DES ACIDES, DES OXYDES ET DBS SBLS
Nous venons de voir que le système dualistlque repose sur une base très-incertaine, sur l'arrangement des atomes,
(49) et que les faits sont loin de s'accorder avec la théorie. Noos avons paiement vu que, dans la chimie organique au moins, iln^a ni classification ni nomenclature, et que les tentatives que l'on a faites pour classer certains composés, d'après la théorie des radicaux, se sont bornées à quelques groupes de corps qui avaient déjà été réunis d'après un autre point de vue. Je crois donc pouvoir essayer de proposer un autre système , sans risquer d'être accusé de venir jeter la perturbation au milieu d'une science réguliè* rement constituée.
Avant d^exposer mes idées sur ce sujet , il est nécessaire que, sur un des points fondamentaux de la chimie, le lecteur et moi nous soyons parfaitement d'accord. Je veux prouver que toutes les combinaisons d'un certain métal ont plus d'analogie avec les sels de zinc , que les sels de potassium n'en ont avec les sels d'argent , d'or et de platine.
Afin d'éviter l'inûuence que les préjugés et l'habitude exercent toujours sur nos jugements, j'appellerai X ce métal, dont je vais examiner quelques-uns des sels les plus communs.
Il possède plusieurs degrés d'oxydation; mais un seul, l'oxyde OX, forme des sels.
Ceux-ci sont incolores \ la plupart d'entre eux sont solubles , cristallisables, et renferment souvent de l'eau de cristallisation. On retrouve ces propriétés dans les sels de zinc , tandis que les sels d'argent sont ordinairement anhydres, et que la plupart des sels correspondants auriques et platiniques n'existent pas.
Voici quelle est l'action que la chaleur exerce sur quelques sels de X , de zinc , de potassium , d'argent, d'or et de platine :
Action de la chaleur s ar les chlorures, bromures^ iodures
de potassium nulle; très-peu volatib;
de X. . • • nulle; très-volatils;
de zinc nulle; assez volatils;
d'or et de platine. . . décomposés.
Action de la chaleur sur les sulfates
de potassium nulle;
de X , il se forme. . . SO' -H O H- OX;
de zinc SO* 4- O + OZ;
d'or, d'argent, plat. SO» -h O' -f- M.
Action de la chaleur rouge /ai b le sur les nitrates
de potassium nulle ou nitrite ;
de X, il se forme. . . N'O^ -+- O -h OX;
de zinc N»0< H- O H- OZ ;
d'argent N»0* -+■ O'-h Ag.
Action de la chaleur sur les formiates
de potass. , il se forme CO^ K -f- H' ;
deX C»0»4- H»0-f-OX;
de zinc C» 0' -h H' O -h OZ ;
d'argent CO -h CD' -h H' -h Ag.
X, par ses affinités, doil être placé sur la même ligne que le zinc-, ainsi, X décompose l'oxyde et le chlorure de zinc, et réciproquement le zinc peut décomposer l'oxyde et le chlorure de X.
Le zinc et X peuvent déplacer le cuivre, le plomb, le bismuth, l'argent , l'or et le platine de leurs sels.
Comme le zinc, X forme des fluo , chloro, bromo et iodobases qui peuvent se combiner avec les fluorides, les chlorides, etc.: ainsi Ton connaît un fluoborate, un fluosilicate, un aurochlorure, un platino-chlorure de X.
Comme le zinc , il forme de nombreux sels doubles avec le potassium, le sodium, le barium, etc.
Tous les sels de X peuvent, comme ceux du zinc, se combiner directement avec Tammoniaque et les autres alcaloïdes.
Son oxyde, comme celui de zinc, forme avec la potasse une combinaison soluble.
Ajoutons cependant que les sels de X paraissent être isomorphes avec ceux de potassium.
Il est inutile de poursuivre cette comparaison , qui se soutient dans toutes les circonstances et nous conduit à cette conclusion : Les sels de X ressemblent plus à ceux du zinc, que les sels de potassium ne ressemblent à ceux d^argent, d^or ou de platine *, enfin qu'il faut placer X dans la troisième section des métaux, vers le zinc.
Et cependant on range ce corps parmi les corps simples non métalliques, et ses sels sont exclus de la classe des sels. Si nous cherchons la cause de cette erreur , nous verrons qu'elle est due à Tétat physique de ce corps et de son oxyde : en effet , X est un corps gazeux, et son oxyde est liquide et très- volatil 5 en un mot, c'est Thydrogène.
Que Ton examine attentivement cette question , et Ton verra que si Thydrogène était fixe et si son oxyde était fixe et insoluble, personne ne songerait àTexclure des métaux, et on le placerait même parmi les métaux les plus élcctro- )>ositifs. En effet, Tacide chlorhydrique , par exen^ple, que Ton place à la tète des chlorides nous ne savons trop pourquoi, loin de se combiner avec les chlorobases , ne se combine qu'avec les chlorides -, l'acide fluorhydrique est une fluobasc qui ne se combine qu'avec les fluorides, absolument comme le fait le fluorure de potassium.
Il y a certes longtemps que quelques chimistes ont considéré les sels et les acides correspondants comme des corps qui appartiennent à un même type^ qu ils ont , par exemple, formulé Tacide sulfurique et le sulfate de potasse de
cette manière :
ou de celle-ci :
SO'-hOK,
M. Dumas est même allé jusqu'à penser que si Ton pouvait condenser Thydrogène, celui-ci aurait Taspect métallique.
Néanmoins, tout en admettant l'identité du type, ces chimistes ont constamment séparé les fonctions des acides et des sels, ou plutôt ils ont toujours divisé les corps composés en trois classes principales : les acides remplissant les fonctions électronégatives, les bases remplissant les fonctions électropositives, et les sels dans lesquels ces deux fonctions sont neutralisées.
Quant a moi , je ne vois pas de différence entre les acides (il s'agit, bien entendu, des sels d'hydrogène) et les sels, et j'ajoute que je n'en vois pas davantage entre ces deux espèces de corps et les oxydes. Les dissemblances que l'on peut signaler entre les acides, les oxydes et les sels , ne sont pas plus grandes, et souvent beaucoup moins grandes que celles qui existent, d'une part, entre un sel potassique et un sel platinique, et, de l'autre, entre un chlorure et un carbonate , ou entre un cyanure et un margarate.
Pour séparer les acides de tous les autres corps , on s'appuie ordinairement sur les réactions. En voyant l'énergie avec laquelle les acides ordinaires attaquent les métaux, les oxydes et les sels , on a été conduit, à considérer les acides comme des corps parfaitement distincts des oxydes, qui ont, dit-on, des propriétés opposées, et des sels dont l'action sur les autres corps est nulle, en général. Mais si l'on veut mettre toutes les réactions en équation , et sans hypothèses, l'on verra qu'elles ne diffèrent en rien , que ces réactions soient produites par des acides ou par des sels. On peut
même dire qu'il y a des sels tout aussi énergiques et même plus énergiques que les acides. Ainsi, les acides chlorhydrique etsulAiriquesont loin d'attaquer tous les métaux: eh bien, que l'on remplace ces acides par les sulfates ou chlorures ai^entique , aurique et plati nique, et à Tinstant les métaux inattaquables par les acides se dissoudront , taudis que Fargent, Tor ou le platine, au lieu de l'hydrogène, seront mis en liberté.
L^acide sulfurique attaque les oxydes; mais en quoi difiere-t-il des sulfates d'argent ou de platine qui attaquent ces mêmes oxydes? les deux réactions ne sont-elles pas absolument semblables :
SO H» -f- OK = SO^K -4- 0H% SO* Ag 4- OK = SO* K -+• O Ag.
Les nitrates ne sont-ils pas des corps aussi énergiques que l'acide nitrique. Les nitrates d'argent, de cuivre, de plomb, etc., n'attaquent-ils pas le fer, le zinc, le manganèse ?
Le nitrate de potasse n'attaque-t-il pas une foule de corps qui résistent à l'action de l'acide nitrique P
Dans tous les Traités de chimie, l'on examine séparément 1^ l'action des acides sur les oxydes; 2^ l'action des acides sur les sels; 3^ l'action des oxydes sur les sels ; 4^ l'action des sels sur les sels. En quoi toutes ces actions diffèrentelles ? Ne doit-on pas les réunir toutes en une seule : action des sels sur les sels?
En effet, que ces sels soient des combinaisons dihydro^ génium ou de potassium, des oxures ou des chlorures, des carbonates ou des margarates, les réactions sont toujours de la même nature, elles sont calquées les unes sur lesautres v c'est la loi de BerthoUet qui les régit.
Toutes les réactions suivantes se ressemblent :
CPF4-Pt )CPF+H' |S0*F -hCu )S0*F4-H';
OH' -4- SO* K 1 OCu -h SO* K { OH» -+- CP Ba ) OCu -h CP Bâ.
Les acides, ou les sels d'hydrogène , ont, je Taccorde, des propriétés spéciales, très -caractérisées, qui ne permettent pas de les confondre avec les sels de potassium ou d'argent^ les oxydes ont aussi des propriétés caractéristiques qui les distinguent très-fortement des nitrates ou des margarates. Mais les sels de potassium n'ont-ils pas des propriétés caractéristiques ? Qui pourrait confondre un sel d'or avec un sel d'un autre métal? S'il existe une différence entre l'oxyde et le carbonate de potassium , la diflférence qui existe entre ce dernier et le nitrate , ou le cyanure, ou le picrate de potasse, n'est-elle pas infiniment plus grande? Si l'alumine et son phosphate, qui se ressemblent tant, que les chimistes confondent si souvent, sont placés par eux k une très-grande distance l'un de l'autre , où mettront-ils donc le chlorure d'or qui ressemble si peu à lalumine et à son phosphate? S'il fallait établir une classification entre ces trois corps, je mettrais plutôt, dans la même classe, Yoxyde d'aluminium et son phosphate , le chlorure d'or dans ime autre*, ou bien, Voxure d'aluminium et le chlorure d'or dans une même classe, le phosphate dans une autre , plutôt que de mettre l'oxyde à part et de réunir le phosphate d'aluminium au chlorure d'or.
Que l'on retourne cette question dans tous les sens , et l'on verra que l'acide cblorhydrique , la potasse et le chlorure de potassium n'appartiennent qu'à une même classe , la classe des sels.
Si les chimistes ont établi une démarcation si profonde entre ces trois corps, cela tient tout simplement à Tétat physique de l'hydrogène et de l'eau, à l'abondance de cette dernière, à la facilité avec laquelle on peut l'éliminer par
la dessiccation, à rindiirérence que les chimistes et les induslriels attachent à sa présence dans la plupart des composés et des réactions chimiques, enGn à ce que Teau est employée comme dissolvant.
L'influence que la rareté ou Tabondance des matières exercent sur nos classifications est plus grande qu'on ne pourrait le croire.
Tous les chimistes sont assez indifférents sur la classification des sels de potasse; qu'on les place tous ensemble , ou qu'on les sépare en les répartissant dans les différentes catégories de sels, chlorures, sulfates, nitrate s, etc., cela les inquiète assez peu. S'agit-il des sels de palladium , on aime à les voir placés dans la même classe ; on voudrait avoir les molybdates ensemble ; on ne voudrait pas séparer la cinchonine de ses sels. Que l'on répartisse les acétates parmi les sels de potassium , de sodium , d'ammonium , ou qu'on les réunisse dans la même classe, on y tient peu, car l'acide acétique ne coûte pas cher ; mais s'agit-il des picrates , on ne veut plus les disséminer.
Après avoir réuni ce que les chimistes séparent, je vais maintenant séparer ce qu'ils réunissent.
Les acides anhydres et les acides hydratés sont toujours confondus et employés , théoriquement au moins , l'un pour l'autre. Cependant ces corps n'ont aucune analogie ; dans aucune circonstance ils ne se comportent de la même manière ; leurs fonctions sont entièrement différentes. Prenons l'acide sulfurique anhydre et le sulfate d'hydrogène comme exemple. Le premier ne se combine pas avec les métaux , le second s'y combine en dégageant de l'hydrogène ; le premier peut s'unir directement aux oxydes , le second donne lieu à une double décomposition . Le premier ne décompose pas les chlorures , et se combine avec quelques-uns d'entre eux ; \v second les décompose. Le premier ne donne pas de sulfate d'ammonium avec le carbonate anhydre d'ammoniaque \ le second en donne. Le premier forme avec les alcaloïdes de^
amides ou des acides amidés ^ le second donne naissance à des sels. Le premier se combine avec le chlorure d^ammonium ; le second le décompose. Le premier agit d'une certaine façon sur les alcools , les amides , les carbures dliydrogène^ le second agit d*une autre. Que Ton poursuive le parallèle aussi loin que Ton voudra , dans aucune circonstance il n'y aura d'analogie entre les réactions. Si Ton citait, contre cette manière de voir, la décomposition du carbonate de potasse par l'acide anhydre ou hydraté , je demanderais si l'action de l'oxamide sur la potasse es t la même que celle de Toxalate d'ammoniaque sur cette même base , et si l'on veut toujours faire abstraction , à cause de son bas prix, de Teau qui s^ajoute ou s'élimine.
Les acides anhydres et hydratés n'ont donc aucune analogie, et ils doivent être placés dans deux classes parfaitement distinctes. Cependant ce n'est pas sans motifs que les chimistes les réunissent, et ces corps ne sont pas sans avoir quelque chose de commun. Cela est vrai , mais les rapports qu'ils ont entre eux sont de même ordre que ceux qui existent entre le sulfure de cuivre et son sulfate, entre l'acide sulfurique et le soufre , entre l'acide anhydre et le sulfate de potasse , entre une molécule intégrante et ses molécules constituantes ; mais rien de plus. Ces rapports n'ont rien de commun avec ceux que l'on remarque entre le soufre, le sélénium et le tellure; entre les acides sulfureux et sélénieux; entre le sulfate de potasse et celui de soude. Le rapport qui réunit les premiers, c'est la présence du soufre; le rapport qui lie les seconds , c'est la similitude des fonctions.
Les acides sulfurique anhydre et hydraté ont ceci de commun , c'est qu'ils renferment l'un et l'autre du soufre cl de l'oxygène. Quant aux analogies de fonctions , ils n'en présentent pas.
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