ETOFFE DE TENTURE
MOTIFS COMPOSÉS
peuvent prétendre à limiter la fantaisie individuelle. Mais il y a un autre principe trop souvent négligé ou imparfaitement appliqué qu’il faut respecter, c’est de s’abstenir de contours secs, froids et continus. L’ornement des surfaces, quel qu’il soit, demande, plus que tout autre, ce que nous avons décrit sous le nom de sentiment de la richesse, et nous avons établi que ce résultat ne pouvait être obtenu que par des surfaces meublées et non unies, qu’il fallait fuir le plat, le lisse, le nu, le sec et le régulier. Pour notre programme actuel où la matière ne joue aucun rôle, parce qu’il est difficile de l’imaginer plus pauvre que du papier et de la couleur à la colle, nous devons vaincre ces mauvaises conditions par la richesse du dessin, c’est-à-dire l’absence de sécheresse et la proscription des grandes surfaces unies. Ces dernières étalent la matière dans son indigence, et la sécheresse des contours accuse la pauvreté de ressources du procédé. Il en serait tout autrement avec un beau velours soyeux dont la richesse matérielle n’a rien à redouter à s’étendre en larges ornements, parce qu’en dehors de la substance il y a un aspect consistant et épais qui nous satisfait. Mais aussitôt que la surface d’un tissu devient plus lisse et plus mince d’aspect, il faut l’enrichir par des travaux qui modifient par places le grain de l’étoffe et provoquent des accrocs de lumière du plus heureux effet. Une étoffe monochrome de laine ou de soie peut prendre l’aspect riche rien qu’en y disposant des ornements dont le grain de tissage est différent de celui du fond; mais encore, en ce cas-là, faut-il éviter les contours trop secs, trop continus, trop froids. En nous plaçant dans les plus mauvaises conditions de matière, nous sommes non seulement obligés de tenir compte de ces exigences, mais encore de les accentuer, tant au moyen de couleurs diverses que par un enrichissement des formes quelles qu elles
soient.
Les meilleurs dessins seront donc ceux qui comprendront des motifs formant des masses assez larges composées d aplats ornés et de groupements serrés, et des mouvements plus minces que ces motifs, et dont les çQjjfôes seront élégantes et étudiées. Ces ornements n auront aucun contour sec, mais pénétreront le fond par des contours modifiés, augmentés de mouvements accessoires, de faisceaux ou de petites formes répétées. Ce programme est celui que nous allons suivre dans notre composition qui prévoit de grands motifs, par conséquent peu nombreux.
Aussi n'aurons-nous pas recours aux semis du Chapitre X , nous choisirons un jeu de fond simple dont les figures fixeront la place des motifs, dans le genre de ceux des figures 34 et 36 du Chapitre XI qui sont à raccord droit et que nous disposerons en sautoir, comme l’indique la figure 2i. L’inclinaison des rectangles est facultative et les côtés des deux surfaces sont à angle droit, les uns par rapport aux autres. Les deux rectangles sont contenus en entier dans le raccord de om47 sur om7o, chacune de ces figures ayant environ om29 sur omi9- Il reste sur
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la ligne du raccord un espace vide qui peut recevoir un motif accessoire et au-dessous un autre pour un motif plus petit.
On aurait pu mettre les rectangles à une inclinaison de 45 degrés, comme l’indique la figure 22 ; mais pour un dessin varié la régularité parfaite n est pas une chose essentielle, et c’est déjà assez que le mouvement courbe principal se répète en contre-partie par l’effet du raccord en sautoir. En outre on se trouverait obligé de diminuer la longueur des motifs pour éviter le contact.
Bien qu il sorte de notre cadre de traiter actuellement la question de la couleur qui demande de nombreuses pages pour n’ètre qu’ébau-
chée, nous devons en dire quelques mots pour que le coloris de notre tenture ne soit pas dur et tranché quel que soit d’ailleurs le choix des tons employés. Les motifs comportent en général un coloris plus brillant que les ornements qui couvrent le fond, mais cela ne signifie pas qu’ils sont exclusivemeut couverts de ces tons les plus riches; au contraire, ils doivent se borner à en renfermer une proportion plus forte, car les détails de tous Jes éléments de la composition peuvent participer de n importe laquelle des couleurs données, en ayant soin de produire des des contrastes d effets, de clairs et de foncés; de couleurs plus ou moins ternes ou vives. Ainsi il est possible d’obtenir vingt-cinq effets différents avec trois couleurs seulement, selon qu’on les emploie seules, associées par deux à égalité, par deux avec inégalité, par trois à égalité, par trois avec inégalité, et selon que l’une sert de fond aux autres.
Ces associations de couleurs se forment en employant un ou plusieurs des tons les moins brillants pour former la carcasse du dessin et le coloris des parties les moins importantes; ils servent de dessous aux motifs sur lesquels les couleurs plus riches viennent jouer en surfaces de moyenne dimension, et ne figurent dans le reste de la composition
qu’à l’état de points destinés à relier tout le coloris. La planche 12
montre que, vers l’attache des grands motifs, une base assez importante a été laissée en ton neutre, et que ce même ton gris vert a servi de
base à tous les ornements du fond. Nous y observons un fond gris
rouge, un ton neutre gris vert, et quatre couleurs plus ou moins vives, dont une rouge laque très foncé, un carmin, un jaune et un orangé.
11 est intéressant de faire remarquer que, dans un dessin composé d’aplats de ce genre, rien n’est plus facile que de changer cette gamme, où la dominante est rouge, en toute autre, jaune, bleue ou verte, si l’on a soin de conserver les relations des clairs et des foncés.
Comme le dessin des aplats comporte souvent des contours ou traits colorés, on comprend que chaque couleur puisse tour à tour remplir cette fonction.
CONCLUSWM
Nous terminons ici notre étude des ornements élémentaires abstraits.
Bien qu’il se trouve dans le cours de cet ouvrage beaucoup d’ornements utilisables, notre but a été tout autre, et les figures les plus complètes sous ce rapport, ne sont encore que des démonstrations indispensables au texte. Puissions-nous avoir réalisé nos désirs en rendant aussi clairs que possible les principes importants qui sont ici développés.
Bien des Chapitres ont été laissés de côté ; nous ne nous sommes pas fait faute de le dire chaque fois que le cas s’est présenté. Mais quant à prolonger cette étude, nous n’y songeons pas, car nous sommes arrivés sur le seuil du Monde Naturel, et là s’arrête le domaine que nous avions à parcourir ; mais au moins, nous possédons maintenant la clef qui nous permet d’y entrer, quand nous voudrons, sans risquer d’y faire de faux pas.
Ces règles sont non seulement assez souples pour n’arrêter aucun artiste dans les élans de son imagination, mais nous affirmons de la façon la plus positive qu’elles élargiront sa fantaisie en lui ouvrant des horizons
nouveaux.