MÉDITATIONS POUR LA VIE UNITIVE
Mourons, j'en suis content, puisque Dieu le veut.
Mourons pour sa gloire.
Mourons pour son amour.
Mourons pour reconnaître les biens qu'il nous a faits.
Mourons pour satisfaire à sa justice que nous avons offensée.
Mourons en punition de nos péchés.
Mourons pour lui, puisqu'il est mort pour nous.
Mourons pour le voir, puisqu'on ne peut le voir sans mourir.
QUATRIÈME PiRTIE.
CAIVriQUES D'AMOUR.
l®"^ CANTIQUE d'aMOOR.
Dieu est dans moi, et je suis dans lui.
Dieu est à moi, et je suis à lui.
Dieu est pour moi, et je suis pour lui.
Dieu songe à moi, et je songe à lui.
Dieu repose en moi, et je repose en lui.
mon Dieu, mon tout î Qu'est-ce que je cherche et que je désire après vous?
n* CANTIQUE d'aMOUU.
Rien comme Dieu.
Rien plus que Dieu.
Rien après Dieu»
Rien avec Dieu.
Un à nu.
Seul à seul.
Tout à tout. Coeur à cœur.
mon Dieu !
Qu'y a-t-il, au ciel et en la terre, qui soit aimable comme tous?
II1« CANTIQUE d'amour.
Tout mon désir est de ne désirer rien.
Toute ma volonté est de ne vouloir rien.
Tout mon soin est de ne me soucier de rien.
Tout mon bien est de ne posséder rien.
J'ai trouvé le bien-aimé de mon cœur.
Je le tiens, je ne le laisserai point aller.
Je le cherchais hors de moi, et je l'ai trouvé dans moi.
Je le cherchais dans le tumulte, je l'ai trouvé dans la paix.
Je le cherchais dans mon esprit, et l'ai trouvé dans mon cœur.
Je le cherchais dans le jour, et je l'ai trouvé dans la nuit.
Je ne l'ai pas vu, mais \^ Va\ \o>\dci4»
CAîiTIQUES D'AMOUR. 197
Je ne Tai pas entendu, mais je l'ai embrassé. bien-heureux ceux qui sont ^p^elés aux noces de l'Agneau !
IVe CANTIQUE d'amour.
Je ne yois plus rien, et je vois tout
Je n'entends plus rien, et j'entends tout.
Je ne goûte plus rien, et je goûte tout.
Je ne sens plus rien, et je sens tout.
Je n'ai plus rien, et j'ai tout.
Je ne suis plus rien, et je suis tout.
le bien-aimé de mon cœur !
Vous êtes 4ans moi, quand je vous crois loin de moi.
Vous êtes esprit et non pas corps.
Vous êtes vérité et non pas figure. .
Si je me vuide, vous me remplirez.
Si je ne désire rien, vous me contenterez.
Vivre et ne point vivre.
Mourir et ne point mourâ.
Être et ne plus être.
Voir et ne plus voir.
Penser sans penser.
Vouloir sans vouloir.
Agir sans agir.
Souffrir sans souffrir.
Ce sont mystères d'amour, qu'on apprend dans l'école de l'amour.
Filles de Jérusalem,
Gardez-vous bien d'éveiller ma bien-aimée, laissez-la dans ce sommeil d'amour.
Mes chères compagnes,
Si vous rencontrez mon bien-aimé, dites lui que je languis d'amour.
Mettez-moi comme un sceau sur votre cœur;
Comme un sceau sur votre bras.
Car Tamour est fort comme la mort.
VI* CANTIQUE d'amour.
Dites-moi, mon bien- aimé, où vous prenez votre repos, où vous prenez votre repas?
C'est dans un cœur pur et détaché.
C'est là le lieu de mon repos.
C'est là le paradis de mes délices.
Point de bruit dans la maison de Dieu.
Silence dans le paradis.
Seigneur, je ne puis plus parler.
Depuis que vous m'avez parlé.
Je suis plein de pensées, et je n'ai plus de paroles.
Vous avez lié ma langue et interdit mes sens.
mon cœur !
Garde bien le trésor que tu possèdes.
L'époux entre les portes fermées.
Il sort quand elles sont ouvertes.
Ferme sur toi toutes les portes des sens.
Paix, silence, amour, secret.
Voilà ce qui met Tâme en sûreté.
J'ai tout perdu, je n'ai plus rien à perdre.
J'ai tout trouvé, je n'ai plus rien à chercher. Je suis content, je ne désire plus rien.
Je suis abandonné; je ne crains plus rien.
J'ai tout quitté pour Dieu.
J'ai tout trouvé en Dieu.
Il s'est donné à moi.
Je me suis donné à lui.
Il m'a visité la nuit dans le silence de mes pensées et de mes désirs.
Oh î que cette heure est douce !
Mais qu'elle est courte!
Que toute chair se taise en la présence du
Seigneur.
Vin« CANTIQUE D AMOUR.
Je ne sais où je suis.
Je ne sais d'où je viens.
Je ne sais où je vas.
Je ne sais ce que je deviendrai.
Je suis tombé du Ciel dans les enfers.
Mon Époux m'a abandonné.
Si je ne le vois, et si je ne le touche.
Je ne croirai point qu'il soit ressuscité.
Épouse iufidèle, pourquoi pleures-tu ?
L'Époux est au fond de ton cœur.
C'est là le paradis où il 3^est retiré.
Si tu ne quittes la chair, tu n'auras point l'esprit.
Si ta ne meurs aux sens, tu n'auras point sa grâce.
Si tu ne crois, tu ne le verras point.
Si tu n'espères, tu ne le toucheras point.
Heureux ceux qui ont cru, et qui n'ont point vu !
Pourquoi chercher le vivant parmi les morts.
L'esprit parmi les sens , Là grâce parmi la nature , La charité parmi les délices ?
Il te faut perdre quand il se perd , Te cacher quand il se cache.
Te détruire quand il se détruit, T'abandonner quand il t'abandonne.
Quiconque se perdra^ le trouvera.
ÏX« CANTIQUlï d'amour.
Je crois, je ne veux point voir.
J'espère, je ne veux point toucher.
J'aime uniquement pour aimer.
Je suis menacé de la mort.
Je suis environné de ténèbres.
Je suis battu de tempêtes.
Je suis aux portes de l'enfer.
L'amour est plus fort que la mort.
Il met son lit dans les ténèbres.
11 dort au miheu des tempêtes.
Il trouve le ciel dans l'enf^T.
Il porte partout son paradis.
II veut tout et ne veut rien.
Il possède tout^ et ne demande rien.
A qui Dieu est tout, tout le reste n'est rien.
Mon bien-aimé pense à moi et je pense toujours à lui.
Mon bien-aimé travaille pour moi, et je travaille toujours pour lui.
Mon bien-aimé se repose en moi, et je m® repose toujours en lui.
Mon cœur lui suffit, et il suffit à mon cœur.
Il est content de moi, pourvu que je sois content de lui.
Voici le cantique d'amour, que je chante nuit et jour:
Je n'ai qu'un soin, de n'en avoir point.
Je ne veux qu'un bien, de ne vouloir rien.
Vivre sans soin et sans désir.
C'est toute ma vie et tout mon plaisir.
Xi® CANTIQUE d'amour.
Qu'est-ce que je sens dans le fond de mon àmel
it-ce qui se passe au milieu de mon
loces se font en Cana.
a fait un miracle, il a changé Teau en
oux est entré à minuit, )ortes des sens étant fermées, vois sans le voir, connais sans le connaître, œil ne la point vu passer, oreille ne l'a point entendu marcher, ms Todeur de ses parfums, oùte le miel de ses douceurs, î touche sans le voir, j sens sans le sentir.
2la dure longtemps, le faudra mourir, rons-nons à la campagne, Qous voit, on nous entend, tions-nous dans la nuit, nce, point de bruit.
Xïl*. — CANTIQUE d'amour.
irez-vous de moi, mon bien-aimé.
is ne retirez pas votre amoxsct.
Retirez vos douceurs.
Laissez-moi vos douleurs.
Tirez votre paradis dans mon âme;
Ou tirez mon âme dans votre paradis.
Je ne puis avoir de joie.
Si je ne suis sur une croix.
Si vous ne me faites souffrir,
Vous m'allez faire mourir.
C'est assez de douceurs,
C'est trop peu de douleurs.
mon Dieu, mon amour.
Tout mon plaisir est de souffrir.
Tout mon désir est de mourir.
Mon âme.
Chante à jamais ce beau cantique d'amour.
Je veux contenter Dieu.
Je veux me contenter de Dieu.
XIlP. — CANTIQUE I) AMOUR.
Toute ma gloire est d'être méprisé pour vous.
Tout mon trésor est de ne posséder que vous.
Tout mour plaisir est de souffrir pour vous.
Je vis, je ne vis plus.
Il n'y a plus de moi dans moi.
Vous et moi nous ne sommes çlus cpi'an.
awnôUEs D'AMouii. 205
Toutes mes propriétés sont perdues.
Toutes mes substances sont détruites.
Tous mes désirs sont éteints ; Tout mon être, anéanti.
Je ne travaille plus que pour vous.
Je ne respire plus que par vous.
Je ne subsiste plus qu'en vous.
Vous dans moi, moi dans vous.
Vous pour moi, moi pour vous.
Etre où vous voulez.
Vouloir ce que vous voulez.
Faire ce que vous voulez.
Souffrir ce que vous voulez, C'est ce qui rend les hommes heureux et parfaits.