DOULEUR ARTICULAIRE AU GENOU
M°° Comet, mon épouse, à la suite d’un voyage assez long, de France en Hollande, entrepris pendant l'hiver froid et humide de 1825, fut atteinte à l'articulation du genou gauche de douleurs d’abord sourdes, mais qui, au bout de quelque temps, devinrent très vives, surtout lorsqu'il s’opérait un changement brusque de température. Ces douleurs aiguës, lancinantes, ne diminuaient pas par le repos, et se manifestaient même au lit, la nuit, de manière à troubler le sommeil. Néanmoins il y avait du calme pendant plusieurs heures de la journée et de la nuit. Le genou n'offrait aucune trace de la lésion dont il était le siége ; seulement il était légèrement gonflé, tn peu œdémateux, mais aucunement sensible au toucher. Un caractère particulier à celte affection, c'est que M** Comet pouvait très bien, et sans douleur, s’asseoir sur les talons, ou, comme on dit, s’accroupir ; mais il lui était absolument impossible de $e redresser sans être fortement soulevée par quelqu'un.
On se borna dans le principe à pratiquer des frictions sèches et calmantes, à recouvrir constamment l'articulation d’un tissu de laine ; cependant la persistance et le développement des accidens engagèrent à soumettre la malade à un traitement général et local très actif. Plusieurs saignées furent pratiquées, des sangsues appliquées en abondance,
LÉ. BE ainsi que des cataplasmes narcotiques ; des bains, des rubéfians, sinapismes, vésicatoires volans, etc., etc., tout fut sans succès, c’est à dire que s’il y eut un amendement dans les souffrances, il ne parut pas être le résultat du traitement plutôt que l'habitude que M”° Comet semblait avoir contractée d’endurer les douleurs. Dans le mois de mars 1827, j'étais malade à Paris, et je reçus quelques visites de M. le professeur Broussais, qui fut occasionnellement consulté sur l'affection dont M"° Comet était atteinte. M. Broussais déclara qu'avec de la persévérance dans les appositions de sangsues,-on parviendrait à vaincre l'inflammation: c'était aussi l'avis de plusieurs autres habiles praticiens. La doctrine physiologique était alors dans toute sa splendeur, el, malgré ma répugnance à prolonger un traitement aussi débilitant, répugnance justifiée par l’inefficacité des premières évacuations sanguines, je me laissai séduire par les promesses du célèbre réformateur, auquel je payais d’ailleurs un juste tribut d'affection et d'estime. Pendant près de trois ans on ne cessa de répéter, à de courts intervalles, les applications de sangsues. Pour résultat, rien d’appréciable qu'une grande débilité. Les choses en étaient là en 1830, iorsque les événemens politiques mirent la malade dans la nécessité de voyager précipitamment par terre et sur mer. Loin d’en éprouver de l’aggravation dans les accidens habituels, elle se trouva beaucoup mieux, et revint d'Angleterre (climat pourtant peu favorable à la guérison de ces sortes d’affec— tions) dans un état assez satisfaisant qui se prolongea pendant plusieurs mois.
Dans l'hiver de 1831, les douleurs se manifestèrent avec plus d'intensité que jamais, surtout la nuit. J'avais très cer-tainement mis en usage toutes les ressources connues contre les maladies de la nature de celle qui torturait mon épouse : tous les avis des maîtres de la science avaient été épuisés; il y avait de quoi se désespérer, étant médecin, de contempler ainsi à tout instant du jour et de la nuit l'impuissance
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de son art! L'avenir était menaçant. C’est pourquoi je me décidai à agir empiriquement, à essayer l'usage de divers agens dont le raisonnement seul pouvait autoriser l'emploi, mais qui n’avaient pas reçu la sanction de l'expérience. Enfin le succès a couronné mes efforts: étant parvenu à déterminer une modification profonde des phénomènes morbides, la voie de la réussite a été bientôt ouverte, et M"° Comet, complètement guérie depuis bientôt douze ans d’une lésion arthritique qui avait duré huit ans, a pu constamment, non seulement vaquer à toutes ses occupations, mais se livrer à une promenade soutenue et reprise pendant plusieurs heures de suite (1).
De quelle nature était la lésion contre laquelle la nouvelle médication a été si efficace? Etait-elle goutteuse, rhumatismale, nerveuse ou résultant d'une altération de la circulation des fluides blancs? C’est ce qui ne m'a pas paru bien important de rechercher d’abord; mais je me suis empressé de vérifier, si les effets salutaires de la médication qui avait été si favorable à Ms Comet, seraient également produits sur d'autres malades de sexes différens et dans des conditions différentes : les résultats ont dépassé de beaucoup mes espérances, et la pratique m’a conduit à la théorie que j'ai exposée dans la première partie de cet ouvrage. Bientôt aussi la pratique de la Méthode curative externe a été soumise à des règles ; la composition des remèdes, leur mode d’application ont été successivement perfectionnés de manière à pouvoir prendre rang parmi les traitemens les plus rationnels. ll serait trop long d’énumérer ici les nombreux détails de la création de la Méthode curative externe et de son développement; aujourd’hui il suffit d'établir qu’elle offre tous les avantages désirables pour le traitement des maladies qu’elle est destinée à combattre.
(1) Souvent malade, et d’une santé très délicate, Mme Comet n’a cependant jamais rien ressenti à l’articulation du genou,
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