictus thétique doit rester, puisqu'il constitue le neumerythme. Sur cet unique ictus, qui leur est devenu commun — car, en réalité, les deux ictus se sont fondus ensemble — les deux neumes-rythmes s'unissent : point d'arrivée de l'un, il est en même temps point de départ pour l'autre. C'est en cela que consiste leur enchaînement. — La physionomie des neumes-rythmes enchaînés est à l'opposé des neumes-temps juxtaposés : ceux-ci ont leur unique ictus sur la première note, ceux-là sur la dernière.

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250. — « Ce procédé de \ enchaînement a une grande influence sur la théorie et la pratique de la rythmique grégorienne, car il réduit à sa juste valeur ce prétendu axiome de certains théoriciens modernes, qui exigent un ictus, un accent rythmique sur la première note de tous les groupes neumatiques. »

251. — b) Les neumes-rythmes s'emploient comme neumes-temps. — C'est la conséquence de leur union par enchaînement. Sans cesser d'être, individuellement, neumes-rythmes, dans leur enchaînement ils constituent d'un ictus à l'autre des temps composés qui, comme les neumes-temps, représentent selon leur direction ou leur position des arsis ou des thésis. La différence entre les uns et les autres est la même qu'entre les mots-temps et les mots-rythmes : les neumes-temps sont enfermés chacun dans une mesure, tandis que les neumes-rythmes se partagent entre deux mesures.

252. — Les notes intérieures des neumes doivent être d'une exécution suave, très liée et d'une égale durée.

253. — La dernière note d'un neume n'a pas par elle-même plus de durée que les notes précédentes.

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