‹ Méthode d'oraison: avec une nouvelle forme de méditations pour toute sorte d'étatsChapitre 70 sur 92 · DU RECUEILLEMENT · texte numérisé non relu

DU RECUEILLEMENT

Le juste périt, et personne rCy pense.

Tout le monde périt, faute d'y penser.

On ne rentre point dans soi-même.

On ne fait point de réflexion sur sa conduite.

On n'examine point les mouvements de son cœur.

On ne se défie point de la nature corrompue.

On ne veille point sur ses passions.

On ne se tient point sur ses gardes.

On ne se met point en défense contre son ennemi.

On se trouve damné, pour ainsi dire, sans y penser.

11 faut, pour se sauver, veiller incessamment

sur soi.

il faut se demander à toute heure ce qu'on a iait, et ce qu'on a dit.

Ce retour sur soi-même iious fait remarcpier nos fautes ;

Nous découvre noire fragilité;

Nous fait sentir notre misère ;

Nous établit dans Thumilité ]

Nous fait connaître nos vices;

Nous fait corriger le mal aussitôt qu'on Fa fait, et Tempèche de prendre racine dans Tâme.

L'oubli de Dieu

Est la source de tous les péchés.

La présence de Dieu

Est la mère de toutes les vertus.

Le recueillement de l'âme fait penser à Dieu.

Il sert de frein à une volonté déréglée.

Il règle les mouvements du cœur et des passions.

11 relève le poids de la nature, qui tend toujours en bas.

11 fixe la légèreté de notre esprit.

Il nous fait discerner les mouvements de la grâce.

Il nous fait agir avec prudence.

il nous découvre la marche de nos ennemis,

11 nous avertit de leur approche.

Il nous fait recourir à Dieu.

Une âme qui d'heure en heure rentre en

POUK LA ME ILLUIHNATIVE. t%1

elle-même, connaît ses péchés et en conçoit de l'horreur.

Elle -vit dans une grande pureté de conscience. '

Elle ne laisse rien entrer dans son âme qui la puisse souiller.

Gomme elle fait son examen à chaque heure, elle n'a presque pas besoin de s'examiner le soir.

Elle est toujours prête à se confesser.

. Elle est toujours en état de mourir.

Le recueillement empêche Tâme de se répandre au dehors.

Il la tient en tout temps unie à Dieu.

11 la remplit de joie, d'amour et de confiance.

Il exprime dans elle limage de Dieu.

Il édifie le prochain par sa modestie.

Il épouvante le démon par sa paix.

Il réjouit les anges par ^a tranquillité.

11 rend Thomme seml)lable à Dieu«

N'est-ce pas être en paradis que d'être toujours en la présence de Dieu?

XXIV« MÉDITATON.

DE L*ABANDONN£M£irr DE SOI-MÀME ENTRE L^

MAiMs DE Dieu.

Heureux rhommequi met sa confianeo eu Dieu;

Qui s'abandonne à sa Providence;

Qui se laisse conduire à sa sagesse ;

Qui se repose sur sa bonté ;

Rien ne le trouble, parce qu'il est sous la protection du Tout-Puissant.

Rien ne l'ébranlé, parce qu'il s'appuie sur un fonds immobile.

Rien ne s'oppose à ses désirs, parce qu'il ne désire que ce que Dieu veut.

Tout arrive selon sa volonté, parce qu'il veut tout ce qui lui arrive.

Une âme abandonnée à Dieu, dort avec Jésus- Christ dans la tempête.

Elle est tranquille dans les persécutions.

Elle travaille sans empressement.

Elle fait tout sans inquiétude.

Elle se repose entre les bras de son Sauveur. Elle D'à soin que de lui claire.

Elle lui recommande son corps et son esprit^ et meurt ainsi à tous ses désirs.

Dieu n'abandonne jamais une âme qui s'abandonne à lui.

1] en prend plus de soin que du reste des créatures.

n veille quand elle dort.

11 travaille quand elle se repose.

11 la conduit dans ses voyages.

Il la protège dans ses dangers.

11 la défend dans ses combats.

11 la porte dans ses faiblesses.

11 l'exauce dans ses prières.

11 pourvoit à toutes ses nécessités.

11 adoucit toutes ses peines.

11 apaise toutes ses douleurs.

il prévient tous ses désirs.

11 bénit tous ses desseins.

Il fait réussir toutes ses entreprises.

Ma fiUe^ lui dit Notre Seigneur, songez à moi et je songerai à vous.

Faites ma volonté, et je ferai la vôtre.

Faites mes affaires comme les vôtres :

El je ferai lès vôtres comme les miennes.

Demeurez en repos, et ne désirez rien.

Donnez-moi votre cœur, Et je vous donnerai le miôu.

Sdigaeur^ je ne sais où je suis.

Je ne sais ce que je fais.

Je ne sais si je me sauve.

Je ne sais si je me perds.

Je ne sais si j'avance.

Je ne sais si je recule.

Je ne sais que dire.

Je ne sais que penser.

Dans la confusion de mes pensées et dans le silence de ma bouche^ je vous dis sans vous rien dire :

Mon Dieuyje ne désire que vtms : mon Dieu, je m'abandonne à vous.

Seigneur^ mes amis me trahissent.

Mes ennemis me persécutent.

Je suis consumé de douleurs.

Je suis accablé de misères.

Je n'ai personne qui me console.

Je ne trouve personne qui m'assiste.

Je n'ai plus de goût daos mes dévotions.

Mon esprit est plongé dans les téoàbres.

Mon cœur nage dans Tamertune.

Toutes mes passions se révoltent.

Mes lumières s'évanouissent.

Mes tentations s'augmentent.

Mes forces diminuent.

Je suis sans consolation et sans appui.

* POUR LA Vffi IIXnMlNATlVE. Ht

Dans cette éésoktion extrême, tôtrt i» que je puis faire, est de rom dire :

Seigneur, toute ma cmfianee est eh tf^us : Seigneur, je m'abandûnne d vùns.

Suis-je en état de grâce T Suis-je en état de péché T Suis-je digne de haine ?

Suis-je digne d'amour î Ma mort sera-t-elle bonne ?

Ma mort sera-t-elle mauvaise ?

Serai-je sauvé î Serai-je damné î Irai-je au ciel î Irai-je en enfer ?

Tout cela m'est inconnu :

Mais rien de tout cela ne me trouble.

Je mets ma confiance en Dieu.

Je me repose sur sa miséricorde.

Je m'appuie.surles mérites de son fils.

Je lui recommande mon saint.

Je suis en paix quand je lui ai dit :

Seigneur, je ne veux que voits : Seigneur, je m'abandonne à vous.

Que je vive^ que je meure.

Que je vive longtemps.

Que je meure bientôt.

Que je sois sain, que je sois makde.

Que je sois riche^ que Je sois pauvre.

Que je sois estimé» que je ao\s tafeçftsfe.

Que je sois en paix^ que je sois en guerre.

Qu'on m'aime, qu'on me haïsse.

Qu'on me recherche ou qu'on m'abandonne.

Tout cela m'est indifférent.

Votre plaisir^ 6 mon Dieu, fait le mien.

Votre volonté est la mienne.

Toutes mes ténèbres se dissipent.

Toutes mes craintes s'évanouissent.

Toutes mes passions se calment.

Quand je vous ai dit de cœur et de bouche :

Seigneur, je suis content de vous.

Seigneur f je m'abandonne à vous.

Page 1