‹ Méthode d'oraison: avec une nouvelle forme de méditations pour toute sorte d'étatsChapitre 23 sur 92 · CHAPITRE VI. n · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. n

lit et se décrédite elle-même; pour savoir ce que vaut un bien, il faut Tavoir perdu. Si nous avions toujours cette manne du Ciel, peut-être que nous nous en dégoûterions comme les Juifs ; mais quand nous en sommes privés, nous commençons à connaître ce qu'elle vaut : ensuite nous la désirons avec plus de ferveur, nous la demandons avec plus d'humilité : nous la cherchons avec plus de soin, nous la trouvons avec plus de plaisir, nous la conservons avec plus de circonspection, de crainte et de vigilance. Oh ! que je crains, dit saint Bernard, que les ingrats ne soient abandonnés de la grâce, qu'ils ne considèrent pas comme grâce, mais comme un bien dont ils se croient seigneurs et propriétaires. Il parle de la grâce de dévotion que Dieu soustrait souvent aux bonnes âmes, leur laissant toujours celle qui est nécessaire pour résister aux tentations, et pour faire sa volonté.

Cette privation est sensible, mais elle est nécessaire, non-seulement pour nous maintenir dans rhumilité et pour nous faire estimer la grâce; mais encore pour accroître noire mérite : car, comme je dirai maintenant, nous ne méritons presque rien dans ces oraisons douces, tendres et affectueuses; cet état n'élève point une âme au-dessus d'elle-même ; la na-

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ture y trouve son compte et sa satisfactioa; c'est dans le pur amour, dans l'hiunilité et dans la patience que consiste le mérite : or la charité n'est presque jamais pure dans les attraits sensibles, humble dans l'éclat, patiente dans les plaisirs.

C'est pour cela que notre Seigneur laisse une âme dans ces ténèbres, dans ces désolations et dans ces aridités , comme il dit un jour à sainte Térèse. Cette sainte s'étonnait de voir des gens doctes se plaindre des aridités, tachant que l'âme honore plus Dieu dans cet état, qu*eQe y acquiert plus de mérite, et qu'elle y pratique toutes les vertus avec plus de perfection.

C'est encore le temps où Dieu reconnaît ceux qui lui sont fidèles et qui l'aiment d'un véritable amour. Plusieurs disent avec David, dans l'abondance des grâces, que rien n'est capable de les ébranler, et dans l'indigence on les voit troublés et abattus. D'autres protestent avec saint Pierre, lorsqu'ils sont à un festin, que jamais ils n'abandonneront leur maître, et dans la tentation ils le renoncent comme lui. La faiblesse de l'homme est inconcevable, et sa présomption l'est encore plus. Il s'aveugle luimême dans ses propres lumières, il s'oublie de sa pauvreté un moment après en être sorti, et

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