DE LA NARRATION
une conduite et un langage conformes aux habitudes et aux croyances de leur pays et de leur siècle. J Ce serait manquer à cette règle de supposer, par ;• exemple, des pluies abondantes en Egypte, un soleil : éclatant à Londres ; de donner à un païen des idées chrétiennes ; de placer, comme un peintre italien, autour d un tableau de la Présentation^ des soldats suisses avec leurs mousquets dans le temple de Jérusalem.
Iht but de la namtioB.
Si la narration historique a pour but de nous faire connaître les événements tels qu'ils se sont passés, et la narration mixte de graver dans notre souvenir un feit réel à l'aide des embellissements qui donnent du charme au récit, la narration fabuleuse aussi doit avoir un but sérieux; autrement elle ne serait qu'un frivole jeu d'esprit. Elle a pour but le plus ordinairement de développer une vérité morale : quelquefois de peindre les mœurs, les usages, les passions d'une époque, ou les diverses conditions de la vie humaine.
Dn ton et du style eonvenables à la aarratloii.
La narration, de quelque genre qu'elle soit, admet tous les tons, depuis une simplicité excessive, comme ta Cigale et la Fourmi, jusqu'à la plus sublime poésie, comme le récit de la mort d*Hippolyte, dans Racine.
Le choix du ton et du style est nécessairement déterminé par la nature du fait, par le genre d'effet qu'on veut produire. Celui qui veut inspirer la commisération, l'indignation, l'effroi, ne raconte pas comme celui qui veut amuser. L'anecdote du savetier et du fmncier doit être racontée dans un autre style que la ïïataille de Rocroy.
lis PRÉCEPTES.
II n*y a point à cet égard de règles à donner,. Le jugement et le goût sont les seuis guides de TéorivaiB.
Des qualités de la nArimtioB.
Les qualités nécessaires à toute narration sont la clarté, la i)rcdsemblance, la brièveté et VintérêL
De la clarté.
La qualité la plus indispensable d'un récit est évidemment la clarté.
Pour qu'un récit soit clair, il faut que les faits s'y succèdent dans leur ordre naturel, que les détails qui concourent à les expliquer soient groupés avec art, et que les circonstances qui distrairaient inutilement Tat^ tenUon soient écartées.
Un récit est confus ou même obscur, lorsque nous ne pouvons i)as distinguer nettement le rapport que quelques circonstances ont entre elles ou avec le fait principal ; lorsque les divers incidents s'embarrassent réciproquement, et que les uns nous font oublier les autres ; lorsque l'ordre des temps est maladroitembnt interta^ti ; }0Fsqa'on ne nous a ps^ ^fait parfaîtexoent comprendre ce que sont les personnages, les .lieux, les époques : toutes choses que le narrateur doit nous expliquer ou directement, ou quelquefois d'une manière indirecte et ingénieuse.
La multiplicité des incidents et des personnages dans ime narration nuit à la clarté.
Les gens qui en racontant s'interrompent, se reprennent, recommencent, ajoutent à ce qu'ils avaient dit» sont en général aussi obscurs qu'ennuyeux.
La vraisemblance y dans un récit, coiHliËie à produire
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laooBvîctioQ, £^il est bistoiique^ ; et Tiliusion, s'il est fabuleux ou 2nixte.
.La ^rraiaemblanee tient avant toutà la vérité absolue oa relative de» faits^ telle que nous Tavons expliquée iduahaut ; elle tient aussi à l'art du narrateur, qui doit disposer sourécit de manière à nous faire bien voir que tout est naturel dans l'exposé des choses, conséquent dans la conduite des personnages. Quelquefois l'omisma de quelques détails peut rendre invraisemblable le récit des choses les plus vraies, tondis qu'au coutiaise la combinaison ingénieuse des circonstanoes donne de la vraisemblance aux choses ks plus extra* ordinaires.
L-auteur doit surtout prendre garde de substituer son propre esprit, son propre langage à celui des per-^ sonnages qu'il met en scène; la vraisemblance dispaxaUrait.
Dans les récits âctifis, on doit éviter l'exagératioQ, ainsi que /l'accumulation des choses extraordinaires, car alors l'illusion ne serait plus possible.
Vesptii n^est point ému de ce qu*n ne croit pas.
De la brièveté.
La brièveté dans la narration consiste, non à expiir mer le fait en peu de motg, mais à rejeter tous les détails inutiles à l'intelligence du fait ou à l'intérêt du récit. On peut faire du même événement une narration courte en quatre pages, longue en quatre lignes. Cette seconde narration, en effet, sera longue, si elle contient des redites ou des circonstances inutiles : la première
1. C*e8t-à.-dire à raconter un fait fait mi, s'il est mal raconté ou ex« wai de manière à ce qu'il nous sem" posé d'une manière incomplètei peut ikmraif eonme il l'est «a eSet : un .fwaltse invnaitemàlaiU,
ISO PBÉGKFTBS.
sera courte, si elle ne dit rien de trop, et si elle est ai-s tachante depuis le commencement jusqu'à la fin.
Il importe de ne pas reprendre les événements de trop haut. Par exemple, si l'on a à raconter la bataille de Tolbiac, on ne débutera pas par la naissance de Glovis, ou par son mariage avec Glotilde, ou par un exposé des invasions antérieures des peuples germaniques dans la Gaule. A la vérité, il est très-souvent nécessaire, pour l'intelligence du récit, de rappeler en débutant des circonstances antérieures ; mais cet^ I sorte de préambule doit consister simplement en un i exposé rapide, sans qu'on insiste sur aucun trait, ni | qu'on remonte plus haut que la clarté ne l'exige.
n importe également de finir à propos. Quand le fait principal, objet de la narration, est raconté, et que la curiosité de l'auditoire est satisfaite, on doit s'arrêter. U est permis néanmoins, quand le fait a eu des conséquences importantes, de les indiquer rapidement: ceci n'est point alors allonger la narration, c'est la compléter. Ainsi, après le récit de la bataille de Tolbiac, quelques phrases vives et brillantes sur la conversion des Francs et sur les destinées réservées à Im France chrétienne seront parfaitement à leur place.
Dans le corps de la narration, on évitera les détails insignifiants, les réflexions inutiles, les redites ; on saura sous-entendre à propos ce qui n'est nécessaire ni à l'intérêt ni à la clarté du récit, et l'on ne se permettra pas de disgressions, à moins qu'elles ne soient indispensables.
Il y a digression^ quand on s'écarte du sujet qu'on traite pour en traiter un autre qui a quelques rapports avec le premier.
C'est ainsi qu'on est quelquefois obligé d'interrompre
DE LA NARBATIOXi Ul
la suite du récit pour donner, soit sur quelques coûtâmes nationales, soit sur toute autre circonstance, des explications sans lesquelles le fait ne serait pas bien compris.
Les digressions doivent être rares et courtes.
De rintérôt.
La narration intéressante est celle qui captive jusqu^à la fin l'attention de l'auditeur.
L'intérêt naît du fond môme du récit; mais il ne se soutient que par le talent du narrateur, qui sait, suivant la nature du sujet, Tanimer par la vivacité de Tesprit, ou par celle de la passion.
Il est un art d'éveiller la curiosité, de la tenir en haleine, de ménager les incidents prévus et imprévus, et de préparer le dénoûment. Cet art n'a pas de règles, il s'apprend par l'étude des bons écrivains.
L'habile narrateur n'insiste que sur les détails qui peuvent toucher et plaire, et glisse rapidement sur les autres. Il jette de la variété dans son œuvre, en entremêlant au narré des faits de courtes descriptions, des discours peu étendus, des dialogues. Il ne présente pas plus d'une fois la même situation, et ne cherche pas, non plus, à exciter deux fois des émotions de même nature. Tantôt il laisse planer sur son récit une sorte de mystère ; tantôt, pour mieux piquer la curiosité, il soulève adroitement un coin du voile. Il ne cesse de dominer son sujet, mais avec tant d'art, qu'on dirait que c'est son sujet qui le domine et l'entraîne.
De la forme de la naFration.
Quelquefois, au lieu de faire directement le récit, on le met dans la bouche d'une personnage qui est censé
nous faire la confidence de ses impremions et de sas aTeniores : tel est, dans Montesquieu, le récit de LjHb* maque.
Quelquefois, au lieu de remonter à Torigine des faits» on prend Taction à son milieu ou vers sa fin, et Fon fait connaitre, parles discours des personnages, ce qui a précédé ; comme dans Tagréable narration de Fénelon intitulée Aventures d^Aristonoûs.
On appelle épisode on récit détaché d'un plus grand, 'Comme, dans Téléfriaquey la mort d'Hercule. On appelle aussi épisodes les divers incidents du récit, comme •dans la bataille de Rocroy, par Bossuet, le sommeil de Condé, la marche de Beck, la mort du comte de Fontaines, etc.
Os» véOeadoiui dam le védt»
Les réflexions^ dans un récit, ne doivent être ni prodiguées, ni exprimées longuement, ni communes et triviales. Mais, quand elles viennent à propos, et qu'elles ont quelque chose de neuf et de piquant, elles ont le double mérite d'instruire et de plaire. Telles sont presque toutes celles dont La Fontaine a semé ses
n aimait les jardim, était prêtre 4e Flore V
Il rétait de Pomone encore*.
Ces dntx métiers sont hemix ; mais je vmMrais parmi
Quelque sage et discret ami.
lês jardins parlent peuy si ce n^est dans mon livre*
I. Cette exprestkm i>oëtrqîie si- 3. C'est-i-dire, il euUivaiS ISniûe : Il cultivait les fUurs, les ctrbres fruitiers.