CHAPITRE SIXIÈME
S I. IIS ijk sisscnavTiov.
n I^ DESCBIFTION sk GéNlSSAI,. — DSS DIYESSE8 SORTES DB DXB^ CBIPTIONS. — DES QUALITES DE LA DESCHIPTIOK : DU CHOIX DB8 DÉTAILS ; DB LA BICHE8SE ET DE LA PBIÉCISION J DB L*ABDEATXOII IT DE LA GHAUSUB; DB l'oFPOBTUHITB.
De 1» description en i^ènéral.
Nous avons fait connaître les lois de la composition Kttéraire; nous allons les appliquer aux genres de composition les plus usités, et dans lesquels il est indispensable à chacun de s'exercer. Ce sont les descriptions, les narrations (à Foccasion desquelles nous dirons quelques mots du dialogue), les lettres, et enfin les discours, genre de composition très-important, auquel ^n chapitre spécial sera consacré.
La description fait connaître un objet quelconque en détaillant les traits qui le caractérisent.
Lorsqu'on ne fait qu'indiquer rapidement les détails sans les développer, cette description abrégée prend le nom à.' esquisse. Ainsi, esquisser les mœurs d'un peuple, c'est retracer en peu de mots ce qu'elles ont de plus remarquable; les décrire, c'est en donner une notion complète.
Lorsque la description n'est pas d'une grande étendue et que les traits en sont fortement caractérisés, on peut rappeler tableau.
UO PKÉOXPTJ28. .
La description qui a pour objet un être animé s'appelle portrait^. Le portrait du cheval, du chien,, de l'oiseau-mouche, dans Buffon ; le portrait de Croniwell, celui du cardinal de Retz, dans Bossuet; la plupart de ceux de La Bruyèee, sfoal d'admiiahleB modèle».
Dm dlTenea mnim^ ëm deseriptions.
On décrit ou un objet réel ou un objet de fantaisie.
Dans le premier cas, la description doit être excite.
^'On dit alors que le tableau est fidèle, gue le ^[loi^trait «est ressemblarU.
Lorsque dans la description d'un lisu, dans le portrait d^une personne, les détails qui peuvent plaire paraissent encore plus agréables qu^fis ne le sont réellement*, tandis que les détails désagréables sont habilement dissimulés, sans que cependant la ressemblance cesse d'exister, on dit de la description qu'elle est embellie, au portrait,qu'il est flatté.Teh sont, en général, les portraits que les auteurs anglais font des honcmies •célèbres de leur pays; telle est La description que les Anglo- Américains font de la rade de Nevsr-York, qui, à les en croire, serait aussi belle que la baie de Naples : illusion de Tamoux-propre national.
Lorsqu'au contraire les détails désagréables sont exagérés avec intention, on dit que la description ou .lej[kortrait est une charge^ une caricature. Ainsi, d'une personne qui a le nez long et la bouche grande, on dit ^e sa bouche s'ouvre jusqu'aux deux oreilles et que «on nez va amoureusement caresser son menton. La caricature est un mauvais genre, et les hommes sens^ s'en abstiennent.
1. Voir ce que nous ayons dit du ' 9. Comme dans certains pottnâtt parallèle, chap. ii, $ 9. exécuta psi" Im peintres*
DESCRIBTI0H8, &ÉOITS, ETC. lU
La description d^un objet de fantaisie, ne pouvant être exacte, doit être naturelle^ c'est-à-dire que les détsÊib doivent êtie pris dans la natare^ s'accorder entre eax et former un ensemble qui, n'ayant rien d'impossible ni d'invraisemblable, nous fasse aisém^t iltasicm. Telle est, dans Tétémaquê^ la d»;ription de la gratte de Calypso.
Des amalilés de 1» 4wn«lptto«
Les qualités de la description sont : le choia^ et la ri- Aesse des détails, la précision, VanimaHan et la ehatmr, et enfin Vopportimité.
-Do choix dm détails*
Le premier mérite d'une description, aoit réelle, soit fantastique, consiiâte dans l^eureux choix des détails. Un objet se présente sous nulle aspects divers, selon le point de vue d'où on le coniidàre, et pour leptrodnire chacun de ces aspects, on a à choisir entre une infinité de traits plus ou moins saillants, dont les ims doivent dtce décrits, et les autres laissés dans l'ombre. Il faut surtout écarter les circonstances basses et triviales. Beil^u, en donnant ce précepte, fait sentir le ridicule d'im écrivain qui n'a pas eu l'observer :
rlTimitez point oe fcMi qtii, dôcfrivani lesinen, Et peignant, au milieu de lears flots entr'ouYerts, VBébtevL sauté du Joug de ses injustes maîtres*, 'liet, pour le voir passer, les poissons aux fe&tees^ ^eintle petit enfant qui va, saute, revient, TSX joyeux à sa môre offre un caillou qu^il Uent. Sur dé trop^aim o]>tets c*«t arrêter la vue.
l.'BaiSf9s4c»4MMKvfio9it pot lM.Hél»ew^a9B»iAtMiid^
lis PRÉCEPTES.
De la richesse et de la précision.
Le second mérite de la description, c'est qu'elle soit riche en détails, sans cependant que cette abondance dégénère en profusion. Si la sécheresse rebute, la prolixité fatigue. Boileau censure en vers admirables ces auteurs qui font une description poétique comme on fait un état des lieux :
Un auteur, quelquefois, trop plein de son objet» Jamais sans l'épuiser n'abandonne un sujet. S*il rencontre un palais, il m*en dépeint la &ce, Il me promène après de terrasse en terrasse : Ici s'ouvre un perron ; là règne un corridor ; Là ce balcon s'enferme en un balustre d'or ; Il compte des plafonds les ronds et les ovales : Ce ne sont que festons, ce ne sont qu'astragales. ... Je saute vingt feuillets pour en trouver la fin, Et Je me sauve à peine an travers du jardin. Fuyez de ces auteurs l'abondance stérile, Et ne vous chargez pas d'un détail inutile. Tout ce qu'on dit de trop est fade et rebutant.... Qui ne sait se borner ne sut jamais écrire.
De l'animation et de la chaleur.
Il ne suffit pas que la description soit heureuse dans le choix des circonstsgices, et qu'elle soit à la fois riche et sobre de détails : il faut qu'elle soit animée. Elle le sera de deux manières : d'abord, si elle peint l'objet avec des couleurs si vives, qu'elle le mette, pour ainsi dire, sous nos yeux; en second lieu, si elle môle habilement à la représentation des lieux ou des choses la pensée ou les affections des êtres vivants. Le plus riant paysage nous semble froid, si la présence de rhomme ou des animaux ne vient pas y répandre la vie. La description d'une tempête nous paraît bien plus inté* ressan te quand onnousmontre des navigateurs enpénl :
DK LA NARRATION. 233
Les rapides autans et, les fiers aquilons, Et les vents de l'Afrique en naufrages féconds. Tons bouleversent Tonde, et des mers turbulentes Boulent les vastes flots sur leui-s rives tremblantes On entenà des nochers les tristes hurlements \ Et des câbles froissés les affreux sifflements Sur la mer en courroux s'étend la nuit profonde. Le jour fuit, l'éclair brille et le tonnerre gronde • Et la terre et le ciel, et la fojidre et les flots. * Tout présente la mort auœ pdUs matelots .
(ViBGiiB, traduit par DxLiLLx.)
De l'opportunité.
Il faut aussi dans une composition un peu étendue gae les descriptions soient convenablement placées. Une description qui n'aurait pas avec le sujet un rapport réel, ne serait pas un ornement, mais un défaut^ une description qui aurait quelque rapport au sujet* mais qui serait placée hors de propos, de manière à refroidir Tintérêt ou à ralentir la marche de Touvraee serait plus nuisible qu'utile. '
Les plus belles descriptions de la nature se trouvent dans Fénelon», Buffon» et Bernardin de Saint-Pierre*.
S n. BU méoiT on be xjl samratios.
»B LA HABBAHON EN GÉNÉRAL. —DB LA V^KITE DANS LA HABBAnON. - DDBUTDBLA NABRATION.- DU TON ET DU STYLE CON- VENABLES ALANABBATION. — DES QUALITÉS DELA NABBATIQN • DE LA CLARTÉ; DE LA VBAISEMBLANCB ; DE LA BBIÈVETÉ: VB L INTERET. -- DE LA FORME DE LA NARRATION. - DBS KÉFLEXI0H8 DANS LE RECIT. -«.Aiva»
De la narration en urénéral.
Le récii ou narration est Toxposé d'un fait avec ses circonstances.
cm, Clameurs. 4, £j„^^, ^^ ;^ ^^^^^^^
MÉTU. DE COMP. g
m PBÉCEPTES
En considtemtile lédt rela1i?einentÂ;8D& objet; on . reconnaîtra qTi*il y en a de trois sortes. Ou Pon reproduit des faits véritables, avec sincérité et exactitude i c^est la narration histùrique; ou Ton raconte des faits purement imaginaires : tels sont les fables de La Fontaine, le Télèmaque de Fénelon : c'est Isl narration fa-buleuse, ou récit d'imagination; ou ea&a l'on raconte un fait dont' le fond et les principales circonstances sont vrais, mais dont on invente ou embellit les .détails pour donner au rédt plus d'étendue ou plusdje charme r c'est la narration mixte. Tel est le conte du meumer de Sans-Souci; tel est, dajou^ Delille, Tèpisode d'Abdo«lonyme; telles sont, en général, les narrations que Ton donne à faire aux élèves, dans les collèges, exercice éminemment propre à animer l'imaginatioa et à former le jugement»
La narration historique conserve plus particulièrement ce nom A^historique lorsqu'elle retrace avec simpUcité les faits, surtout dans l'intention de les faire connaître exactement tels qu'ils se sont passés : mais lorsque l'auteur a surtout pour but d'émouvoir et d'intéresser, et que, sans altérer lès circonstances, il choisit à dessein celle»- qoî peuvent^prodtiireiepteB d'^fEet; on dit que là narration est ora;oireu..Tels sont, dans Bosmet, les récite des batailief^de-Rocroyetide Frihourg,
Laplupart desrrécits oratoiresTentrent dans la dasse
des narrations historiques. 11 est môme des récits en
: vers qu'on peuA^ranBer-diiDs^k^nEàmmlasse. Ce sont
«eux dont aucuxL détail n'estd'inventiûa; Oûnunei, dans
Racine, la mort de Britannicus.
I W^ llK'féMIé tenir l»:n>wmUiMi.
En tout et avant tout, la narration historique doit
DB hà. ITASBATION. U5>
ttaBfidèk. Gelai qni nous adresse la parole eu qualité de témoin d'un tait, ou d'interprète des témoins, n'aie droit d'altérer aucune circonstance, encore moins d'en ajouter, fussent-elles insignifiantes. Un récit infidèle nons indigne et déshonore son auteur.
Four être toui à fait fidèle, il faut que la narration historique soit complète. Cela ne signifie pas qu'il faille tout dire et ne f^re grâce au lecteur d'aucun détail : ce serait un moyen assuré d'être ennuyeux. Cette règle Ogoifie qu'aucun trait important, propre à faire connaître la nature rentable des &its et les intentions des peosonnages, ne doit être omis, déguisé, dissimulé. Il ^ des cas où se t£Ûre, c'est mentir.
Le récit, cependant, peut être inexact sans quale oarrateur soit infidèle. S'il n'a pas bien tu les choses, s'il a été trompé, il est excusable, pourru qu'il soit sincàcB; mais personne ne doit se présenter comme l'histotien d'un fait sans avoir employé tous ses efîbrts aie bien connaître.
Ainsi la premièseloi du' sécit historique est la vérité.. Observer cette loi, c'est pour le narrateur un devoir de^ conscience.
Il y a aussi uoe^rar te de liériié relanùoe qui doit rtgner tes la narration? fabuleuse et dans la narration mixte ; conformer son récit à cette sorte de vérité est un devoir 9iin'intérease pas laxionscience, mais^ qpe le bon goût inijpose. Boileau a dit avec raison :
ffien n'*e8t bean qaele vrai, le vnû seul est aimable;. Il doit régner pûtoat^ et mèsne dans là Mie.
Masi, dans la narrati(m'iiiiiEte,.l0B}é!Kéii8m^ inK 9»taxit8 et k caradëra desthoniaies céiàbises âoiwat 4teiipréf»nté8 OQOD&nintofiBt^
Il ne serait pas permis, même dans le roman le plus [rivole, de donner à Louis XIV des idées basses, à Henri IV des sentiments timides, ou de représenter le massacre de la Saint-Barthélémy comme une l)elle action. Libre d'imaginer des incidents et de faire agir à son gré des personnages secondaires, le narrateur mettra tout ce qu'il invente en harmonie avec ce qui est vrai, et, dans ce sens, son récit aura de la vérité.
La même règle s'applique à la narration fabuleuse. Le langage que La Fontaine prête au Uon, au renard, à l'agneau, est toujours conforme au naturel connu de ces animaux et aux diverses qualités bonnes ou mauvaises dont ils sont parmi nous le symbole; et, en ce sens, on peut dire que ce langage est vrai. Donner au renard la loyauté, au chien la perfidie, ce ne serait pas varier la fiction, ce serait la fausser.
Dans les narrations fabuleuses et mixtes, comme dans la narration historique, la vérité doit être encore observée ;
D'abord, en ce qui regarde les sentiments, les positions, les caractères :
Ne faites point parler vos acteurs au hasard.
Un vieillard en jeune homme, un jeune homme en vieillard.