‹ Méthode de composition et de style; ou, Principes de l'art d'écrire en français suivi d'un choixChapitre 39 sur 73 · LECTURE A HAUTE VOIX · texte numérisé non relu

LECTURE A HAUTE VOIX

transmettre aux autres. La rougeur , la pâleur, le mouvement des lèvres, le front, le sourire, ont leur éloquence.

Mais ce qui a plus d'expression encore, ce sont les yeux. Naturellement, la joie les rend plus vifs, et la tristesse les couvre comme d'un nuage. On les voit enflammés dans la colère, terribles dan« la menace, sévères dans les reproches, égarés dans la frayeur, élevés dans Tadmiration, baissés et comme obscurcis dans la honte.

De plus, la nature leur a donné les larmes, ces fidèles interprètes de notre cœur, qui tantôt les mouillent doucement, tantôt s'ouvrent impétueusement un passage, tantôt tombent goutte à goutte, rares et brûlantes.

Les principaux défauts à éviter sont d'avoir les yeux effarés, contraints, endormis, toujours fixes ou continnellement agités.

En cherchant à donner de Vexpressîon à ses traits, on doit éviter TafTectation, ou plutôt on ne doit pas rechercher cette expression : elle viendra naturellement, si Ton sent vivement ce qu'on dit; sinon, les efforts qu'on ferait n'auraient d'autre résultat que d'aboutir à d'odieuses ou ridicules grimaces.

De la timidité et de Vaimiranee.

Nous ajouterons une dernière observation.

LTiomme qui parle en public ou qui lit à haute voix doit montrer beaucoup de modestie, mais en môme temps une certaine assurance. Il ne doit pousser à Pexcès ni la crainte de déplaire, qui paralyserait ses forces, ni le désir de plaire, qui le conduirait à l'affectation dans sa prononciation et dans ses gestes.

Un peu de timidité, du reste, ne messîed à personne, et a même quelque grâce dans la jeunesse. Les hommes les plus distingués et les plus sûrs d'euxmêmes ne peuvent se défendre d'un léger frisson lorsqu'ils ouvrent la bouche devant une assemblée un peu nombreuse ; ce mouvement de crainte dure peu et fait promptement place à une noble assurance.

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