‹ Méthode de composition et de style; ou, Principes de l'art d'écrire en français suivi d'un choixChapitre 68 sur 73 · MUe de Dillon. 3. Le due de Choiseul, premier mi · texte numérisé non relu

MUe de Dillon. 3. Le due de Choiseul, premier mi

S. A la bataiUe de Fontenoy. nistre.

Ul^TH. DB COUP. 21

8» EXEMPLES ET ÊCLAIBXl^ISSEMENTS.

venger. En son nom, les premiers fondements de mon eocistence avaient été ébranlés : par son ordre, ils furent à jamais consolidés. Des lettres patentes dressées sous Me yeux annulèrent celles qui avaient voulu me proscrire, attestèrent mon extraction, qu'on avait cherché à obscurcir, me rendirent un nom dont on m'avait dépouillé. Lui-môme se ût remettre une portion des biens de mon père, et la déposa pour m'ôtre restituée un jour; lui-môme voulut me placer au service sous ses yeux.

J'eusse oublié, j'eusse chéri mes malheurs, s'ils n'eussent frappé que sur moi;. je goûtais du moins le seul adoucissement dont ils fussent susceptibles : je pouvais jouir, ]• jouissais de tant de bontés, en calculant dès lors rheuietm influence qu'elles devaient «voir tôt ou tard pour la gloive de mon père. Je rapportais tout à ce père si injustement sacriûé; j'étais comblé des bienâdts de mon souverain, je ne méritais rien, je ne pouvais rien mériter par moi«môme, et Ton ne cultive pas^ avec tant de complaisance le rejeton dangereux d'une souche infecte et empoisonnée.

Je l'ai perdu ce roi, ^' a»ait soin de trun, je Fai perdu, lorsque déjà j'approchais de. Tâge où, libre de mes aotions et sûr de son aveu, j'allais entreprendre le grand ouvrage de la réhabilitation de mon père; mais en apprenask aa perte, je n'ai eu que des larmes à répandre, et point de. crainte à concevoir» La môme sensibilité, la méxxkie biaii>^ faâs&nce sont assises sur le trône» et me promettent las mômes succès.

Mon souverain a approuvé mes porqjets; il a voulu qu'^om xne le mandât de sa part; c^est de sa part que je suis «nierisé à me pourvoir devant le& tribunaux. Qui peurreit pcè» tendre à me les fermer, quand la hienfaisanœ, quand l'ér» qulté royale elle-môme me le» a ouverts?

Youdrait-on m'en éloigner, parée que ja n'y trtib» pa» après moi le cortège imposant d'une nombreuse famôlle? Et serait^on jaloux de donner au monde l'idée d'une légte» latîpa où les droits» dàa qu'ils seraient seulsy na aualinl

DISCOURS. AâS

rîen^ où les considératîonB seraient tout» et où Ton dirait : « Ce n*est qu'un malheureux de plus? >»

Oui sans doute^ je suis seul dans l'univers, et je ne connais d'égal à mes peines que mon courage. La mort m'a enlevé successivement mère, père, et jusqu'au dernier parent de mon nom. S'il m'en reste encore quelques-uns, ce sont de ceux auxquels je ne tiens plus que par les faibles nœuds d'une alliance souvent importune quand elle unit des malheureux. Impuissants ou indifférents, ils forment des vœux ou attendent des succès ; et je n'ai pour moi q^e moi; je n'ai pour ma cause que la sainteté de ma cause. Mais parce que ma voix s'élève seule, doit-elle être étouffée? Parce qu'en moins de quatre-vingts ans, les huit derniers rejetons de ma famille sont tous morts au service de la JU'rance, ne puis-je obtenir justice pour l'un d'eux, assassiné ^u sein de cette même France ? Parce que le sang des miens a été presque entièrement épuisé par le fer des ennemis, ne puis-je prétendre à venger celui qui a injustement coulé 0ÛUS le fer du bourreau?

M'opposera-t-on les nuages qui ont été répandus sur mon état^^ le voile du mystère qui est resté longtemps étendu sax mon existence? Mais si ces nuages, aujourd'hui dissipés; si ce mystère» aujourd'hui révélé, ont été l'efifet iné« idtable de l'injustice contre laquelle je réclame; si je puis demander raisi»i au bras qui a frappé mon père du coup qui a pensé frapper mon état; si la liberté, qui était nécessaire à mon père pour consommer l'ouvrage de sa tendresse pour moi, lui a été ravie par la détention la plus injuste; slTanimosité avec laquelle on le traînait à sa perte lui a fait craindre de dénoncer une victime en nommant un fils; si sa voix, enchaînée* dans les derniers moments, n'a pu que murmurer tout bas le cri de la nature; enfin, si j'ai été obhgé de souffrir et presque d'épaissir moi-même, pendant quelque temps, la nuit qui couvrait ime existence dévouée & Tanathème, et de préparer dans l'ombre les armes avec

h Mut mon ^tat d:fiL i. On 1 Viiit i>AiUoniii stur l'écha&ad.

lesquelles je devais un jour combattre la calomnie, qui osera, de l'objet môme de ma réclamation, faire un obstacle à ma réclamation? £t quel être aura Tabsurde barbarie de me dire : « Vous n'avez pas le droit de réclamer contre Toppression, car vous avez été opprimé ? »

Et vous, machinateurs ténébreux, vous qui, sans paraître dans le procès de mon père, avez été les moteurs, les instigateurs, les artisans secrets d'une catastrophe à jamais efiFrayante, goûtez en paix, s'il se peut, une impunité qui vous a coûté si cher. Je dévoue vos cœurs aux remords et vos noms à l'oubli; mais songez que je mets mon silence au prix du vôtre. Je déclare que je ne veux rien voir du procès de mon père que ce qui est dans le procès; mais, après une déclaration aussi formelle, si vous osiez encore persécuter sa mémoire; si, trop peu assouvis par l'effusion de son sang, vous veniez encore troubler ses cendres, sachez que j'ai sondé l'abîme d'horreur dont il a été la victime; que j'en ai pénétré toute la profondeur; qu'il n'en est pas un seul parmi vous dont je ne puisse dévoiler, et dont je ne dévoile les forfaits à la face de l'univers. Sachez que ni menaces , ni dangers , que la mort même ne pourra pas m'arrêter. Il est aisé de concevoir qu'un être qui croit n'exister que pour venger son père, tiendrait bien peu à cette existence, du moment où il ne pourrait la consacrer à l'accomplissement de ses devoirs. Mon dernier cri serait un cri en faveur de l'innocence; il s'adresserait au ciel, si les hommes ne voulaient pas l'entendre; tôt ou tard, nous serions vengés ; et la postérité, rapprochant un jour le trépas du père de celui du fils, dirait : « L'un a péri pour n'avoir pas voulu trahir son pays, l'autre a péri pour n'avoir pas voulu trahir son père. »

Après ce début si touchant et si propre à intéresser en sa faveur, Lally divise son discours en trois parties.

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