‹ Méthode de composition et de style; ou, Principes de l'art d'écrire en français suivi d'un choixChapitre 40 sur 73 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

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VÉriXIM BT PISTISGU1SB.

(Voir page 4.)

Les deux morceaux suivants présentent un modèle de Tart de définir et de distinguer.

Fénelon, parlant d« la philanthropie, diatingae la Traie d«' la fausse, et les définit toutes deux. D'Agu^sseau, dans un dieeoars dont l'objet est de recommander la science, distingue avec soin la science utile de Téradition indigeste et superflue, et les caractérise hatnlanwTit l'une et Tautre.

Jl y a deux manières de se donner aux hommes. La première est de se faire aimer d'eux, non pour être leur idole, mais pour employer leur cooEaoee à 1^ res^r^ boas. Cette philanthropie est toute divine. Il y en a une autre qui est une

1. Nons ne citons point dans cette édition que M. Gerozez, éà 14 Fa*

seconde partie les Fables de La Fon» culte des lettres de Paris, a enrl-

kiûte, indiquées dans la première, chie de notes pleines de goût, et

Il n'est personne qui ne doive avoir qai se trouve à la librairie de L. Ha«

les Fable» de La Fontaine à sa dis-, cnette et Cie. — 1 vol. ia-12. Prix,

position. Nous indiquons spéciale^ cartonné, 1 fir. 50 c. ment & nos lecteurs rexcellente

184 EXEMPLES ET fiCLÂIECISSEHERTS.

fausse monnaie, quand on se donne anx hommes ponr leur plaire, pour les éblouir, pour usurper de rautorité en les flattant. Ce n*est pas eux qu'on aime, c'est soi-même. Od n'agit que par vanité et par intérêt; on fiiit semblant de se donner pour posséder ceux à qui Ton fait accroire qu'on se donne à eux. Ce faux philanthrope est comme un pécheur qui jette un hameçon avec un appât : il paraît nourrir -les poissons, mais il les prend et les fait mourir. Tous les tyrans, tous les magistrats, tous les politiques qui ont de l'ambition paraissent bienfaisants et généreux ; ils paraissent se donner, et ils veulent prendre les peuples; ils jettent rhameçon dans les compagnies, dans les assemblées publiques; ils ne sont pas sociables pour l'intérêt des hommes, mais pour le leur propre. Ils ont un esprit flatteur, insinuant, artificieux, pour corrompre les mœurs des hommes et pour réduire en servitude tous ceux dont ils ont besoin. La corruption de ce qjïil y a de meilleur est le plus pernicieux de tous les maux. De tels hommes sont les pestes du genre humain. Au moins Tamour-propre d'un misanthrope n'est que sauvage et inutile au monde, mais celui de ces faux philanthropes est traître ettyrannique : ils promettent toutes les vertus de la société, et ils ne font de la société qu'un trafic dans lequel ils veulent tout attirer à eux et asservir tous les citoyens. Le misanthrope fait plus de peur et moins de mal. Un serpent qui se glisse entre les fleurs est plus à craindre qu'un animal sauvage qui s'enfuit vers sa tanière dès qu'il vous aperçoit. (Fênelon.)

U est une science peu digne des efforts de l'esprit humain; ou plutôt il est des savants peu estimables, de qui le bon sens parait comme accablé sous le poids d'une fatigante . érudition. L'art, qui ne doit qu'aider la nature, l'étouffé chez eux et la rend impuissante. On dirait qu'en apprenant les pensées des autres, ils se soient condamnés eux-mêmes à ne plus penser, et que la science leur ait fait perdre l'usage

de la raison. Chargés des richesses superflues,[souYent le nécessaire leur manque; ils savent tout ce qu'il faut ignorer, ils n'ignorent que ce qu'ils devraient savoir.

A Dieu ne plaise quWe telle science devienne F objet de nos veilles ! Mais ne cherchons point aussi à faire des défauts de quelques savants le crime de la science même.

D est une culture savante, il est un art ingénieux qui loin d'étouffer la nature et de la rendre stérile, augmente se^ forces et lui donne une heureuse fécondité ; une doctrine ju dicieuse, moins attentive à nous tracer l'histoire des pensées d'autrui qu'à nous apprendre à bien penser, qui nous met, pour ainsi dire, dans la pleine possession de notre raison, et qui semble nous la donner une seconde fois en nous apprenant à nous en servir ; enfin une science d'usage et de société qui n'amasse que pour répandre, et qui n'acquiert que pour donner. Profonde sans obscurité, riche sans confusion, vaste sans incertitude, elle éclaire les intelligences, elle étend les bornes de notre esprit, elle fixe et assure nos jugements.

(D'AbuESSEAU.)

Aatre exemple de définition

Uk IfeOIABASB*.

La mollesse est une langueur de l'âme, qui l'engourdit, et qni lui ôte toute force pour le bien; mais c'est une langueur traîtresse qui la passionne secrètement pour le mal, et qui cache sous la cendre un feu toujours prêt à tout embraser, n faut donc une fermeté mâle et vigoureuse, qui gourmande cette mollesse sans l'écouter jamais. Sitôt qu'on l'écoute, et qu'on marchande avec elle, tout est perdu. Elle fait môme autant de mal selon le monde que selon Dieu. Un homme mou ne peut jamais être qu'un pauvre homme, et, s'il se trouve dans de grandes places, il n'y sera que pour se

I. Voir relatiYement à cet exemple et mnz deux qui précèdent la page 81.

déshonorer. La mollesse ôte à rhomme tout ce qui peut fam les qualités éclatantes. Un homme mou n'est pas un houune, c'est une demi-femme. L'amour de ses commodités Tentraîne toujours, malgré ses plus grands intérêts. Il ne saurait cultiver ses talents, ni acquérir les connaissances nécessaires dans sa profession, ni s'assujettir de suite au travail dans les fonctions pénibles, ni se contraindre longtemps pour s'accommoder augoût et à l'humeur d'autrui, ni s'appliquer courageusement à se corriger.

C'est /e/>are55ewj: de l'Écriture, qui veut et ne veut pas *; qui veut de loin ce qu'il faut vouloir, mais à qui les mains tombent de langueur dès qu'il regarde 1§ travail de près. Que faire d'un tel homme? Il n'est bon à rien. Les affaires l'ennuient, la lecture sérieuse le fatigue, Tassiduité le gêne. H feudrait lui faire passer sa vie sur un lit de repos. Travaillet-il,les moments lui paraissent des heures. S'amuse-t-il, le» heures ne lui paraissent plus que des moments. Tout son temps lui échappe, il ne sait ce qu'il en fait; il le laisse couler comme l'eau sous les ponts. Demandez-lui ce qu'il a fait de sa matinée : il n'en sait rien, car il a vécu sans songer s'il vivait ; il a dormi le plus tard qu'il a pu, s'est habillé fort lentement, a parlé au premier venu, a fait trois tours dans sa chambre, a entendu nonchalamment la messe. Le dîner est venu : l'après-dlner se passa comme le matin, et toute la vie comme cette journée. Encore une fois un tel hoouai si'est bon à rien. (Fénelon, Correspondance»)

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