CHAPITRE XVI
mon; il faut se remplir pour se répandre, et s'unir à Dieu pour y attirer les autres. Peut-on sauver les âmes sans la grâce de Dieu î et n'estce pas par le canal de Toraison qu'elle découle ? On prétexte souvent l'impuissance, et à dire la vérité c'est un défaut de foi, de charité et de confiance. Ce n'est point tenter Dieu que de faire ce qu'il ordonne, et de s'unir à lui par la prière; c'est plutôtle tenter que de se promettre sa bénédiction, abandonnant l'exercice d'oraison; c'est vouloir combattre sans force, nourrir sans lait, conduire sans lumière : et il y a bien à craindre que ces personnes si zélées pour la gloire de Dieu, n'aient trop peu de zèle pour la leur, et n'aiment mieux perdre \em oraison que de risquer un peu de leur réputation.
mon Dieu ! on ne perd rien à vous servir, et vous honorez par trop ceux qui vous honorent : j'aurai toujours dans le cœur et dans l'es" prit la maxime d'un de vos serviteurs, qui disait qu'il aimait mieux perdre sa réputation que de perdre sa méditation, et faire un mauvais sermon que de faire une mauvaise oraison.
Soyez donc fidèle, âme dévote, à vous acquitter de vos exercices, quelque peine et quelque dégoût que vous y ressentiez, quelques affaires et quelques occupations que vous ayez. Si vous avez commis quelque infidélité, ne per-
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dez point courage, mais réparez votre faute par votre patience; la justice de Dieu doit être honorée des hommes aussi bien que ses autres perfections : nous Thonorons par nos peines : c'est elle qui met opposition aux grâces de la miséricorde; quand elle est satisfaite, il n'y a plus rien qui empêche Dieu de nous faire du bien; nous la contentons par notre humilité et par notre patience; voilà les victimes qu'il faut immoler sur son autel ; nous gagnons donc beaucoup, quand nous croyons tout perdre.
Enfin, souvenez- vous que c'est dans les stérilités de la nature que la grâce fait ses plus riches moissons ; que les opérations de Dieu ne sont jamais plus pures que lorsqu'elles sont moins sensibles; que jamais vous n'êtes plus proche de lui que lorsque vous vous en croyez plus éloigné, et que si vous êtes fidèle dans ce purgatoire de désolation, vous entrerez avant que de mourir dans le paradis de la consolation, où vous chanterez les louanges de Dieu, et vous direz avec le sage fils de Sirach : « Voyez » de vos yeux que j'ai un peu travaillé, et que B j'ai trouvé un grand repos. Ainsi-soit-il. o