‹ Méthode de composition et de style; ou, Principes de l'art d'écrire en français suivi d'un choixChapitre 69 sur 73 · Première partie : Mon père était innocent · texte numérisé non relu

Première partie : Mon père était innocent

Deuxième partie : Mon père^ eût-il été le plus ooupable des hommes, a été mal jugé.

Troisième partie : Mon père, d'après Tétat du procès, ne pondait pas être bien jugé.

La première partie consiste dans le récit et dans l'examen des faits imputés au général ; l'orateur prouve invinciblement que, si son père a pu commettre quelques erreurs légères, l'ensemble de sa conduite est irréprochable; qu'il a toujours fait preuve de loyauté, d*habileté, de courage, et que les malheurs qui sont arrivés dans l'Inde doivent être imputés précisément aux hommes qui ont voulu le faire paraître coupable pour cacher leurs propres malversations et leurs propres crimes.

La seconde partie est divisée en sept points :

10 Ridicule odieux dans la base du procès, nullité radicale et absolue dans toute la procédure.

2" Excès de pouvoir de la part des juges.

3" Renversement de tontes les lois dans Tinformation.

4* Injustice, infidélité, inhumanité dans le refus d'un conseil ^

5* Partialité outrée, emportements, fureur dans l'instruction '.

6* Rapidité scandaleuse dans le jugement, dénis de justice multipliés.

70 Faux dans Tarrêt; absurdité dans l'énoncé du jugement, nonexistence du délit.

Dans la troisième partie, l'orateur apporte deux raisons principales : 1<* Le parlement n'avait été autorisé qu'à instruire sur trois chefs d'accusation : concussion, haute trahison, abus d'autorité; et il s'est attribué le droit de juger la conduite militaire du général. 2** Le parlement, se transformant ainsi en cour martiale, n'avait pas les connaissances nécessaires pour juger les opérations d'un général d'armée.

Après s'être montré dans ces trois parties narrateur intéressant et fidèle et rigoureux logicien, l'orateur transporte tous les cœurs d'indignation en détaillant tout ce qu'il 7 a eu d'inique, de terrible, de douloureux dans les tourments infligés à son père.

11 termine par une péçoraison pathétique.

Éloquence politique.

(Voir page 148.)

DISCOURS W KARÊCHAIi DE IIIROIV^ A HENBI IV*

Dans les premiers jours de son règne, en 1689, Henri IV, n'ayant c[ue 4000 hommes auprès d'Arqués , avait en tête 20 000 hommes

1. On ne voulut pas permettre à hommes qui auraient été reconnus

Taccusé de se faire assister d'un comme coupables, si Lally avait été

avocat. déclaré innocent.

S. Le magistrat chargé de Tins- 8. Père de celui qui fut condamné

truction était procheparent d'un des i mort.

oomimndés par le duc de Mayenne. On conseillait au roi de passer en Angleterre. Biron combat cette proposition.

Quoi ! sire, on vous conseille de monter sur mer, comme s'il n'y avait pas d'autre moyen de conserver votre royaume que de le quitter! Si vous n'étiez pas en France, il faudrait percer au travers de tous les hasards et de tous les obstacles pour y venir; et, maintenant que vous y êtes, on voudrait que vous en sortissiez ; et vos amis seraient d'avis que vous fissipz de votre bon gré ce que les plus grands efforts de vos ennemis ne sauraient vous contraindre de faire I

En l'état où vous êtes, sortir seulement de la France pour vingt- quatre heures, c'est s'en bannir pour jamais.

Le péril, au reste, n'est pas si grand qu'on vous le dépeint ; ceux qui nous pensent envelopper sont, ou ceux mêmes que nous avons tenus enfermés si lâchement à Paris, ou gens qui ne valent pas mieux, et qui auront plus d'affaires , entre eux-mêmes que contre noXis. Enfin, sire, nous sommes en France; il faut nous y enterrer : il s'agit d'un royaume, il faut l'emporter, ou y perdre la vie; et quand même il n'y aurait point d'autre sûreté pour votre personne sacrée que la fuite, je sais bien que vous aimeriez mieux mille fois mourir de pied ferme que de vous sauver par ce moyen. Votre Majesté ne souffrirait jamais qu'on dit qu'un cadet de la maison de l^orraine* lui aurait fait perdre terre, encore moins qu'on Ja vît mendier à la porte d'un prince étranger.

Non, sire, il n'y a ni couronne ni honneur pour vous au delà de la^mer. Si vous allez au-devant du secours de l'Angleterre, il reculera; si vous vous présentez au port de la Rochelle en homme qui se sauve, vous n'y trouverez que des reproches et du mépris.

Je ne puis croire que vous deviez plutôt fier votre personne à la merci des flots et de l'étranger, qu'à tant de braves gentilshommes et tant de vieux soldats qui sont

1. Le duc de Mayenne, arrière-petit- fils du duc de Lorraine René H.

prêts à lui servir de remparts et de boucliers; et je suis trop serviteur de Votre Majesté pour lui dissimuler que, si elle cherchait sa sûreté ailleurs que dans la vertu, ils seraient obligés de chercher la leur dans un autre parti que le sien. (Mézeray, Hittoire de France.]

Biiscoints vm mirabbjlv smi ïïJk conTmiBvnoif i»u qvjublt.

Rassemblée constituante était rénnie depuis cinq mois et n*avait etteore rien fait, ni pour le payement de la dette publique, qui était éaoxokèj ni pour les dépenses ordinaires de Tadministration. Les <3ais«eB publiques étaient absolument yides. Le ministre des finances Necker proposa à l'Assemblée &e voter Immédiatement la oontribution du quart du revenu de cbaque citoyen. On discutait sur son projet, on en proposait d'autres ; rien n^avançait : la situation devenait de pfatt on pins dangereuse. Mirabeau parut à la tribune et entraîna le Tote de l'Assemblée par le diseoun dont nous alloiid transcrire les plus beaux passages.

Messieurs,

Au milieu de tant d^ débats tumultuefux, ne pourrais-je donc pas ramener à la délibération du jour par un petit nombre de questions bien simples?

Daignez, messieurs, daignez me répondre.

Le ministre des finances ne vous a-t-il pas offert le tableau effrayant de notre situation actuelle? Ne teous a-t*il pas dit que tout délai aggravait le péril? qu'un jour, une heure, un instant, pouvait le rendre mortel?

Avons-nous un plan à substituer à celui qu'il nous propose? Oui, a crié quelqu'un dans l'Assemblée. Je conjure celui qui répond oui, de considérer que son plan n'est pas connu ^ qu'il faut du temps pour le développer, l'exspoiiner, le démontrer; que, fut-il immédiatement soumis à notre délibération, son auteur a pu se tromper; que, quand tout le monde a tort, tout le monde a raison ; qu'il se pourrait donc que l'auteur de cet autre projet, même en ayant raison, eût tort contre tout le monde, puisque, sans l'assentiment de Topinion publique, le plus grand talent ne saurait triompher

«8 EXEMPLES ET SCLAIRGISSEMENTS.

des circonstances.... Et moi aussi je ne croyais pas les moyens de M. Necker les meilleurs possibles ; mais le ciel me préserve, dans une situation si critique^ d'opposer les miens aux siens I...

Il faut donc en revenir au plan de M. Necker. Mais avonsnous le temps de l'examiner^ d'en sonder les bases, de vérifier ses calculs? Non, non, mille fois non. D'insignifiantes questions, des conjectures hasardées, des tâtonne*' ments infidèles, voilà tout ce qui dans ce moment est en notre pouvoir. Manquer le moment décisif, acharner notre amour-propre à changer quelque chose à un ensemble que nous n*avons pas même conçu, et diminuer par notre intervention indiscrète l'influence d'un ministre dont le crédit financier est et doit être plus grand que le nôtre.... messieurs, certainement il n'y a là ni sagesse ni prévoyance.... Mais du moins y a-t-il de la bonne foi?...

Oh! si des déclarations moins solennelles ne garantissaient pas notre respect pour la foi publique, notre horreur pour l'infâme mot de banqueroute*, j'oserais scruter les motifs secrets, et peut-être, hélas! ignorés de nousmêmes, qui nous font si imprudemment reculer au moment de proclamer l'acte d'un grand dévouement, certainement inefficace s'il n'est pas rapide et vraiment abandonné*. Je dirai à ceux qui se familiarisent peut-être avec l'idée de manquer aux engagements publics, par la crainte de l'excès des sacrifices, par la terreur de l'impôt : « Qu'est-ce donc que la banqueroute, si ce n'est le plus cruel, le plus inique, le plus inégal, le plus désastreux des impôts?... » Mes amis, écoutez un mot, un seul mot. .

Deux siècles d'incurie et de déprédations ont creusé le gouffre où le royaume est près de s'engloutir. Il faut le combler, ce gouffre effroyable. Eh bien! voici la liste des propriétaires français. Choisissez parmi les plus riches, afin de sacrifier moins de citoyens. Mais choisissez, car ne faut-il

1. Précaution oratoire. Voir 3. Spontané et sans réserre. page U3.

pas qu'un petit nombre périsse pour sauver la masse du peuple? Allons, ces deux mille notables possèdent de quoi combler le déficit. Ramenez Tordre dans vos finances, la paix et la prospérité dans le royaume. Frappez, immolez sans pitié ces tristes victimes, précipitez-les dans l'abîme; il va se refermer.... Vous reculez d'horreur.... Hommes inconséquents, hommes pusillanimes! eh! ne voyez- vous donc pas qu'en décrétant la banqueroute, ou, ce qui est plus odieux encore, en la rendant inévitable sans la décréter, vous vous souillez d'un acte mille fois plus criminel, et, chose inconcevable! gratuitement criminel : car enfin, cet horrible sacrifice ferait du moins disparaître le déficit. Mais croyez-vous, parce que vous n'aurez pas payé, que vous ne devrez plus rien? croyez- vous que les milliers, les millions d'hommes qui perdront en un instant, par l'explosion terrible ou par ses contre-coups, tout ce qui faisait la consolation de leur vie, et peut-être leur unique moyen de la sustenter, vous laisseront paisiblement jouir de votre crime? Contemplateurs stoïques des maux incalculables que cette catastrophe vomira sur la France , impassibles égoïstes qui pensez que ces convulsions du désespoir ou de la misère passeront comme tant d'autres, et d'autant plus rapidement qu'elles seront plus violentes, êtes-vous bien sûrs que tant d'hommes sans pain vous laisseront tranquillement savourer les mets dont vous n'aurez voulu diminuer ni le nombre ni la délicatesse? Non, vous périrez; et, dans la conflagration universelle que vous ne frémissez pas d'allumer, la perte de votre honneur ne sauvera pas une seule de vos détestables jouissances.

Voilà où nous marchons.... J'entends parler de patriotisme, d'invocation au patriotisme. Ah ! ne prostituez pas ces mots de patrie et de patriotisme. Il est donc bien magnanime, l'effort de donner une portion de son revenu pour sauver tout ce qu'on possède! Eh! messieurs, ce n'est là que de la simple arithmétique, et celui qui hésitera ne peut désarmer l'indignation que par le mépris que doit inspirer

sa stupidité. Oui, messieurs, c'est la prudence la plus ordinaire, la sagesse la plus triviale, c'est votre intérêt le plus grossier que j'invoque. Je ne vous dis plus comme autrefois : « Donnerez-vous les premiers aux nations le spectacle d'un peuple assemblé pour manqpier à la foi publique? » Je ne vous dis plus : « Ehl quel titre avez-vous à la liberté, quels moyens vous resteront pour la maintenir , si , dès votre premier pas, vous surpassez les turpitudes des gouvernements les plus corrompus?... » Je vous dis : « Vous serez tous entraînés dans la ruine universelle; et les premiers intéressés au sacrifice que le gouvernement vous demande, c'est vous-mêmes. »

Votez donc ce subside extraordinaire, et puisse-t-il être suffisant? Votez-le, parce que si vous avez des doutes sur les moyens (doutes vagues et non éclaircis), vous n'en avez pas sur sa nécessité et sur votre impuissance à le remplacer, immédiatement du moins. Votez-le, parce que les circonstances publiques ne souffrent aucun retard, et que nous serions comptables de tout délai. Gardez-vous de demander du temps; le malheur n'en accorde jamais.... Eh! messieurs, à* propos d'une ridicule motion du Palais- Royal, d'une risible insurrection qui n'eut jamais d'importance que dans les imaginations faibles, ou dans les desseins pervers de quelques hommes de mauvaise foi, vous avez entendu naguère ces mots forcenés : Catilina est aux portes de Rome et Von délibère * ! Et certes, il n'y avait autour de nous ni Catilina, ni périls, ni factions, ni Rome..,. Mais aujourd'hui la banqueroute, la hideuse banqueroute est là; elle menace de consumer vous, vos propriétés, votre honneur, et vous délibérez!... (Mirabeau.)

On ne saurait trop admirer cotte accumulation graduée de moyens, do preuves et d'effets, cet art de s'insinuer d'abord. dans Tesprit des

1. Quelques jours auparayant, au alors à Versailles C'est à cette occa-

miUeud'unefoulerassembléeauPa- sion qu'un membre de l'assemblée

Icis-Royul, quelqu'un avait émis la avait prouoDcé les paroles que cite

proposition de marcher contre l'As- Mirabeau, semblée constituante, qui siégeait

DISCOrRS. 391

snditenrfl en captivant Tattention, de la redoubler par des «nspensions ménagées, delà frapper par de violentes secousses. L'orateur fait brillor d'abord la lumière du raisonnement, il subjugue la pensée ; il fouille ensuite plus avant, et va remuer les passions secrètes jusqu'au fond de l'âme, l'intérêt, la crainte, l'espérance, l'amour-propre; il frappe partout, et, quand il se sent enfin le plus fort, voyez comme il parle de haut, comme il domine, comme il môle l'ironie à l'indignation, comme, en récapitulant tous les motifs, il porte les derniers coups I C'est ainsi que l'on oommande aux hommes par la parole. (La Habfb.)

DISCOimSI DIS TiCI.fcaiAai7B AOX CAErS AULIlfc*.

Fénelon suppose que les chefs et les peuples de l'Italie méridionale (ou Hespérie), divisée alors en plusieurs États indépendants, s'étaient ligués pour combattre un conquérant ambitieux et perfide, Adraste, roi des Daimiens.

Cet Adraste avait usurpé sur ses voifiins, les Apuliens, la ville de Venuse. Les Apuliens, irrités, entrèrent dans la ligue formée contre Itû. Adraste, pour les apaiser, mit cette ville en dépôt entre les mains des Lucaniens ; mais il Corrompit par argent et la garnison luoaiiienne et celui qui la oommancïait ; de manière que la nation des Lucaniens avait moins d'autorité effective que lui dans Yenuse, et les ApulicDs, qui avaient consenti que la garnison luoanienne occupât Venuse, avaient été trompés dans cette négociation.

Un homme de Venuse vient offrir aux chefs alliés, réunis en conseil, de leur livrer la nuit une des portes de la ville. Cet avantage était d'autant plus grand, qu' Adraste avait mis toutes ses provisions de ^erre et de bouclie dans un château voisin de Venuse, qui ne pouvait se défendre si la ville était prise. Les chefs étaient d'avis qu'il fallait profiter d'une si heureuse occasion. Télémaque tâche de les en détourner.

Je n'ignore pas que si jamais un homme a mérité d'être surpris et tf ompé, c'est Adraste, lui qui a si souvent trompé tout le monde. Je vois bien qu'en surprenant Venuse, vous ne feriez que vous mettre en possession d'une ville qui vous appartient, puisqu'elle est aux Apuliens, qui sont un des peuples de votre ligue. J'avoue que vous le pourriez faire avec d'autant plus d apparence de raison, qu' Adraste, qui a mis cette ville en dépôt, a corrompu le commandant et .i

la garnison, pour y entrer quand il le jugera à propos- i

Enfin je comprends comme vous que, si vous preniez Ve- j

nuse, vous seriez maîtres, dès le lendemain, du château 'i

839 EXEICPLES ET ÉCLAIRCISSEHENTS.

OÙ Bont tons les préparatifs de guerre qu'Àdraste y a as semblés, et qu'ainsi vous finiriez en deux jours cette guerre si formidable. Mais ne vaut-il pas mieux périr que vaincre \ par de tels moyens? Faut-il repousser la fraude par la fraude? Sera-t-il dit qne tant de rois, ligués pour punir l'impie Adraste de ses tromperies, seront trompeurs comme lui? , S'il nous est permis de faire comme Adraste, il n'est point * coupable, et nous avons tort de vouloir le punir. Quoi! l'Hes- I périe entière, soutenue de tant de colonies grecques et de ' héros revenus du siège de Troie, n'a-t- elle point d'autres ] armes contre la perfidie et les parjures d'Adraste que la perfidie et le parjure? Vous avez juré, par les choses les plus sacrées, que vous laisseriez Venuse en dépôt dans les mains des Lucaniens. La garnison lucanienne, dites-vous, est corrompue par l'argent d' Adraste. Je le crois comme vous ; mais cette garnison est toujours à la solde des Lucaniens ; elle " n'a point refusé de leur Obéir; elle a gardé, du moins en apparence, la neutralité. Adraste ni les siens ne sont jamais entrés dans Venuse : le traité subsiste ; votre serment n'est point oublié des dieux. Ne gardera-t-on les paroles don- , nées que quand on manquera de prétextes plausibles pour les violer? Ne sera-t-on fidèle et religieux pour les ser- , ments que quand on n'aura rien à gagner en violant sa foi! ■ Si Famour de la vertu, et la crainte des dieux ne vous touchent plus, au moins soyez touchés de votre réputation et de votre intérêt. Si vous montrez au monde cet exemple per- * nicieux de manquer de parole et de violer votre serment l pour terminer une guerre, quelles guerres n'exciterez-vous point par cette conduite impie ! Quel voisin ne sera pas ^ contraint de craindre tout de vous et de vous détester! Qui pourra désormais, d^ns les nécessités les plus pressantes, se fier à vous ? Quelle sûreté pourrez-vous donner, quand vous ; voudrez être sincères et qu'il vous importera de persuader à vos voisins votre sincérité? Sera-ce un traité solennel? Vous en aurez foulé un aux pieds. Sera-ce un serment? Hél ne saura-t-on pas que vous comptez les dieux pour rien.

quand vous espérez tirer du parjure quelque avantage? La paix n'aura donc pas plus de sûreté que la guerre à votre égard. Tout ce qui viendra de vous sera reçu comme une guerre, ou feinte, ou déclarée : vous serez les ennemis perpétuels de tous ceux qui auront le malheur d'être vos voisins ; toutes les affaires qui demandent une réputation de probité et de la confiance vous deviendront impossibles ; vous n'aurez plus de ressource pour faire croire ce que vous jprométtez.

; Voici un intérêt encore plus pressant qui doit vous frapper, s*il vous reste quelque sentiment de probité et quelque prévoyance sur vos intérêts : C'est qu'une conduite si trompeuse attaque par le dedans toute votre ligue et va la ruiner; votre parjure va faire triompher Adraste. Car comment pourre2!-vous vous confier les uns aux autres, si une fois vous rompez l'unique lien de la société et de la confiance, qui est la bonne foi? Après que vous aurez posé pour îmaxime qu'on peut violer les règles de la probité et de la fidélité pour un grand intérêt, qui d*entre vous pourra se fier à un autre, quand cet autre pourra trouver un grand avantage à lui manquer de parole et à le tromper? Où en fierez -vous? Quel est celui d'entre vous qui ne voudra point prévenir les artifices de son voisin par les siens? Que devient une ligue de tant de peuples, lorsqu'ils sont convenus entre eux,, par une délibération commune, qu'il est permis dô surprendre son voisin et de violer la foi donnée ? Quelle .sera votre défiance mutuelle, votre division, votre ardeur à vous détruire les uns les autres ! Adraste n'aura plus besoin de vous attaquer; vous vous déchirerez assez vous-mêmes, vous justifierez ses perfidies.

0 chefs sages et magnanimes, ô vous qui commandez avec tant d'expérience à des peuples innombrables, ne dédaignez pas d'écouter les conseils d'un jeune .homme. Si vous tombiez dans les plus affreuses extrémités où la guerre précipite quelquefois les hommes, il faudrait vous relever par votre vigilance et par les efforts de votre vertu : car le vrai cou- -

rage ne se laisse jamais abattre. Mais, si vous aviez une foi» | rompu la barrière de rhonneui* et de la bonne foi, cette perte est irréparable; vous ne pourriez plus ni rétablir la confiance , nécessaire au succès de toutes les a£Faires importantes, ni ra- . mener les hommes aux principes de la vertu, après que vous leur auriez appris à les mépriser. Que craignez-vous? N'avez -vous pas assez de courage pour vaincre sans tromper? Votre vertu, jointe aux forces de tant de peuples, ne vous sufût-elle pas? Combattons, mourons, s'il le faut, plutôt que de vaincre si indignement. Adraste est dans nos mains, ^ pourvu que nous ayons horreur d'imiter sa lâcheté et sa mauvaise foi. {Télémagui, livre XYI.)

(Voir page 149.)

Voyez l«t moroeaux de Bostuet, Morak du ekriêHanêimei page 307; Exordt de P oraison funèbre de la reine d^ Angleterre, page 301 ; péroraison de V Oraison funèbre de Condé, page 310; Cfutrlee'Giukntf page 224 ; P^trait de Cromwell, page 246 ; Bataille de Rocroy, page ViÙ\ Butaitle de Fribourg, page 271.

Les moroeaux de Maisillon, Vâme ne meurt paa aoec le oorpe, page 214; Péroraison ^un sermon sur la vérité é^un avenir ^ P&go 312 ; le morceau de Fléchier, page 220; celui de Fénelon, page 183.

L'exorde de Bridaine, page 303 ; le moreeau de Poulie, Ihirvflr M0er» les inâigentey page 2i2 i eelui de Cambwiérèe, Le Bicbê et U Ptmore^ page 23&,

ÇfcÈt pacie 110.)

maaanMJn w^Hm macovmm paonomciB a tJACMMÈÊBaaA wmjkMf

çjLisB wjkm wukCïïmm*

Vous 8»?es en quel état §& ttoutoit la^ Miènr firaaçate IcMrsque Corneille ooaamença à ttarvciâer. Quel désordrel quelleiné^aritél Nul goût, mjdle ocnmaiASBnoe dos vén^ tîâtles beautés du théâtre; les autemn^ aussi ignorants qo». les spectateurs; la plupart des sui^els^ eislrain^atttft et dé>»

DISCOUHS. 835

nués de vraisemblance; point de mœurs*, point de caractères' ; la diction encore plus vicieuse que Faction, et dont^

:. les pointes et de misérables jeux de mots faisaient te principal ornement : en un mot, toutes les règles de Tart, celles môme de Thonnêteté et de la bienséance, partout violées. Dans cette enfance, ou, pour mieux dire, dans ce chaos du poème dramatique parmi nous*, votre illustre frère , après avoir cherché quelque temps le bon chemin, et hitté, si j'ose le dire ainsi, contre le mauvais goût de son siècle, enfin inspiré par un génie extraordinaire et aidé de la lecture des anciens, fit voir sur la scène la raison, mais la raison accompagnée de toute la pompe, de tous les ornements dont notre langue est capable, accordant heureusement la vraisemblance et le merveilleux, et laissant bien loin derrière lui

, tout ce qu'il avait de rivaux.

La scène retentit encore des acclamations qu'excitèrent à lenr naissance le Cid, Horace, Cinna, Pompée, tous ces chefs-d'œuvre représentés depuis sur tant de théâtres, traduits en tant de langues, et qui vivront à jamais dans la bouche des hommes. A dire le vrai, où trouvera-t-on \m poète qui ait possédé à la fois tant de grands, talents, tant d'excellentes parties* : l'art, la force, le jugement, Tesprit?... Quelle noblesse! quelle véhémence dans les passions! quelle économie* dans les sujets I quelle gravité dans les sentiments ! quelle dignité, et en même temps quelle prodi^euse variété dans les caractères! Combien de rois, de princes, de héros de toutes nations nous a-t-îl présentés, toujours tels qu'ils doivent être, toujours uniformes avec eux-mômesT, et jamais» ne ressemblant les uns aux autres I

1. C'est-A-dlre, les mcenndes dif- 4. Ce discours est adressé & Tbo-

féients pays et des différents sièoles mas Corneille, qiti mxccéd&it h son

n'étaient ni bien obseryées ni fidèle- frère comme membre de T Académie

ment retracées. française.

S. Les antenrs ne swralent pas 5. Qualitôa.

dMser à leurs peivoBBag<es ua ctf- 6. Ordre, plan,

lactère conTenaole. 7. Conformes &eiD>4n4iBei.

8. Dont se rapporte è^diction. Cette 8. On diialt aujourd'hui, €t n€ rcf-

tournure, qui a yieilU, doit être imblantjamaû* loisneuiement éritée.

panni tout cela une magnificence d'expression proportionnée aux maîtres du* monde, qu'il fait souvent parler; capable néanmoins de s'abaisser quand il veut, et de descendre jusqu'aux' plus simples naïvetés du comique, où E est inimitable. Enfin, ce qui lui est surtout particulier, une certaine force, une certaine élévation qui surprend, qui enlève, qui rend jusqu'à ses défauts, si l'on peut lui en reprocher quelques-uns, plus estimables que les vertus des autres. Personnage véritablement né pour la gloire de son pays : comparable, je ne dis pas à ce que l'ancienne Rome • eu d'exceÙenta poètes tragiques, puisqu'elle confesse ellenième qu'en œ genre elle n'a pas été fort heureuse; mais aux Eschyle, aux Sophocle, aux Euripide, dont la fameuse Athènes ne s'honore pas moins que des Thémistocle, des Périclès, des Alcibiade, qui vivaient en môme temps qu'eux. Le même siècle qui se glorifie aujourd'hui d'avoir produit Auguste, lie se glorifie guère moins d'avoir produit Horace et Virgile. Ainsi, lorsque dans les âges suivants on parlera avec étonnement des victoires prodigieuses et de toutes les grandes choses qui rendront notre siècle l'admiration des siècles à venir. Corneille, n'en doutons point. Corneille tiendra sa place parmi toutes ces merveilles. La France se souviendra avec plaisir que, sous le plus grand de ses rois, a fleuri le plus grand de ses poëtes. On croira même ajouter quelque chose à la gloire de notre auguste monarque, lorsqu'on dira qu'il a estimé, qu'il a honoré de ses bienfaits cet excellent génie; que même, deux jours avant sa mort, lorsqu'il ne lui restait plus qu'un rayon de connaissance, il lui envoya encore des marques de sa libéralité, et qu'enfin les dernières paroles de Corneille ont été des remercîments pour Louis le Grand. (Racine.)

Le morceau de D'Aguessean sur la <ctenc0, page 184, appartient à réloquence académique, ainsi que oelui de Thomas sur les combati de mer, page 241.

niv.

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