Chapitre VI. — Les appuis rythmiques
In h^^mnis, et cánti- cis.
Nec lau-dá- re súf-fi- cis.
Au premier vers d'abord, où placeraî-je mes ictus? sur la thésis ou sur l'accent? Le dernier mot est certainement rythmé. L'ictus coïncide sans aucun doute avec la dernière syllabe de ce membre. Il faut bien finir. Je pars donc de cet ictus certain et je vais sur ma gauche pour placer lej autres. Ne pouvant mettre deux ictus de suite, je dois aller de deux en deux ou de trois en trois notes. Je commence de deux en deux, c'est le rythme le plus naturel et c'est au premier coup d'œil le rythme de ce membre formé de dissyllabes. Dans ce mouvement rétrograde l'ictus rencontre la finale des mots et l'accent est au levé. Finale au baissé, accent au levé, c'est l'idéal. Je n'ai pas à chercher davantage. Tout autre rythme serait à côté. Je tiens le vrai, l'unique. Et quel rythme gracieux, ailé! Comme je me serais fourvoyé si, sans l'avoir préalablement rythmé, j'avais chanté cet admirable membre de phrase en ne me préoccupant que des accents. Infailliblement j'aurais appelé l'ictus sur eux et déformé le rythme. Je m'en serais bien aperçu, mais trop tard, en arrivant à la fin, ou le choc de deux ictus consécutifs, le dernier accent et la dernière syllabe, m'auraient appris que j'étais mal parti.
C'est donc un excellent principe de rythmique que de partir du premier ictus certain à droite pour trouver ceux de gauche.
Au premier membre de phrase, ce principe nous a permis de rythmer les mots. Au second, il nous donne un résultat contraire. C'est que cette fois le premier ictus certain n'est plus sur la dernière syllabe qui garde cependant le sien, mais sur le dernier accent. Cet accent porte un ictus, celui de la note initiale du podatus. Le point de départ est donc changé. Il se présente une syllabe plus tôt. De là, recul à gauche de tous les ictus et leur coïncidence avec les accents. De là aussi deux rythmes : premier membre de phrase, mots-rythmes, deuxième membre, mots-temps^ excepté bien entendu le dernier forcément rythmé. Qu'on se rappelle ce qui a été dit des uns et des autres aux N^s 232, 234. Le cas présent est identique. C'est la présence d'une clivis sur la dernière syllabe de quoque qui, dans le Tantum ergo mozarabe (No 234), a transformé en mots-temps les mots-rythmes du Tantum ergo grégorien (N^ 233).
Troisième membre de phrase, même rythme musical que le deuxième et pour la même raison. Le point de départ est l'accent
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et non la dernière syllabe de cánticis. On sait que le dactyle a deux appuis rythmiques : un d'arsis sur l'accent, un de thésis sur la dernière syllabe. Comme cánticis ne porte aucun groupe, ses deux premières syllabes répondent au podatus de pastÓ7'em : ainsi un dactyle rime « musicalement » avec un spondée.
Nous avons dit que le rythme musical du troisième membre de phrase est pareil à celui du deuxième. C'est à dessein que nous avons employé l'adjectif « musical », car le rythme des mots diffère. Hyinnis, mot intérieur, est rythmé. Il ne faut en chercher la cause que dans le texte même : l'accent a changé de place, tandis que l'ictus n'a pas bougé. A la strophe suivante qui se chante sur la même mélodie, l'accent change encore et se met avec l'ictus. Conséquence : laudare n'est pas rythmé.
283. — Cette mobilité de l'accent prouve l'importance du rythme musical et explique son intj-ansigeance. Que deviendrait-il s'il fallait que les ictus fussent sans cesse en mouvement pour rencontrer les accents? Il n'existerait plus et pour le malheur du texte qui perdrait en lui son plus puissant moyen d'expression.
284. — Sans l'avoir prévu en le commençant, nous finissons ce paragraphe par ce qu'on a appelé « la thèse de l'accent au levé ou de l'indépendance réciproque de l'accent tonique et de l'ictus rythmique ». Ils peuvent correspondre ou ne correspondre pas. On voit combien cette thèse est fondée. Les faits la mettent en pleine lumière.
Accent tonique et ictus rythmique n'ont point à se rencontrer nécessairement, puisque leur point de départ est différent : l'ictus part de la dernière syllabe, et l'accent de la pénultième où il a sa place régulière. C'est pourquoi dans un chant syllabique composé de dissyllabes, comme le premier membre de la phrase Lauda Sion, le croisement entre l'accent et l'ictus est continuel.
Enfin, l'accent et l'ictus n'ont pas à se rencontrer nécessairement, non seulement parce qu'ils ne partent pas du même point, mais encore parce qu'ils ne sont pas de même nature : l'accent appartient à X ordre mélodique et l'ictus à \ ordre ryth^nique.