‹ Méthode dans les sciences médicales (analyse et synthèse): essai d'une étude historicoChapitre 1 sur 46 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

est pour la scieace deux époques essentiellement distinctes, dans la première elle recherche les faits, dans la seconde elle rapproche ces faits pour en tirer les conclusions. Lorsque ces deux époques se sont succédé dans un ordre convenable les sciences sont faites et bien faites. < Il est, en effet, également dangereux pour elle de deviner, pour ainsi dire, les idées générales avant qu'elles soient sorties elles-mêmes des observations déjà acquises et d'accumuler sans cesse des matériaux sans s'élever à uneidéegénérale.

^€ Je pense qu'il est de bonne philosophied'exclure ces eux genres d'esprit dans la même sévérité (1) ». A l'époqueoù Fiourens prononçait ces paroles, le monde scientifique était divisé en deux camps, deux écoles extrêmes : d'un côté les philosophes de la nature, qui régnaient surtout en Allemagne pour lesquels * philosopher sur la nature, c'est de la créer » ; de l'autre, l'école de Guvier, qui régnait surtout en France, école d'expérimentation pure et simple.

A l'heure ^u'il est, nous sommes encore en présence de deux écoles extrêmes: l'une ennemie d'analyse, d'expérimentation, mais qui est pour les théories a priori ; l'autre ennemie de toutes sortes de théories {'ipriori ou a posteriori), de vue d'ensemble, mais qui est pour l'expérimenlation pure et simple.

I 1. Fiourens, Anali/^c rlc Phi osoiihiv analoiiiique, Paris, IHIO.

Entre ces deux extrêmes se place la troisième, jeune, mais puissante, qui, tout en soumettant à une analyse impitoyable, tout phénomène capable d'être analysé, croit cependant avec Etienne Geoffroy Saint-Hilaire (1), e que la véritable moisson à retirer des grands champsde la nature, ce sont les idées philosophiques, magnifique récompense des plus nobles efforts, trésor des âmes fortes ».

C'est contre cette école d'analyse et de synthèse, école encore jeune, mais qui a déjà révolutionné les sciences médicales, les sciences naturelles, la biologie, la psychologie, la sociologie, c'est surtout contre elle que tendent aujourd'hui les efforts de tout ce qui est réuni sous la bannière de la réaction impuissante.

Chaque nouvelle découverte, chaque nouvelle idée est accueillie par des cris d'exaspération, d'indignation, au nom de la vérité éternelle (en leur possession), au nom de la religion, de la morale, choses, disons-le entre parenthèses, qui n'ont rien à faire dans les questions scientifiques.

Ces cris sont impuissants, ces eflorts sont inutiles.

Les persécutions au nom de la religion sont aussi impossibles que les calomnies (2), au nom de la morale sont vaines.

La méthode de déduction est morte, c'en est fini avec la domination despotique et pernicieuse de la philosophie transcendante sur les sciences

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