‹ Méthode complète de chant Grégorien d'après les principes de l'École de SolesmesChapitre 90 sur 173 · Chapitre VIII. — Du rythme de la phrase · texte numérisé non relu

Chapitre VIII. — Du rythme de la phrase

« Supprimez cette subordination des a.ccents, aussitôt la vie et Tunité disparaissent pour faire place à la mort et à la dislocation ; il n'y a plus ni membres ni phrases, ou si l'on distingue encore ces divisions, elle ne sont plus que des tronçons inanimés. En vain les rythmes enchaînent-ils les mots aux mots, en vain la mélodie déroule-t-elle à travers les membres ses courbes les plus belles, ce n'est pas assez; il faut encore, pour arriver à la vie chaude, vibrante, cette gamme d'intensité, qui s'étend et pénètre da.n.s toutes les parties de la phrase, qui les embrasse, les enveloppe et les lie dans une parfaite unité.

: « Qu'elle vienne à manquer, la phrase reste froide et plate, les différentes parties sont mal ajustées, les membres languissent, et, dans son ensemble, la mélodie ressemble à ces personnes malingres, sans couleur, qui n'ont pas assez de sang et de vigueur pour soulever leurs membres étiolés. »

Et cependant Ils ne manquent pas ceux qui, au nom de la nature, veulent bannir cet élément vital de toute mélodie, pour lui substituer je ne sais quelle égalité de force ou quel naturel^ comme ils disent. Ils prétendent imiter la nature et ils tombent « dans le genre précieux, dans une afféterie naïve et maniérée, pire que toutes les exagérations auxquelles peut donner lieu la loi dynamique qui nous occupe ».

Mais il n'y a rien à craindre de ce côté-là dans le chant grégorien ; car la loi essentielle de toute bonne exécution de ce chant est d'être absolument exempte de la moindre exagération. « La douceur, la suavité, l'onction, le calme inaltérable de la mélodie grégorienne, demandent que toutes les progressions et détentes dynamiques soient conduites avec mesure, discrétion et délicatesse ».

Ici, c'est le juste milieu qui est la perfection.

Donc, ^ point de crescendos rapides et éclatants, point de diininuendos subits, jamais une recherche quelconque d'effet, jamais surtout de contrastes proprement dits ». Le naturel toujours, mais avec art, « des nuances, rien que des nuances, qui se lient, se fondent l'une dans l'autre comme les couleurs de l'arc-en-ciel ».

Lien proportionnel.

316. — Le lien proportionnel n'est autre chose que la relation et la dépendance que la proportion des sons établit entre les rythmes et entre les incises.

317. — Cette relation, qui peut consister non seulement dans le nombre des sons mais, encore dans la durée des pauses, est

106 Deuxième Partie.

principalement le résultat de deux attractions : de l'attraction mélodique ou attraction corrélative de certains sons dans chaque gamme, et de l'attraction rythmique ou de la dépendance que l'action synthétique du rythme établit entre divers groupes de notes, constituant chacun un mouvement rythmique.

Ces deux causes, appuyées sur le sens esthétique que nous portons inné, déterminent le nombre de sons qui doivent entrer dans chaque incise et dans chaque membre, pour qu'il y ait entre les incises et entre les membres, relation d'équilibre ou de proportion.

318. — L'exécutant peut détruire cette relation, en ne donnant pas aux différentes pauses leur juste valeur ou en en exagérant la durée.

Lien d'articulation,

319. — Le lien d'articulation s'appelle ainsi, parce que son action se fait sentir entre les incises et les membres au point précis de leur jointure.

Ce lien d'articulation, c'est la viora vocis.

320. — « Pour bien faire la inora vocis entre deux incises ou deux membres moins importants, c'est-à-dire la inora vocis sans respiration, il faut se rappeler que la note allongée par elle remplit deux fonctions : elle termine un membre, elle conduit au suivant. Elle transmet, par conséquent, la vie d'un membre à l'autre; le courant vital de la mélodie et du rythme passe par elle; elle doit s'en ressentir. Il ne faut donc pas l'exécuter froidement, sous le beau prétexte qu'elle n'est qu'une tenue de la voix.

« Conformément à ce premier caractère, la mora vocis doit être douce, suave, afin de donner ainsi le sentiment du repos; mais à peine s'est-elle posée, qu'elle entre aussitôt dans sa seconde fonction qui est d'unir le membre précédent au suivant, et alors elle doit préparer cette transition, en s'adaptant au début du nouveau membre, en en prenant pour ainsi dire d'avance la couleur, la physionomie.

<( La fin de la mora vocis sera donc en rapport avec la force dynamique, avec la valeur de la première note du début; elle doit se fondre avec elle, s'adapter à elle.

« Si le nouveau membre commence par une note forte, le timbre de la voix se terminera par un léger crescendo, comme dans le premier membre de l'exemple suivant; s'il commence par une note faible, il s'y adaptera par un léger et délicat decresceiido.

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