CHAPITRE VII. 5t
temps en temps Dieu leur fait sentir des douceurs que Pœil n'a point vues, ni l'oreille entendues, ni le cœur humain conçues, mais cela ne dure pas longtemps, d'autant que cette vie est •un temps de mérite. Le royaume de Dieu, dit saint Paul , ne consiste pas en ces douceurs sensibles , mais en la paix et en la joie du Saint-Esprit, qui repose doucement dans un cœur : ainsi quoique vous soyez distrait d'esprit, pourvu que vous ne le soyez point de cœur, il n'y a rien à craindre. Votre mal est que vous confondez ces deux sortes de distractions, et que vous ne distinguez pas deux sortes d'unions, l'une de l'esprit et l'autre du cœur : persuadez-vous donc que vous pouvez être uni intimement à Dieu de cœur, quoique vous ne le soyez pas d'esprit, et que toutes les distractions involontaires ne sauraient vous distraire et vous séparer de son amour.
Je sais bien cela > me dira quelque bonne âme, et cependant je ne suis point contente, je sens un fond de chagrin dans mon cœur qui rend toute mon oraison pleine d'amertume; d'où peut venir cela? Il n'est pas mal aisé d'en découvrir la cause, c'est que vous n'allez pas seule à l'oraison, vous y menez votre propre volonté avec vous. Vous voulez avoir de l'attention, vous ne voulez point ^Novt ô^fc ^^Vc^^-
tions; yous voulez sentir de la chaleur, vous ne voulez point sentir de froideur; vous voulez être dans les lumières, vous ne voulez point être dans les ténèbres ; vous voulez et vous ne voulez pas ; vous ne trouvez pas ce que vous voulez, vous trouvez ce que vous ne voulez pas ; quelle merveille si vous êtes troublée ? Otez cette propre volonté et vous n'aurez plus de chagrin, purifiez votre intention avant que d entrer en Toraison, ne cherchez pas votre satisfaction, mais celle de Dieu; acceptez tous les états où il lui plaira vous mettre, et persuadez-vous que tous les états sont bons où il n'y a point de péchés ; que Dieu est partout où vous ne vous trouvez point vous-même, qu'il remplit votre cœur à mesure qu'il se vide, qu'étant esprit il veut être adoré en esprit; que les unions sensibles sont dangereuses; que la fécondité suit la stérilité; qu'après la nuit viendra le jour, et que de toutes les oraisons que vous puissiez faire, la meilleure est de faire mourir vos désirs, ^t de mortifier vos passions : voilà le moyen de calmer votre âme et de dissiper le chagrin qui la possède; mais parce que toutes les distractions ne viennent pas des mêmes causes, il y faut apporter d'autres remèdes.