NÉVRALGIES ERRATIQUES ET TRANSCURRENTES
Dans le courant de juin 1840, M. Garnier, inspecteur général des mines et gendre de M. Legonidec, conseiller à la Cour de cassation, était atteint de douleurs névralgiques transcurrentes, mais particulièrement fixées dans les membres inférieurs. Ces douleurs étaient tellement violentes qu’elles occasionnaient parfois de véritables mouvemens con-
ER vulsifs au malade, quand il voulait les vainere ou les dissi muler ; et, dans les cas ordinaires, elles étaient toujours assez vives pour arracher des cris à un homme qui aurait eu une force morale moins développée que M. Garnier.
Cette cruelle affection ne résista que cinq semaines à mes moyens Curatifs. Au bout de ce temps, M. Garnier ne vit plus reparaître ses douleurs; mais le traitement présenta cela de particulier, dont on retrouve d’ailleurs quelques exemples dans le cours de ce Traité, qu'après une dizaine d'applications, les douleurs ayant complètement disparu, je voulus suspendre le traitement ; mais deux jours s'étaient à peine écoulés, que les douleurs se manifestèrent avec une nouvelle intensité. Nous reprîimes aussitôt les applications que je continuai avec activité et sans interruption ; après la trentième application, tous les phénomènes douloureux cessèrent, et le traitement fut terminé.
J'ai eu l'avantage de revoir M. Garnier en septembre 1841 (quinze mois après son traitement) ; il m'a de nouveau témoigné sa satisfaction en m'’assurant qu'il n'éprouvait mainte— nant que de très rares réminiscences de son mal, et que Îa douleur n’était jamais assez violente pour qu'il songeât à la combattre ‘par des vaporisations et frictions À distance, que je lui avais conseillées; ajoutant que, s'il n’élait pas aussi négligent pour suivre mes avis, il était très certain qu'il ne lui resterait aucune trace de l'affection nerveuse dont je l'ai guéri,
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Ün cas qui forme une des nuances les plus tranchées des névralgies erratiques ou transcurrentes, et contre lequel la Méthode curative externe est loin d’avoir été impuissante, quoiqu'il datât de près de vingt ans, est celui que m'offrit, dans le cours de mai 1838, M. Bertin, maître de poste à Roye, département de la Somme. Je laisse parler le malade lui-même ; son langage est à la fois trop précis et trop cor-
ue es rect pour qu’il soit nécessaire d’ajouter un seul mot, propre à mieux caratériser la maladie :
« Les douleurs, moins intenses dans le principe qu’elles ne le sont aujourd'hui, s'étaient d'abord manifestées dans ce qu'on nomme communément la région de l'estomac, et me gênaient horriblement la respiration. Elles abandonnèrent après peu de temps celte région, et se fixèrent principalement dans les parties inférieures du corps, depuis le tronc jusqu'à l'extrémité des orteils; mais elles devinrent de plus en plus aiguës, se portant tantôt d'un point des jambes oudés cuisses à l’autre, et ne se faisant jamais ressentir dans un seal endroit à la fois. Les parties souffrantes sont toujours d’une. sensibilité extrême et presque toujours froides comme la glace, sans que je m'apérçoive autrement qu'au toucher de ce singulier effet. Il n'apparaît jamais dans les lieux douloureux ni rougeur ni gonflemeut; les douleurs sont rarement continues et ont souvent la promptitude de l'éclair; je ne puis mieux les comparer qu'à un coup de lance qui traverserait l'endroit souffrant, et il est impossible d'en mañtriser l'effet. Les parties qui ont souffert restent long-temps fort sensibles, même après que la douleur en a disparu. Les parties qui sont le plus ordinairement affectées sont les genoux, le devait des jambes, le bas du mollet, les tendons d'Achille, le dessus ces pieds et les chevilles. Parfois les douleurs se font aussi sentir le long du nerf sciatique, dans la partie supérieure des cuisses, et jusque dans les aines. d’entre dans tous ces détails, Monsieur, pour que vous puissiez bien juger de l'état où me mettent ces douleurs, et pour que vous puissiez m'ordonner tout ce qu'il faut faire pour m'en débarrasser, s'il est possible. »
Cet intéressant malade ayant désiré faire le voyage de Paris pour s'entendre parfaitement avec moi sur la partie de mon traitement qui lui était spécialement applicable, et sur les moyens de se l’administrer avec le plus de chance de succès, s’y rend t effectivement le 23 mai 1838, et y resta deux jours. Je lui pratiquai moi-même la vaporisation et quelques frictions qui le soulagèrent immédiatement ; mais, ainsi que cela doit nécessairement arriver, la fatigue occasionnée par sen retour dans ses foyers, annula une partie des bons effets du traitement; aussi m’écrivit-il de Roye, le & juin, c’est à dire huit jours juste après son arrivée :
« Depuis mon retour je suis exactement votre traitement, faisant des frictions et des massages le long de la colonne vertébrale tous
les matins et les soirs. J'exécute la même opération sur les endroits souffrans et sur ceux où j'ai le plus habituellement mes dou-
ONE leurs, et cependant j'ai encore souffert et ne puis vous annoncer, quant à présent, une grande amélioration. Obligé de faire uné absence de quatre jours, j'aime à croire que cette suspénsion n'aura rien de fâcheux pour les résultats du traitement ; mais, à mon re-
tour, je le suivrai strictement pendant le mois de juin én entier, et plus S'il le faut. »
M. Bertin, en effet, ne fut pas long-temps à recueillir les fruits de cette sage détermination; car, de retour chez lui le 8 juin, et s'étant Soumis imédiatement ct avec toute la ré gularité désirable à son traitement, il m’écrivit, sous la date du 2% du même mois, c'est à dire quinze jours après, la lettre suivante : :
€ Voilà près de trois semaines, Monsieur, que je vous ai écrit et donné lés résultats du traitement que je suis maintenant avec exactitude ; j'ai tardé dans l'espoir d’avoir à vous annoncer une amélioration bien marquée dans ma position. Eh bien! Je dois vous l'avouer aujourd'hui, j'éprouve un grand soulagèement; mes douleurs n’ont pas cessé totalement; mais il est incontestable que les frictions et les massages les calment dès qu'ils ont été pratiqués. Si je ne devais éprouver que ce bien, ce serait déjà assurément beaucoup; mais j'ai la ferme confiance qu'avec. une quinzaine de jours encore de traitement suivi soigneusement, je parviendrai à en être complètement débarrassé. »
Cette espérance se réalisa-t-elle? Je dus nécessairement le croire, d’après une lettre que m’adressa, le 41 juillet suivant, un habitant de Roye, M. Midy, et qui s'exprimait ainsi :
« Monsieur Bertin s'étant trouvé très bien du traitement que vous lui avez ordonné, et connaissant l’état de souffrance où je suis habituellement, m'a engagé à vous exposer la nature de mes Maux, persuadé.que vos Connaissances vous mettront à même de me con seiller quélques môyens qui puissent les adoucir, etc. »
Enfin, ce qui atteste le résultat définitif du traitement de M. Berlin, et ne laisse aucun doute sur les résultats avantageux qu'il en a retirés, c’est la lettre suivante qu'il m'adressa
lui-même, le 18 juin 4839, c'est à dire un an après s'être confié à mes soins :
PR « Monsieur,
» Depuis la réception de votre lettre, que je désirais depuis long-temps, je devais de jour en jour me mettre en voiture pour Paris, ce qui est cause que je ne vous ai pas répondu de suite ; mais voyant le voyage se différer, je ne veux pas tarder plus longtemps à vous donner de mes nouvelles. Je me trouve toujours très bien d’avoir suivi vos conseils et votre Méthode curative. Mes douleurs sont maintenant rares, et si je prenais Le soin de me frictionner aussitôt que je les ressens, je suis convaincu que je m'en trouverais encore plus soulagé. À mon prochain voyage j'aurai l’honneur de vous voir et de vous faire tous mes remercimens. »
Je n'ai pas eu occasion de revoir M. Bertin, mais j'ai appris d’une manière positive que le mieux obtenu dans sa santé s'était non seulement soutenu, mais avait toujours accru. Quant à M. Midy, de la même ville, duquel il vient d’être parlé, et qui s’était recommandé de lui auprès de moi, il a retiré de mon traitement tout le bien que pouvait en espérer un vieillard de soixante-treize ans, épuisé par plus de vingt-sept ans des plus cruelles souffrances, et qui fut assez juste pour réclamer, non une complète guérison, mais un simple soulagement.
Précisément à la même époque à laquelle je donnais des soins à M. Bertin, je fus consulté par une personne à peu près de son âge, et dont la maladie, encore plus ancienne, céda de même à ma Méthode curative, modifiée bien entendu, suivant quelques particularités dont la description suivante fera ressortir les principaux traits :
Cette personne est M. de Vigan, ancien officier de cava— lerie, habitant le château du Catellier, près Lisieux, département du Calvados. Ses douleurs dataient de seize à dix-sept ans. Véritables rhumatismes dans leur début, elles s'étaient d’abord fixées aux bras, pour se propager de là dans le tronc et dans la tête, et même dans les membres inférieurs, attaquant ces parties tantôt isolément, tantôt plusieurs à Ja fois.
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Pendant les premières années elles eurent non seulement des rémissions très marquées, mais même de véritables intermittences, au point que, pendant un séjour de huit mois, en 1823, dans le midi de l'Espagne, M. de Vigan s’en crut totalement débarrassé. Mais elles reparurent en 1824, à des intervalles assez rapprochés, et depuis 1832, à la suite du choléra, elles ne le quittèrent presque plus, se faisant plus vivement ressentir le soir et dans l’été, que dans le courant du jour et pendant les fortes gelées, mais augmentant toujours sous le règne des vents du Nord, et surtout aux approches des temps orageux. En 1833, les eaux de Néris furent ordonnées à M. de Vigan : mais à peine les eut-il prises quelque temps, que les douleurs, qui étaient restées le plus ordinairement fixées au tronc, envahirent les bras, les mains, les jambes et les pieds, et devinrent d'autant plus insupportables qu'elles n’occupaient qu’un seul point à la fois. Elles prirent alors un caractère lancinant. Les élancemens qu’elles occasionnaient revenaient quelquefois à dix ou douze re— prises par minute; d’autres fois elles se présentaient sous forme de véritables crampes.
M. de Vigan était dans cet état lorsqu'il me consulta, sur la fin de juin 1837. Sans me faire illusion sur la difficulté que je devais nécessairement éprouver à triompher d’un mal aussi ancien, et sur les alternatives de bien et de mal que pouvait éprouver le traitement, je fis cependant parvenir au malade les remèdes nécessaires, et dès le 13 juillet, c’est à dire avant que quinze jours se fussent écoulés, je reçus de lui la lettre suivante :
« Monsieur,
» Je suis exactement votre traitement, dont je me suis bien trouvé dès le commencement. Aussi je dépense beaucoup des munilions que vous m'avez envoyées pour combattre mes douleurs, et déjà je suis à moitié de mes provisions. Pour ne pas donner de trève à mon ennemi, faites-moi envoyer, je vous prie, sans retard, une bouteille de votre eau réactive, une autre de votre préparation pour imprégner les flanelles, et trois flacons de baume névro-
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pathique. Jai mis un gilet imprégné de votre préparation et ne le quitterai qu’à la fin de mon traitement. Si vous ne me le défendez pas, je me frictionnerai sur la poitrine, où j'éprouve une sensibilité extraordinaire, et j'en ferai de même sur le creux de l’estomac, ete., etc. »
Je répondis de suite et priai M. de Vigan de me tenir parfaitement au courant de ce qui adviendrait, afin de pouvoir, suivant l'occurrence, modifier le traitement. Etant resté près de quinze jours sans nouvelles, je commençais à craindre qu’il ne fût survenu quelque complication fâcheuse. J’écrivis en Conséquence une lettre, dans laquelle je priais de ne rien omettre. Cette lettre me valut la réponse suivante :
« Le reproche que vous me faites, Monsieur, dans votre dernière lettre, de ne point entrer avec vous dans d’assez grands détails sur ma santé, prouve l'intérêt que vous voulez bien porter à un pauvre souffreteux qui en est reconnaissant. Aujourd’hui je vais réparer mon tort. »
Suit la description d’une éruption accidentellement survenue aux bras et ailleurs, puis M. Vigan continue ainsi au sujet de ses névralgies.
« Quant à mes douleurs, quoique depuis plusieurs jours j'aie encore à m'en plaindre, je crois cependant, depuis mon traitement, reconnaître un changement qui me laisse tout espoir. Ce changement consiste en ce que mes douleurs attaquent des parties où je ne les avais jamais ressenties, et qu'elles diminuent d’une manière notable dans celles où je les ressentais le plus ordinairement. Je les poursuis partout et me frictionne aux endroits qu’elles ont attaqués, même lorsque je n’y souffre pas. Ce qui corrobore ma confiance dans votre remède, c'est qu'il n’enlève souvent les douleurs au moment même de son application. Elles ont beaucoup diminué à Ja pointe des épaules ainsi qu'à [à main gauché que je frictionne tous les jours; elles ne sont pas revenues depuis six semaines dans les parties des pieds, des jambes et des cuisses où elles se sont fait combattre... Je vais manquer de ressources pour me défendre ; veuillez m'en faire parvenir, etc., etc. »
Je ne fis pas attendre ma réponse, et quelque temps après M. de Vigan m'écrivit ce qui suit :
« Au château du Catellier, 9 septembre 1837.
» Depuis deux mois environ, Monsieur, que je suis votre traitement, j'éprouve en vérité nn grand changement dans ma santé.