‹ Méthode d'oraison: avec une nouvelle forme de méditations pour toute sorte d'étatsChapitre 22 sur 92 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

froid Insupportable ; qu'il faut laisser cet exercice à ceux qui n'en ont point d'autre^ et se contenter d'une dévotion commune. Nous ne voyons que trop souvent des âmes crédules^ qui se laissent surprendre à cette tentation^ et qui quittent Dieu de peur de déplaire i Dieu.

Pour remédier à un si grand mal il faut se persuader trois choses.

La première^ que de tous les remèdes qu'on peut apporter aux distractions^ le plus méchant et le plus pernicieux est de quitter l'oraison; c*est ce que prétend notre ennemi^ sachant bien que lorsqu'il aura coupé œ canal des grâces, il faut qu'une âme dessèche et qu'elle meure de faim faute de nourriture.

La seconde^ qu'il y a bien de la différence entre la consolation et la dévotion. La consolation est ordinairement dans les sens^ la dévotion est dans le cœur : la consolation passe, la dévotion demeure ; on peut avoir de la consolation sans dévotion ; on peut avoir aussi de la dévotion sans consolation. Dans les plus grandes aridités une âme peut être contente et abandonnée au bon plaisir de Dieu ^ et alors elle sera dans un souverain degré de dévotion : car la véritable dévotion, selon saint Thomas, est une disposition de la volonté déterminée à faire promptement, généreusement et constaomient, tout

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ce que Dieu désire d'elle. Ainsi Fon peut dire, qu'il n'y a rien de plus dévot qu'une personne qui n'a point de consolation et qui ne sent point de déyotion, pourru qu'elle soit fidèle à Toraison^ et qu'elle se contente d'être en la disposition où Ueu la met^ soit pour la punir, soit pour la sanctifier.

La troisième chose qu'il faut savoir, est qu'il n'7 a paâ tant de knal aux disfractions et aux désolation» qu'on B'imagine> mais bien plutôt que c'est une mine précieuse d'où l'on peut tirer des trésors infinis, pourvu qu'on en trouve la veine» Pour la découvrir, il faut savoir d'où viennent leê aridités et les distractions.

CHAFITRB VI.

Je fends un grand volame si je toulais rapporter ce que les Pères ont dit sur ce sujet. Saint Bonaventure en apporte cinq causes^ Gerson, dix-sept; on les peut réduire & trois : Dieu, rhomoie et le démon ^

Dieu ne fait rien que de bien ; il travailla toujours à notre salut^ soit qu'il s'approche de nous^ soit quli s'en âoigne; Tabsence du soleil est presque aussi nécessaire à la terre que sa présence^ Tune fait la nuit et l'autre le jour; la nuit n'est pas si belle que le jour^ mais elle est aussi nécessaire que le jour. Or Dieu se cache et se retire de nous pendant l'oraison pour plusieurs raisons.

La première est pour nous tenir dans l'humilité; Torgueil de Thomme est étrange, il ne peut rien et il se reut faire honneur de tout,

* D« Pro€en, lUUg., proc. 7, II. D0 Mytt TheoL

c'est une pure misère, et il ne croit point avoir besoin de miséricorde.

Si Dieu lui fait quelque grâce, il la regarde comme l'effet de son mérite ou de son industrie, et dérobe à son auteur la gloire qui lui en était;due; s'il prend un petit poisson, il sacrifie aussitôt à son filet, comme parle un prophète, au lieu de sacrifier à Dieu; et s'il remporte une victoire, au lieu de baiser la main du Seigneur, qui l'a gagnée, il baise la sienne, qui est, dit Job, un péché très-grand et une impiété semblable à celle d'un homme qui nierait un Dieu.

Or c'est pour lui faire connaître sa misère et sa dépendance, que Dieu retire ses consolations; il lui soustrait ses grâces tendres et affectueuses, pour lui en faire sentir la nécessité : c'est dans ces ténèbres qu'il lui découvre ce qu'il est, et dans ces aridités qu'il lui apprend i estimer et i demander ce qu'il n'a pas. f Mon » Dieu, disait le grand saint Augustin, que je me » connaisse, et que je vous connaisse. » On ne peut connaître Dieu, si on ne se connaît soimême, et on apprend à se conniditre dans l'école de la pauvreté.

On y apprend aussi le prix de la grâce : car c^est la rareté qui donne le prix et la valeur aux choses; l'abondance, dit Tertullieu, s'avi-

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