‹ Méthode de chimieChapitre 50 sur 109 · SI · texte numérisé non relu

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( ,5o ) Voilà à peu près tous les sels des oxydes R'O* cristallisés, sauf deux ou trois. A la suite de ce tableau, il faudrait mettre les combinaisons exceptionnelles, comme le pissopbane 2S0*+ 5 AI*0'+ 3oAq; mais cela est inutile, car il suffit de remarquer que toutes ces combinaisons sont impures, incristallisables , terreuses , etc. , et que, par conséquent, l'on ne peut accorder aucune confiance aux formules qu'on leur attribue.

Sur les parasels et sur les silicates.

11 existe des sels , comme le bisulfate anhydre et le bichromate de potasse, quelques titanales, stannates, arsénites, tungstates, silicates, borates, etc. , dont la composition ne s'accorde pas avec les idées que nous venons d'émettre. La plupart de ces sels peuvent se représenter par un sel normal plus un excès d'acide anhydre. Nous avons vu que le sulfate acide de potasse aSO> -f- K*0 + H'O = aSO*KH rentre très-bien dans notre manière de voir; mais il n'eu est plus de même du stdfate anhydre 2S0'-hK*0 ou S0*K'-4-S0>.

Remarquons d^abord que Ton ne connaît aucune combinaison de ce genre parmi les sels monobasiques. Nous avons dit précédemment que les acides monobasiques ne donnent que très-rarement des sels acides ; mais , dans ce cas, l'excès d'acide est toujours à l'état de sel d'hydrogène ou , si Ton veut, d'hydrate. Ainsi, le biacétate de potasse renferme (OH«0»-i-K*0)-H(C*H*0»H-H«0), mais non (C*H«0» + K*0)-f-eH«0». Sil'on peut citer un oudeux sels de ce genre , leurs formules sont plus que suspectes.

Parmi les seb avec excès d'acide anhydre, il en est quelques-uns dont il ne faut pas tenir compte , ce sont ceux dont les acides anhydres sont fixes, et que l'on peut obtenir en fondant, dans certains rapports atomiques, ou en toutes proportions , l'acide avec la base. Rien ne nous prouve que

Ton ait affaire, dans ce cas, à des combinaisons plutôt qu'à des mélanges. Il en est de même des sels acides (à acide fixe) cristallisés qui peuvent donner, par la calcination, des sels avec excès d'acide anhydre, comme le borax par exemple (B*0»-<-Na*0) 4- (B'O» -|-H*0), qui laisse, par la fusion, (26*0* + Na*0) ; dans ce cas-ci , pas plus que dans le cas précédent , Ton ne sait s'il se forme une combinaison ou un mélange.

n faut encore retrancher des anomalies, les parasels, Tel est le nom que je donne à tous les sels dans le genre des meta, para, pyro, iso... phosphates, stannates, titanates, tartrates, etc.

Il resterait donc des tungstates, des silicates, quelques borates , tellurates , arsénites , chromâtes, et le bisulfate anhydre de potasse. De cette liste , nous pouvons encore retrancher les tungstates, car je me suis assuré que certains sels anomaux de ce genre n'étaient que des mélanges , et que les autres appartiennent à divers types de tungstates, c'est-à-dire que l'acide tungstique donne naissance à plusieurs acides soi-disant isomères, dans le genre des divers acides phosphoriques.

Il en est très-probablement de même des bi et quadritellurates anhydres. On sait, d'ailleurs, que l'acide tellurique se présente sous deux modifications différentes , et que les biteUurates hydratés, lorsqu'on leur a fait perdre l'eau qu'ils renferment, ne sont plus des biteUurates, mais bien des mélanges de tellurates neutres et de quadritellurates. Quant à ces derniers, ils sont loin de posséder les propriétés des tellurates acides; ils constituent certainement une classe particulière de sels analogues aux métaphosphatcs , aux paratungstates , etc.

Laissons pour un moment les silicates de coté , et il ne nous restera plus que quelques arsénites , quelques bichromates et les bisulfates anhydres de potasse et de soude. Puisque presque tous les sels, qui paraissaient faire excep-

tion, sont des parasels, nous sommes naturellement conduit à faire cette question : Est-ce que le bisulfate anhydre de potasse ne serait pas im parasel ] est-ce qu'il n'existerait pas deux acides sulfurîques, comme il y a deux acides stanniques?

Les modifications des acides phosphorique, tartrique, tungstique, etc., sont plus ou moins stables. Tel acide éprouve une modification sous Tinfluence de la chaleur rouge, tel autre i loo degrés ou plus bas encore; les uns éprouYçnt des laodifications spontanées dans l'espace de plusieurs mois, d'autres ne den^andent que quelques heures. Quelques-uns ne pourraient-ils pas se modifier dans un espace de temps plus court e^ même inappréciable?

J'ai vu que, lorsqu'on verse un peu d'acide ehlorhydrique dans un tungstate neutre, l'acide tungstique libre passe immédiatement à l'état d'acide paratungstique ou de paratungçtate. Verse»t-on, sur ce para tungstate cristallisé, à peine soluble, et légèrement humecté, quelques gouttes d'acide ehlorhydrique faible , il se dissout subitement sans laisser le plus léger trouble dans la liqueur ; mais au boutde quelques secondes , l'acide paratungstique soluble éprouve une modification, et trouble subitement la liqueur. N'en serait-il pas de même du bisulfate anhydre de potasse , qui serait un parasulfate S* O'' K*, et dont l'acide serait celui de Nordhausen, S'O^H*?

Cette supposition se trouve appuyée par un fait très-intéres3ant qui a été signalé par M. JacqueUin. Lorsqu'on fait dissoudre dans l'eau tiède le bisulfate anhydre et le l;>lsulfate hydraté, ces deux sels se déposent, par le refroidissement, en conservant leur composition primitive. Si nous considérons ces deux sels comme des sulfates ordinaires (aSO»-<-K« O) et (aSO'-f-K^O) -I- Aq, il nous sera difficile de comprendre un si singulier résultat. Admettonsnous, au contraire, que le premier est un parasulfate S" O^ K% et le second un sulfate SO* KH; alors ce fait ne

devra pas pins nous étonner que celui qui nous est offerl par le pyrophospbate neutre de soude P* O''^ Na^, et le phosphate ordinaire acide = P* O' Na* + H* O = PO* Na* H. La seule différence qui emie entre ces corps, c'est que le parasulfate de potasse a très-peu de stabilité , et se métamorphose facilement en sulfate acide en présence de Teau ; tandis que le pyrophosphate exige ou plus de temps , ou une plus forte ébullition , pour subir une métamorphose analogue.

N'en serait-il pas de même du bichromate et du trichromate de potasse qui seraient des parachromates, de quelques arsénites qui seraient des pararsénites? ne sait-on pas que Tacide arsénieux se présente avec plusieurs modifications différentes? Les silicates n'appartiendraient-ils pas à plusieurs types para, meta, iso... siliciques? En admettant que mon hypothèse sur le bisulfate de potasse ne soit pas bien fondée, il serait néanmoins nécessaire de distinguer ce sel et ses analogues par des formules particulières , et Ton pourrait les désigner sous le nom d^anfgrdrosels ; on dirait anhydrosulfate , anhydrochroraate , etc.

Jetons maintenant un coup d'oeil sur les silicates. Les formules par lesquelles les minéralogistes représentent la composition de ces sels sont tellement compliquées , tellement peu comparables aux formules de tous les autres sels , qu'il m'est impossible de les admettre. Mon-seulement je rejette les formules dans le genre de celle-ci , que l'on attribue à la cordiérite,

(aSiO' -4- 3Fe'0) -h 2 (SiO»-h A1^0>) -h 2{2Si(y -h 3 Mg'0)4- 3 (SiO^-^ A1<0»),

en tant qu'elles représenteraient l'arrangement des atomes , mais encore les formules brutes , en tant que représentant la composition centésimale de ces corps.

Pour arriver à la véritable composition des silicates , il y aurait plusieurç difficultés à résoudre , dont quelques-

( «54) unes me paraissent insurmontables dans Fétat actuel de la science. Je vais en passer quelques-unes en revue.

Égaieraient du silicium, — Diaprés Berzelius, Féquivaknt du silicium serait 92 , ou trois fois ce nombre. D'après les expériences de M. Pelouze, il faudrait le réduire à 87,5 , qui est un multiple de l'équivalent de Fhydrogène. Une si grande différence, si elle n'affecte pas la formule des silicates les plus simples , doit certainement jeter de l'incertitude sur les formules des silicates à plusieurs bases.

Formule de la silice. — Trois formules ont été proposées : Si O , Si O' et Si O*. Comment peut-on déterminer le poids des molécules des silicates , si Ton ignore le nombre d'atomes d'oxygène et de silicium que la silice renferme?

Silicates neutres. — En supposant la formule de la silice connue, on ignorerait encore la composition des silicates neutres. En adoptant SiO' pour la silice , les sels neutres renferment*ils Si O* -H M* O , ou 2 ou 3 M* O ? Persomie ne le sait.

Silicates hydratés. — Jusqu'à ce jour, les chimistes ont constamment considéré Teau des silicates comme de Teau de cristallisation. En voyant le rôle que l'eau joue dans les sels acides , il n'est pas permis de douter qu'un grand nombre de silicates renferment de l'eau basique. J'ai vu que quelques tungstates retiennent une certaine quantité d'eau basique, qu'ils ne perdent qu'à une température rouge , en perdant en même temps leurs propriétés caractéristiques ; 4 à 5 millièmes d'eau de plus ou de moins suffisent et pour altérer leurs propriétés et pour les faire passer d'un type à l'autre , c'est-à-dire pour changer leurs formules. Ne doit-il pas en être de même des silicates, surtout si l'on se rappelle qu'on a découvert récemment que quelques-uns de ces sels ne perdent toute leur eau qu'au rouge-blanc ?

Divers types silicates. — J'ai déjà fait remarquer que les sels polybasiques , les sels qui donnent des acides anhydres ^ les sels dont les acides sont Gxcs, peuvent se transformer

( '53) en parasels* Les silicates doivent être dans le même cas ; et à l'appui de cette opinion , on pent citer Texistence de l'a* cide silicique soluble et insoluble dans Feau, soluble et insoluble dans la potasse, et surtout celle des trois éthers siliciques. Un senl et même acide peut bien donner trois étbers, comme l'acide pbospborique; mais parmi ces trois combinaisons, une seule est neutre, les deux autres sont acides, et toutes les trois peuvent, dans la tbëorie de Fétbyle , se représenter par le même type, soit PO^E', PO^E*H et PO^EH*. Mais tel n'est pas le cas des ëtbers siliciques qui renferment (SiO+OE*), (aSîOH-OE*) et (4SiO-+.OE»). Si l'on suppose que c'est le même acide silicique qui est dans ces trois étbers , ceux-ci offrent alors une composition dont il n'existe pas d'autre exemple dans toute la cbimie.

Certainement, s'il existe des parasilicates, il doit être difficile aujourd*bui de le constater par Texpérience; mais qui sait si , en étudiant les silicates sous ce point de vue , en comparant leurs propriétés physiques et chimiques, en déterminant avec soin les divei'ses températures auxquelles ils perdent successivement leur eau, en constatant les changements de propriétés chimiques et physiques qui accompagnent cette perte d'eau , qui sait, dis-je, si Ton ne parviendra pas à grouper ces sels en plusieurs genres , tout comme Ton groupe les phosphates en phosphates , pyroy meta , ùo.,. phosphates?

Incertitude des analyses. — Au nombre des causes qui s'opposent à ce que l'on connaisse bien la formule brute des silicates , il faut citer les difficultés qui entourent leurs analyses. Veut-on analyser un sel simple , comme le chlorure de cuivre ? on fait deux analyses ; dans l'une on dose le chlore , dans Tautre le cuivre. Une précipitation , une filtration , une calcination suffisent pour chaque élément. Veut-on doser la magnésie ou la soude d'un silicate? voici la série d'opérations qu'il faut faire : Fusion au creuset avec la potasse, ou la baryte , ou l'oxyde de plomb *, dissolution ; traitement

par les acides^ évaporation à sec: disselntion et filtraiion ; précipitation de Talumine et de Toxyde de fer; filtratîon; précipitation de la chaux; filtration; évaporation à sec; transformation en sulfate; transformation en acétate; filtration ; transformation en carbonate par la calcinadon ; dissolution; filtration; dissolution du carbonate de magnésie; précipiution ; filtration ; calcination ; sans compter cent précautions.

Ajoutons rimpureté [des sels qu'il n'est pas possible de faire recristalliser; ajoutons encore que, dans an grand nombre de silicates , on a trouvé quelques millièmes et même i et a centièmes d'eau dont on n*a pas tenu compte, et que l'on a considérée comme de l'eau accidentelle; tandis que nous savons que 3 à 4 millièmes d'eau suffisent pour changer les propriétés et les formules des tungstates.

Incertitude du rôle des éléments. — J'ai déjà dit que l'on ignore si l'eau de tel ou tel silicate est de Teau basique ou de l'eau de cristallisation , ou de l'eau accidentelle ; j'ajoute quW ignore également le rôle qu'y jouent le fluor, l'acide borique et même les oxydes OR* et O' R^. Je reviendrai plus bas sur cette question. Comment, en présence de tant d'incertitudes, pourrait-on opposer, i notre manière de considérer les sels, la composition des silicates ?

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