‹ Méthode curative externe des douleurs rhumatismales, goutteuses, nerveuses; des maladies lymphatiques, et des viscéralgies. Affections nerveuses des viscèresChapitre 35 sur 74 · DOULEURS ARTICULAIRES · texte numérisé non relu

DOULEURS ARTICULAIRES

M. Rubis, demeurant à Paris, rue des Deux-Ecus, n. 31, était depuis long-temps dans l'impossibilité de se livrer à ses occupations habituelles, et même retenu au lit par des douleurs extrêmement aiguës, qui avaient leur siége dans la profondeur des articulations des os des deux cuisses avec le bassin de chaque côté. Le moindre mouvement d’écartement, de rapprochement ou de circeumduction des membres inférieurs faisait jeter les hauts cris au malade, qui pouvait encore moins se tenir debout ou se livrer à la marche : un simple roulement du corps dans le lit déterminait des souffrances très vives. L’articulation du genou gauche était aussi entre— prise, mais à un moindre degré. M. Rubis ne pouvait s’ex-pliquer le développement des accidens auxquels il était en butte; il jouissait habituellement d’une bonne santé, et son mal, disait-il, lui était venu sans cause occasionnelle ou déterminante. Il avait été saigné copieusement, et les douleurs s'étaient accrues ; un traitement fort actif, auquel il s'était soumis, parut plus contraire que favorable. , |

C'est alors qu’il m’adressa une de ses parentes pour me demander un avis. Je ne dissimulai pas les suites graves que l'on pouvait craindre de la persistance d’une pareille affection qui avait pour principe générateur un trouble de la circulation lymphatique. Sans promettre la guérison, je la

(1) N'ayant pu réunir en corps des faits analogues que je n’ai recueillis que successivement, Île lecteur pourra, en consultant la table des matières, reconnaître les observations qui devront fixer plus spécialement son intérêt. {Voir aussi le Supplément.)

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faisais entrevoir prompte et durable par l'emploi de ma Mc-

thode curative externe. Le malade ne balança pas à en ré clamer le secours, et je lui en fis une application sur les articulations coxo-fémorales qui, vu l'étendue et la profondeur des régions affectées, dura plus de deux heures. Je ne pus pas, ce jour-là, m'occuper du genou gauche qui, comme je l'ai dit, paraissait entrepris à un moindre degré. Eh bien! chose incroyable, le lendemain matin M. Rubis, qui depuis plusieurs semaines n'avait pu SOPUE de sa chambre, eût limprudence de se rendre chez moi à pied, marchant toutefois très difficilement, appuyé sur un bâton, mais ne se plaignant plus que du genou, et réclamant mon intervention pour lui en rendre l'usage comme il avait recouvré celui des cuisses, que, suivant son expression, il pourrait actuellement passer par dessus sa tête.

M. Rubis voulut, malgré mes observations, s’en retourner comme il était venu, et cependant il avait plusieurs étages à monter pour arriver à son logement; mais il n’en résulta aucun inconvénient. Dans l'après-midi, je pratiquai la vaporisation et les frictions sur le genou malade pendant environ trois quarts d'heure. M. Rubis vint encore me voir le lendemain matin, se glorifiant d’avoir pu faire la route seul et sans l'appui de personne : sa guérison était complète.

Cette cure est vraiment phénoménale ; je l'ai obtenue aussi subitement, parce que, ne comptant que sur un succès assez éloigné, et redoutant la persistance et la gravité des accidens existans, je les combattis par une application très vive, non interrompue et prolongée de la vaporisation, et j'ai fait en une seule fois ce que l’on n’acquiert ordinairement qu’en trois, quatre ou cinq applications. La bonne volonté du malade m’a beaucoup aidé, et quoique la vaporisation ne doive pas ordinairement être portée jusqu’à produire une impression douloureuse à la peau, M. Rubis insistait tellement pour que je ne le ménageasse pas, que j'ai usé de sa permission, mais à sa très grande satisfaction.

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Depuis 1 lors j je n° ai ï plus. entendu parler de M. Rubis que par plusieurs malades qu'il m'a adressés. Un, entre autres, le Sieur Auguste, commissionnaire aux messageries Laffite el Caillard, était depuis quelque temps dans l'impossibilité de se livrer à son travail habituel, par suite d’affaiblissement et de douleurs insupportables dans les genoux, les jambes et les pieds. Après deux applications, faites à vingt-quatre heures de distance, le sieur Auguste a été complètement guéri (1).

Charles Contenot, âgé de quatorze ans, jouissant d’une bonhé santé, mais d’un tempérament éminemment lymphatique, quoique robuste, fut mis en apprentissage dans la maison de commerce en merceries de M. Ducatelle, rue Saint-Denis. Comme d'usage , les principales occupations d'un apprenti consistent en courses multipliées, et la plupart du temps, lorsqu'il ne marche pas, il est obligé de donner des soins au magasin, qui l'astreignent à se tenir continuellement debout. Aussi Contenot, qui sortait de chez ses parens, où il avait toutes les commodités que procure l’aisance, fut-il très promptement affecté de lassitudes dans les jambes, mais particulièrement dans les articulations dés os des pieds, qui furent suivis d’engorgemens lymphatiques et de douleurs tellement vives et continues, que ce jeune homme ne se livrait que très péniblement à la marche, qu’il ne pouvait prolonger sans éprouver de vives souffrances. La fatigue n’était que la cause occasionnelle de F'affection articulaire, et le repos eût été un remède très promptement efficace, si le malade n'avait pas été éminemment prédisposé aux engorgemens lymphatiques ; aussi l'affection dont il était atteint prit-elle promptement cé caractère, et résista opiniätrément aux moyens qui lui furent opposés. Alors les parens

(1) Le hasard ma fait rencontrer il y a peu de temps M: Rubis, qui depuis sept ans n’a.éprouvé aucun ressentiment de Ja grave affection dont il a été si heureusement guéri.

du jeune Contenot s’adressèrent à moi; je le soumis immédiatement au traitement curatif externe, qu’il continua luimême pendant quelques jours, au bout desquels il fut si complètement guéri que les accidens ne se sont jamais montrés depuis.

Les douleurs vives qui se manifestent spontanément, sans causes vulnérantes extérieures, telles que chute, coups, efforts dans les articulations des os du bassin et des membres, sont en général produites par un trouble de la circulation lymphatique ; c’est pour cela que ces affections sont toujours fort rebelles au traitement qu’on leur oppose. Les altérations articulaires des os du bassin sont aussi plus fréquentes chez les enfans d’une constitution délicate et chez les femmes parmi lesquelles prédomine le tempérament Iymphatique, que chez les hommes; cependant ces derniers ne sont pas à l'abri de ces lésions.

C'est surtout pendant la grossesse et à la suite des couches que les femmes sont plus particulièrement atteintes de ces douleurs qui sont désignées par les médecins sous la dénomination de sacro-coxalgie, de pubisalgie. Au moment de la gestation, les articulations des os du bassin entre eux sont abreuvées de fluides blancs, destinés à amo)llir les ligamens inter-articulaires, symphistiques ou d'union extérieure, afin que la mobilité et l’écartement des os soient favorisés pendant l'accouchement; cette surabondance des fluides blancs a été reconnue par tous les observateurs, et considérée comme une action prévoyante de la nature, qui néanmoins laissait souvent après sa manifestation les germes d’accidens fort graves. On ne peut donc nier le rôle que joue la circulation lymphatique dans les affections articulaires en général, et c’est à dessein d'en bien signaler l’influence que j'ai insisté ici en rappelant des faits naturels admis par tous les anatomistes et les praticiens, et dont

l'identité avec les causes apparentes des lésions articulaires dites rhumatismales est frappante.

Cependant, comme aucun médecin ne s’est avisé jusqu’à présent de traiter le relâchement lymphatique articulaire comme résultant d’une inflammation, je m'étonne qu’on ait pu si long-temps, et moi comme les autres, pendant plus de quinze ans, traiter par les émissions sanguines et les antiphlogistiques des affections qu’à la même époque, et sur d’autres sujets, on combattait par les toniques généraux et locaux, et surtout par les excitans spéciaux de la circulation capillaire.

Madame N. (1), habitant le département de la Dordogne, âgée de vingt-six ans, d’une constitution lymphatique sans être délicate, n’avait jamais été exposée à des causes qui engendrent les affections rhumatismales et n’en avait jamais été atteinte, lorsqu'il y a six ans elle ressentit, dès les premiers mois de sa première grossesse, et surtout le matin en se levant, une extrême difficulté à mouvoir les cuisses sur le bassin, et réciproquement le bassin sur les cuisses. Elle éprouvait une grande gêne pour se mettre sur son séant, et, lorsqu'elle était debout, elle ne pouvait que fort péniblement se livrer à la marche; il lui semblait, disait-elle, que ses os étaient disloqués. Cependant les forces générales étaient bonnes ; il n'existait pas, à proprement parler, de douleurs. Cet état dura jusqu’à l'accouchement, qui eut lieu très facilement, et dont les suites n’offrirent rien de remarquable. Les accidens qui s'étaient montrés pendant la grossesse persisièrent pendant une couple de mois, et ne disparurent que graduellement ; cependant madame N. recouvra touté la liberté des mouvemens. Les phénomènes qui s'étaient manifestés résultaient très certainement du ramollissement et de la dilatation des ligamens articulaires des os du bassin,

(1) Dans certaines circonstances, je me trouve dans la nécessité de m'abstenir de citer les noms propres.

par une surabondance de fluides blancs appelés dans ces parties, mais on ne pouvait considérer ces phénomènes comme morbides, et on ne les traita pas comme tels.

Trois ans plus tard, madame N. redevint enceinte, et les accidens qu’elle avait éprouvés dans sa première grossesse reparurent ; elle s’en inquiéta peu et attendait de sa délivrance le terme de ses incommodités. Les couches furent satisfaisantes sous tous les rapports, et l’on croyait qu’ après un ou deux mois de convalescence tout rentrerait dans l'ordre comme la première fois; mais cette espérance fut déçue, ét non seulement il y avait difficulté dans les mouvemens, mais la station verticale et la progression étaient devenues extrêmement douloureuses ; la malade devait rester continuellement étendue dans son lit où sur une chaise longue. On ne pouvait compter sur les seuls efforts de la nalure pour rétablir les choses dans leur état normal, car on voyait successivement la prédominance Iÿmphatique : s ‘étendre d'abord à toutes les grandes articulations des membres inférieurs, aux genoux, puis aux pieds, enfin aux jointures des orteils : heureusement les membres supérieurs ne furent pas envahis. Les médecins consultés déclarèrent unanimement que l'affection était rhumatismale, et la traitèrent par les applications de sangsues, le régime, les émolliens et les opiacés. Les accidens apparens restèrent stationnaires; mais la douleur s’exaspéra et se manifesta même pendant le repos le plus complet. Madame N. resta dans cette affigeante position pendant plus de deux ans, ne trouvant qu'un soulagement bien faible ou passager dans les nombreux remèdes qu' on mit successivement en usage: enfin on lui parla de ma Méthode curative, et elle me fit consulter. Je ne balançai pas à signaler les désordres articulaires comme éminemment ly mphatiques et à les traiter comme tels. Au bout de huit jours il n'existait plus de douleurs ; après trois semaines, les engorgemens articulaires a disparu aux orteils, aux pieds et aux genoux. La malade pouvait se pro-

mener dans sa chambre, soutenue par le bras; il n°y avait plus à à combattre la turgescence lymphatique que dans les articulations profondes du bassin, ce qui demanda encore quelque temps ; mais enfin, en moins de quatre mois, madame N. a recouvré une santé parfaite et se livre libre ment, tous les jours, non seulement à des occupations de

ménage, mais à des exercices particuliers, dont je lui ai recommandé l'emploi, pour faire reprendre aux articulations toute leur souplesse et leur mobilité naturelles.

Jya quaire ans, j'ai donné des soins, ayec le plus grand succès, à l'épouse de M. Henri Dallot, négociant, cloître Saint- -Jacques-l'Hôpital, à Paris. Cette dame, d’une constitution délicate et âgée de vingt-six ans seulement, se trouvait dans des circonstances analogues à celles qui caractérisèrent l'affection dont avait été atteinte madame N. He de Périgueux. (Voir l'observation qui précède. ) Lorsque je fus consulté sur l'état de madame Dallot, elle avait déjà suivi, sans résultat, les avis de MM. Marjolin, Sanson, Hervez-de- Chégoin, ainsi que de plusieurs autres praticiens habiles. Elle s'était même soumise, en désespoir de cause, au traitement dit naturel, d'un empirique qui avait tout promis et ne put rien tenir. Je ne devais donc pas garantir une guérison qu'il paraissait bien difficile d’obtenir ; mais, confiant dans. l'expérience que j'ai acquise de la puissante efficacité de ma Méthode curative externe, j'en conseillai l'emploi régulier pendant un mois. Dès le dixième jour des applications que je pratiquais tous les matins, pendant une heure et demie, le long de la colonne vertébrale, sur les hanches et les diverses articulations des os du bassin, il y eut une amélioration remarquable ; et, au bout de vingt-cinq jours, madame Dallot se livrait à la promenade, soit à pied, soit en voiture, et pouvait vaquer aux soins de sa maison, ce qui depuis plusieurs mois ne lui avait pas été possible, obligée qu'elle était de

rester constamment au lit, ou au moins étendue sur un canapé.

Plus de vingt mois après sa guérison madame Dallot est devenue enceinte; elle a fait une fausse couche accompagnée d’accidens graves, à trois mois de grossesse ; la convalescence a été longue, maïs cette dame n’est pas retombée dans l’état qui avait été la conséquence de son précédent accouchement, et elle est aujourd’hui en parfaite santé, malgré la délicatesse de sa constitution.

Tous les cas d’affections articulaires ne sont pas aussi tranchés que ceux qui précèdent; on rencontre même des malades qui éprouvent tout à la fois des accidens qui simulent des accès de goutte, des névralgies, enfin des troubles de la circulation lymphatique. Ces cas prouvent la corrélation intime qui existe entre ces trois ordres d’affections, que je regarde comme formant un même genre. Aussi ma Méthode curative n’est pas moins applicable aux unes qu'aux autres. Le fait suivant en est une preuve. Il m'a été fourni par un habitant de Versailles, qui me dépeignait son état en ces termes :

« Versailles, le 18 avril 1840, » Monsieur le Docteur,

» Ayant reçu ce matin votre Traité sur les affections nerveuses, j'en ai parcouru à la hâte les pages qui m'intéressent, et je m’empresse de vous envoyer un exposé de ma maladie, désirant suivre votre traitement.

» El y a plus de trois ans que la marche n'est rendue totalement impossible par des douleurs tantôt sourdes, tantôt aiguës, dans les articulations des deux pieds, principalement dans les chevilles du dehors et sur le versant des pieds. Lorsque les douleurs aiguës cèdent un peu et que l’enflure diminue, une forte inflammation s'ensuit, et des démangeaisons insupportables l’accompagnent. C'est alors qu'il reste un engourdissement continuel, et l'articulation du pied est privée de toute mobilité. J’ai, indépendamment de cela, dans la hanche gauche, une douleur d’un autre genre : on n'y aperçoit ni gonflement, ni inflammation, et elle ne devient aiguë

que lorsque les douleurs aux pieds me permettent de marcher un tant soit peu. Je jouis d’ailleurs d’un bon tempérament, etc.

» Je pense, Monsieur, que vous voudrez bien venir à Versailles dans le courant de la semaine, muni de tous les objets nécessaires à la première application de votre Méthode. Si les espérances que je fonde en elle se réalisent, ma guérison augmentera le nombre des belles cures que renferme votre Traité, et ne manquera pas d'avoir quelque retentissement dans notre ville... J'ai employé successivement jusqu'à ce jour, sangsues, émolliens, frictions, vapeurs, elc., etc., tout cela sans aucun succès.

» Veuillez m'indiquer le jour de votre visite, et recevoir l’assurance de ma parfaite considération.

» CHEVREUX, » Négociant en vins, à Versailles, place d’Hoche. »

Je me rendis au désir de M. Chevreux et le mis à même de suivre ma médication. J’eus bientôt la satisfaction de le voir venir à Paris me témoigner lui-même les avantages qu’il avait retirés de mes moyens curatifs. Bien qu’il ne fût pas complètement guéri, il put monter seul à mon appartement et marchait sans trop de difficultés, appuyé sur une canne : depuis trois ans, ainsi qu’il le dit dans sa lettre, la marche était tout-à-fait impossible.

Voici un fait rare de maladie lymphatique chez un adulte, dans lequel les accidens simulaient une affection rhumatismale des membres et une congestion pulmonaire. |

En septembre 1838, M. le docteur Bouneau, médecin de l'Hôpital des Enfans et des prisons de Paris, qui avait eu l’occasion d'apprécier la puissante efficacité de ma Méthode curative externe dans un cas grave d’angine de poitrine que J'avais été appelé à soigner, et dont le récit est consigné plus loin, parmi les observations de guérison de viscéralgies, me fit demander pour un de ses cliens, M. Bénard, maître serrurier, rue des Marais-Saint-Martin, n. 2.

Ce malade, âgé de trente-six à trente-huit ans, d’une forte constitution, se trouvait dans un état assez grave pour mettre ses jours en danger; cet état était caractérisé par les ac-

ie

cidens suivans : tuméfaction considérable des membres i in férieurs très douloureux au toucher, mais tuméfaction avec rénittence et non pas œdème conservant l'impression des doigts ; difficulté extrême de respirer, qui déterminait cette anxiété particulière qui est propre à la pleurodynie. M. Bouneau avait fait espérer à son malade qu’il retirerait immédiatement un très grand avantage de l'emploi de ma médication; mais, quelque confiant que je fusse dans cette médication, j'avoue que je n’osais partager toutes les espérances de mon honorable confrère. Néanmoins je procédai moimême aux applications qui, répétées sur la poitrine, sur le dos et sur les membres, deux et même trois fois par jour, produisirent une amélioration vraiment inattendue. Craignant toutefois que la complication qui existait du côté de la poitrine ne fût laffection prédominante, et que cette atteinte sur des organes dont les fonctions sont si importantes, réclamât plus directement notre attention que les accidens qui avaient lieu du côté des membres inférieurs, je suspendis, ou du moins j'éloignai les applications sur ces derniers, et me bornai en grande partie à agir sur le tronc. Il arriva malheureusement précisément le contraire de ce que nous avions prévu, c’est à dire que les phénomènes généraux si redoutables, qui s'étaient trouvés amendés dans le début du traitement, se reproduisirent avec une nouvelle intensité. Le malade, qui ne jugeait la médication que par ses effets immédiats, c’est à dire par les résultats de son application directe, nous assurait qu'il en était ainsi parce que je négligeais d'opérer sur les membres inférieurs.

Quelque contraire que fût cette manière de voir aux indications qui découlent naturellement des principes de l'art, en vertu desquels nous avions cherché, le docteur Bouneau et moi, à expliquer la maladie, nous fümes cependant obligés de sacrifier le raisonnement aux faits. Nous le fimes d'autant plus volontiers qu’il était effectivement resté bien évident pour nous qu'au début du traitement, le membre

EN

sur lequel | il avait été fait des applications reprenait aussi— tôt son volume et son apparence normales. Que devenaient alors Jes fluides blancs qui en déterminaient la tuméfaction ? N était-il pas à craindre à priori que leur refoulement des extrémités au centre n’augmentft l'embarras des organes respiratoires , et n'aggraval la dyspnée à à laquelle j'avais trouvé Je malade en proie à ma première visite ? Oui, sans doute, cette crainte était fondée pour nous qui regardions d abord l'affection de la poitrine comme primitive et l'état des

membres comme un effet consécutif ; mais elle cessait de l'être, quand, mieux éclairés par l'examen de toutes les phases de la maladie, et guidés surtout par l'efficacité du traitement, qui en médecine pratique est la véritable pierre de touche, nous nous arrètâmes à cette idée que | Jes phénomènes insolites morbides dépendaient uniquement d'un trouble de la circulation des fluides blancs. Aussi personnellement considérai-je la maladie comme une de ces phlegmasies blanches qu'on désigne assez généralement sous le nom d'alba dolens, et à laquelle était venu se joindre, comme épiphénomène, une congestion séreuse pulmonaire.

Quoi qu'il en soit, je repris, en dirigeant sur fous les points que j avais précédemment parcourus avec un ayan— tage si Marque, les divers moyens qui constituent ma médication, tels que les vaporisations, les frictions, les massages, secs ou balsamiques, et le succès fut immédiat. En persévérant dans l'emploi de ces moyens seulement une dizaine ( de jours, mais régulièrement matin et soir, tout danger fut conjuré, et le malade entra en pleine convalescence. Au bout d un mois le rétablissement était complet.

Depuis cinq ans M. Bénard jouit d’une bonne santé. J'ai eu plusieurs fois occasion de le voir et de recevoir ses témoignages de gratitude, car il ne s’est pas plus fait illusion sur le danger qu'i il à COUTU, que sur les avantages qu il a retirés de ma médication spéciale.

Beaucoup de médecins habitués, sur la foi des Traités

élémentaires, à ne voir dans la maladie habituellement désignée sous le nom de phlegmasia alba dolens, qu’une affection propre aux femmes, ne pouvant même se développer que sous l'influence d’un accident inhérent à la grossesse ou à l'accouchement, nient la possibilité de son existence chez les hommes, et contesteront probablement la dénomination que j'ai donnée à la lésion dont je viens de faire l’historique, et contre laquelle ma Méthode de traitement a eu des résultats aussi prononcés qu’inattendus. C’est une erreur qu’il est important de détruire, parce qu’elle peut conduire à de fausses données thérapeutiques. Sans doute l’irritation à laquelle sont exposés les tissus et les vaisseaux contenus dans le bassin, par le fait même de leur extrême compression dans le cours de la gestation ou d’un accouchement laborieux, est une des causes occasionnelles les. plus fréquentes de l’engorgement des membres inférieurs qui forme le caractère distinctif de l’alba dolens ; mais les causes occasionnelles du développement de cette lésion sont diverses et multipliées, tandis que la cause essentielle est toujours un trouble de l’innervation, une diathèse rhumatismale, et, partant, cette affection peut se déclarer chez l’homme aussi bien que chez la femme. Plusieurs faits, recueillis dans le cours de ma pratique, m’avaient conduit à cette opinion avant d’avoir eu occasion de la manifester au sujet de l'observation qui précède, et je vois avec satisfaction que plusieurs médecins la partagent aujourd'hui. En effet, M. le docteur Poncet, praticien distingué du département de la Loire, a adressé à la Société de Médecine de Bordeaux un Mémoire où se trouve le passage suivant : « Je pense que cette affection peut attaquer tous les âges, » tous les sexes... C’est une espèce particulière d'affection » rhumatismale fixée sur les articulations sacro-iliaques, qui » d’abord détermine l’inflammation de ces articulations, et, » par suite, celle des vaisseaux capillaires exhalans, des » vaisseaux et des glandes lymphatiques, etc. »

Cette opinion, que la phlegmasie alba dolens n’est pas le

résultat exclusif de la gestation ou de l'accouchement, est même, depuis quelques années, professée par plusieurs membres de notre Faculté, entre autres par M. Blandin, qui, dans le cours de décembre 1841, prenant cette affection pour le sujet d'une des brillantes leçons cliniques qu’il fait à l'Hôtel-Dieu, démontrait qu’elle pouvait être occasionnée par tout obstacle à la circulation veineuse de la cuisse. Enfin, M. le docteur Sorlin, chargé de rendre compte à la Société de Médecine pratique d’un Mémoire manuscrit adressé par le docteur Varlez, sur l’alba dolens, s'exprimait ainsi dans la séance du 4 août 1842 : « Cette tuméfaction, » sans coloration de la peau, affecte ordinairement un des » membres pelviens, jamais les deux à la fois; mais le gon- » flement peut occuper tout un côté du corps, la face et le » cou exceplés. Cette maladie survient ordinairement après » l'accouchement, mais cette condition n’est pas absolument » nécessaire, et on l'a observée chez des femmes à d’au- » tres époques; des hommes méme en ont été quelquefois » atteints. »

A la fin de décembre 1841, appelé à donner des soins à M. Gandolphe, banquier à Paris, pour un engorgement considérable d’un membre pelvien, je caractérisai la maladie phlegmasia alba dolens, sans pouvoir faire ranger à mon opinion M. le docteur Juge, médecin ordinaire du malade, qui, me disait-il, ne connaissait cette maladie que chez les femmes. Néanmoins cet honorable confrère, à la loyauté et aux bons procédés duquel je me plais à rendre un juste hommage, consentit à l'emploi de ma médication, qui lui parut très rationnelle, et qui fut très favorable au malade.

A l'observation qui précède je pourrais en ajouter une foule d'autres plus récentes, parmi lesquelles je choisis la Suivante, qui prouve jusqu’à la dernière évidence l’heureuse modification que les engorgemens lymphatiques peuvent re-

= 10 — cevoir de mes moyens, abstraction faite des phénomènes

SETÉAU ST TS apte Lit Vipis . EE 1IRANÉSES CUITS - D Ë : HF F7 morbides qui peuvent exister en mème temps qu'eux. Cette observation concerne un employé de l'administration des D RE SE Ed lle Th 7 + le 4 Er ii res D" ; ni LUS e à a. ci douanes, qui n’écrivait de Marseille le 9 mai 18/2 :

« Monsieur le Docteur,

» Arrivé à Marseille à l'âge de cinquante ans, après avoir constamment habité les provinces du nord de la France, l'Allemagne et la Hollande, sans la moindre infirmité,.le soleil; brûlant du Midi me fut d'autant plus insupportable, que mon obésité est extraordinaire (cinq pieds cinq pouces, poids de cent quatorze à cent vingt kilogrammes), et. peu en harmonie avec. des fonctionssactives en plein air. J'atiribue à la température trop élevée et à des alimens fort substantiels, très épicés, une atteinte de gravelle qui, après un violent mal de reins et des coliques néfrétiques, fut:earaetérisée par l'évacuation de calculs de différentes formes, dont les plus gros avaient le volume d’un pois, d'un haricot. Malheureusement, il s'en était forméun de telle dimension, que l'opération de la lithotritie fut inévitable; il y a de cela six mois. ÉORE PRRE A

» Continuant, comme par le passé, un régime alimentaire autant préservatif que possible, c'est depuis trois mois qu’une affection plus désespérante encore, puisqu'elle s'oppose à l'exercice de mon emploi, réclame, après diverses tentatives infructueuses, l'appel de vos moyens curatifs externes. Depuis quinze jours j'éprouvais dans Paine, de temps à autre, une douleur non aiguë, mais fort génante. Comme je ne me livre à aucun excès, je l’attribuai à un peu de fatigue et ne m'inquiélai pas de ce qui prit tout-à-coup un caractère sérieux. La douleur devint intense, continue, et il. y.eut un développement indiquant que le début n’était que le prélude d’une attaque plus grave : je me réveille en sursaut, par suite d’une souffrance qui me fit jeter les hauts cris pendant plusieurs jours par intervalles. La douleur partait du fond de l’aine, où elle était le plus violente, et s'étendait pour aller fortement retentir au milieu de la cuisse droite, et longeait faiblement pour montrer encore un peu de violence à quelques pouces au dessus de la cheville (côté interne). L’orteil paraissait enflammé, ét cependant il était glacé ainsi,que les doigts, et il n’y avait plus de pulsations. En me levant, la chair de la cuisse et du mollet me semblait détachée, et ce sentiment ne disparaissait qu'en me recouchant aussitôt.

» Parlons actuellement de l'effet des moyens employés pour combattre cette affection. Les bains chauds ont fait gonfler la jambe et la cuisse sans calmer lirritation ; les reins et le diaphragme se sont embarrassés. Des sangsues appliquées à l'anus ont prévenu Lengorgement qui commençait à se manifester à la cuisse et à la jambe droites. Les cataplasmes de graine de lin ont fait varier l'enfiure, qui.s’est divisée.en deux parties sur la cuisse, mais sans aucune amélioration. Des bouteilles en zinc, renfermant de l’eau chaude, ont ramené la circulation à l'extrémité du pied, et Porteil à repris

sa couleur naturelle. Des sangsues à la cuisse (devenue le centre du mal) ont redoublé le gonflement, que des compresses de flanelle, trempées dans l’eau et le vinaigre froids, font disparaître la nuit jusqu'à mon lever. Mais, malgré une guêtre en peau de chien lacée sur la jambe. nue, celle-ci est, ainsi que la cuisse, toujours à peu près au même point qu'auparavant, quand yient le soir, et maloré les plus grandes précautions. Le lit seul, de nuit comme de jour, .est mon remède souverain. 3: bo

» Je suis depuis trois mois au même point, et je suis d’une impatience qui me porte peut-être plus de préjudice que le mal même ; je n'entrevois pas de fin à ce malheureux état, Je me recommande donc à votre bienveillance, etc. gi |

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