‹ Méthode de dédoublement personnelChapitre 2 sur 32 · AUX PHYSIOLOGISTES · texte numérisé non relu

AUX PHYSIOLOGISTES

ÂUY THÉOLOGIENS.

De physiologie et de théologie, l’auteur n’a jamais lu que quelques traités généraux, pour acquérir une vue d’ensemble de ces deux sciences, — ne creusant, de façon plus particulière et seulement en tant que besoin, que les points qui touchent immédiatement à l’objet de ses études du moment et de ses expériences personnelles. Ce n’est certes pas là, pour lui un titre à se dire physiologiste ou théologien. Il ira plus loin: il se juge en ces deux sciences d’une profonde infériorité, il le reconnaît, ayant la loyauté de s’appliquer à soi-même un principe qu’il a toujours appliqué à autrui et qui est celui-ci: « On déraisonne beaucoup plus facilement sur les sujets que l’on 11e connaît que superficiellement, que sur ceux qu’on n’a jamais étudiés. »

Donc, il le répète: il n’est ni physiologiste ni théologien.

Et il le regrette - — profondément.

Il le regrette d’autant plus que, par certains côtés, les pages qui suivent — écrites sur une matière qu’il connaît pour l’avoir étudiée théoriquement et pratiquement expérimentée, de façon tant objective que subjective — touchent à certains côtés très délicats de la physiologie et de la théologie, et que son ignorance à ce double point de vue, par lui-même hautement reconnue et affirmée, ne lui permet pas de soupçonner de quelle façon elles seront considérées par un esprit averti de ces deux sciences.

Certes, quant au reste, le départ général des lecteurs que rencontrera cet ouvrage — comme n'importe quel autre, d'ailleurs, de métapsychisme, ou d’occultisme tant théorique que pratique — est dès à présent, facile à établir:

Il y aura d’une part, les ignorants qui n’ont jamais rien étudié ce qui leur donne le droit, dont en vérité ils abusent, de trancher de tout avec une inconscience supérieure à tout: ceux-ci poulïeront de rire à la lecture de ce volume, ou demanderont, avec le haussement d’épaules traditionnel, à qui l’auteur compte faire croire de pareilles balivernes... Ceux-ci lui indiffèrent au delà de toute expression: ils ne comptent pas. — Passons.

Il y aura, d’un autre côté, les penseurs, et ceux qui étudient parce qu’ils n’ont pas la naïveté de croire que l’homme n’a plus rien à apprendre. Ceux-là, s’ils sont logiques, doivent admettre à priori le principe d’Hamlet: Tout est possible! — se réservant de condamner à posteriori tout ce dont une étude sérieuse et approfondie leur aura démontré l’impossibilité: c’est pour ceite catégorie de lecteurs qu’écrit l’auteur, c’est à eux que s’adressent les pages qui suivent, parce qu’ils les comprendront, expérimenteront peut-être leis théories qui y sont développées et, en tous cas, ne porteront sur elles qu’un j ugement mûr et réfléchi.

Mais les physiologistes?

Mais les théologiens?

îl n’est pas question, naturellement de ceux qui font partie de la première catégorie de lecteurs: iis sont, autant et au même titre que ceux-ci, qualité négligeable; et l’auteur songe seulement aux hommes d’étude et de réflexion, qui, après cette lecture, resteront pensifs et s’interrogeront, au cours de leurs méditations: «Tout cela est-il donc possible? »

Encore une fois, il se demande avec une certaine curiosité: Comment, sous quel angle, dans quel esprit, considéreront-ils cet ouvrage?

Parlons d’abord des physiologistes.

Ils ont étudié et comparé entre elles toutes les idées

fondamentales qui divisent les penseurs au sujet de la vie considérée en elle-même; ils ont scruté les phénomènes organiques de nutrition, de digestion, de respiration, de sécrétion, de reproduction, de circulation lymphatique, sanguine et nerveuse; ils ont analysé à fond tout ce qui produit le mouvement et la sensation, tout ce que produisent le mouvement et la sensation; ils ont même abordé les modes fonctionnels de la pensée dans la matière cérébrale; à la vie, ils ont donné comme base la cellule; et, de tous leurs travaux, de toutes leurs études, de toutes leurs méditations, ils ont tiré cette conclusion: l’être est un et la dissociation de ses éléments constitutifs doit amener fatalement sa destruction — la mort.

Or, voici que le mouvement occultiste, aujourd’hui d’une merveilleuse ampleur, vient leur dire: L'être n’est pas un, il est multiple, et il possède un mode de vie en dehors de la cellule.

Voici que des savants et des chercheurs comme le colonel de Rochas, les Drs Baraduc, Encausse, Moulin et autres, Hector Durville, le commandant Darget, etc., ajoutent: On peut dissocier les éléments constitutifs de l’être, puisque nous les isolons, puisque nous les photographions séparément!

Et voici enfin un livre qui leur vient dire à son tour: 11 ne s’agit plus d’expériences de laboratoire avec des sujets spécialement entraînés; vous, moi, le premier venu, n’importe qui, possédons en nous la faculté latente de nous désagréger, de dégager de nous-mêmes notre neuricité, de dissocier notre propre individu en ses parties constitutives, d’envoyer noire double humain, notre fantôme vivant au loin pour y accomplir tel ou tel acte, et de nous réintégrer ensuite.

C’est là, de toute évidence, un phénomène de physiologie — de haute physiologie, de méta-physiologie si Ton veut, mais enfin de physiologie — puisqu’il s’agit de la dissociation des éléments de l’être et de sa reconstitution ultérieure.

Donc, que peuvent en penser les physiologistes?

Au tour maintenant des théologiens.

On sait bien que la théologie, plus progressive en cela que la science normale, admet en rhomme l’existence d’un intermédiaire plastique entre l’esprit et le corps.

« Pendant que le corps naturel demeure frappé de paralysie, nous dit une autorité religieuse (1), l’âme se voit revêtue d’un corps en tout semblable au sien, sans savoir comment; elle voit ce corps habillé ordinairement de la même manière, couvert des mêmes habits et des habits de la même couleur, de la même façon que ceux qui couvrent son corps véritable... »

Mais la théologie n’admet au phénomène qu’une causa, divine ou démoniaque, en tout cas extérieure au sujet; elle ne lui reconnaît pas, que je sache, de cause subjective, volontaire et consciente.

Tant que nous avons produit des matérialisations médiumniques issues du Mystère, la théologie a été unanime à clamer: « Prenez garde: vous avez affaire au diable! Vous êtes le jouet du diable! C’est le diable qui revêt ces trompeuses apparences pour vous faire tomber dans ses pièges! »

Or voici qu’aujourd’hui nous produisons des matérialisations, qui ne sortent plus de l’ombre, mais qui sont émanées, dans nos cabinets d’étude, par des sujets vivants dont on extrait magnétiquement le fantôme de même que, mécaniquement, on extrait le gluten du blé, de même que, chimiquement, on extrait les colorants de la houille. Nous dira-t-on encore que c’est te diable?

Mais il y a plus. Les pages qui suivent montrent que* chez n’importe qui d’entre nous, existe la faculté latente de se dissocier soi-même, de laisser ici ou là le cadavre momentané et d’envoyer ailleurs les éléments supérieurs de l’être... Franchement, peut-on soutenir que c’est le diable quand le double donne des preuves indéniables qu’il est la personnalité même du sujet?

Peut-être répliquera-t-on: Non, ce n’est pas le diable, mais c’est l’œuvre du diable!

(1) P. Séraphin, Principes de Théologie mystique, 1 vol. in-8, Paris,

Que l’on y prenne garde! Un des principaux théologiens de l’époque, un grand esprit par ailleurs, une des lumières du catholicisme, le P. Ventura de1 Raulica, général de l’ordre des Théatins, consulteur de la sacrée Congrégation des Rites, examinateur des évêques et du clergé romain, s’est couvert, au point de vue scientifique, d’un éternel et ineffable ridicule, le jour ou il a écrit (1) : « Mesmérisme, Magnétisme, Somnambulisme, Hypnotisme, ne sont que Satanisme! » Que penser en effet de cette affirmation péremptoire aujourd’hui que le Magnétisme est un des principaux agents curatifs connus, aujourd’hui que tout hôpital possède son laboratoire d’hypnologie?

Or, les procédés mis en œuvre pour le dédoublement de l’être, qu’il s’agisse d’auto ou d’hétéro-disssociation, sont entièrement basés sur le magnétisme et l’hypnotisme, c’est-à-dire sur des moyens absolument naturels, et qui n’ont rien à voir avec le diable, rien à démêler avec les dogmes religieux.

D’autre part, la croyance à un Prince du Feu a reçu à notre époque de tels horions, qu’un courant s’est formé parmi les esprits les plus éclairés du clergé, qui tend à regarder Satan simplement comme le symbole du mal.

Et Fauteur se demande, non sans quelque curiosité: Que peut penser, en notre xxe siècle, un théologien de ce livre dont la seule prétention est de montrer par quelle simplicité de moyens le premier expérimentateur venu peut arriver à accomplir une opération qui, au Moyen Age, eût conduit son auteui, comme suppôt du démon, droit au bûcher?

C’est pourquoi il propose — très curieusement — ces pages

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