DE LA FRÉQUENTE CONFESSION
Nous ne parlons pas, dans cet article, du sacrement de Pénitence et des dilïérentes parties qui le composent. Trop de bons ouvrages ont été écrits sur cette matière, qui ne rentre pas dans notre sujet (1). Nous bornant à ce qui nous occupe, nous disons que la fréquente confession est indispensable pour former les jeunes gens à la piété, et partant aux bonnes mœurs.
Un prêtre fut pendant quelques années, chargé de la direction spirituelle d'un pensionnat. Sous prétexte qu'il fallait donner aux enfants des habitudes qui pussent durer toute leur vie, le supérieur aurait voulu qu'il ne les confessât qu'aux grandes fêtes, parce qu'il serait en effet très heureux, disait-il, que tous les jeunes gens se confessassent, toute leur vie, quatre fois par an. Est-il possible de faire un raisonnement plus faux ! Et pourtant nous avions trouvé jadis des prêtres, même des Directeurs d'Œuvre qui. se contentant de moins encore,
(1) Nous avons publié, à l'usage des prêtres, un Traite fie la ronfefi^ion ^/cs (nifajits cl dea jeunes gen.", en trois volumes in-12, (jui a déjà eu sept éditions. Quelques séminaires l'ont adopté comme ouvrage classique, pour leurs diacres.
ne demandaient que la confession Pascale à leurs jeunes gens.
Mais on ignore donc ce que c'est qu'un jeune homme ? Voilà la première communion faite. Pendant qu'il s'y préparait, sans doute on a dû demander la fréquente confession ; tout le monde est d'accord sur ce point. Mais pourquoi donc cesser après ? Cet enfant aura-t-il des passions moins vives ? Au contraire, ses passions vont suivre, pendant bien des années encore, une sorte de progression géométrique. La première commimion l'a-t-elle rendu plus fort '? Sans doute, la grâce d'un si grand Sacrement l'aura bien fortifié. Mais celte grâce est une fontaine, une rivière qui se tarit tôt ou tard, quelque abondante qu'elle soit si elle ne se renouvelle pas dans sa source. Le cœur d'un jeune homme de douze à vingt ans et au-delà, est une fournaise ardente où tous les vices sont en germe, où toutes les passions bouillonnent avec une ardeur que toutes les grâces des Sacrements ont peine à tempérer. A part de rares exceptions, de nombreuses chutes viennent, de temps à autre tout compromettre, tout perdre à jamais, si un médecin bienfaisant n'est pas là pour panser les blessures, pour les cicatriser. J'affirme que la confession mensuelle, elle-même, qui est un puissant secours, ne suffit pas pour un grand nombre de jeunes gens qui ne peuvent éviter la rechute dans le péché mortel, si vous les laissez passer un mois entier sans se confesser. Voulez-vous qu'un jeune homme vive toujours dans la grâce du bon Dieu ? Faites-le confesser plu-
sieurs fois dans le mois. Les chutes, de plus en plus rares, finiront par disparaître tout-à-fait. J"ai connu des prêtres qui faisaient quelquefois confesser certains de leurs pénitents tous les jours et je n"ai point trouvé de meilleur moyen, moi-même, pour tirer des mauvaises habitudes quelques jeunes gens faibles, qui ne pouvaient plus en sortir. Avec cette règle uniforme de la confession de tous les mois, vous réussirez auprès de quelques-uns, vous échouerez avec d'autres, et ce seront les plus nombreux que vous ne maintiendrez jamais habituellement dans la grâce de Dieu. M. Allemand disait : « Un jeune homme à l'âge des passions, qui veut persévérer dans la vertu, doit se confesser, au plus tard, tous les quinze jours» et il ajoutait: « l'expérience de trente-cinq années, uniquement employées à la direction des jeunes gens, m'a appris qu'un grand nombre n'auraient pas persévéré, s'ils ne s'étaient pas confessés tous les huit jours. )i
L'efficacité de la fréquente confession est aussi évidente, aux yeux de la raison qu'à ceux de la foi. La raison dit qu'un jeune homme qui se confesse souvent, se décharge souvent du fardeau de ses péchés; qu'il reçoit souvent de bons avis, de bons conseils ; qu'il prend souvent de bonnes résolutions, que la prescription ne peut jamais s'établir en faveur de certaines fautes qui finissent, chez tant de jeunes gens, par prendre une sorte de droit de cité par leur durée indéfinie. Il p(HU"ra tomber fréquemment, pendant quelque temps encore, mais il concevra tou-
jours de l'horreur pour ses péchés : ils ne prendront jamais à ses yeux ces formes indifférentes Cfue le monde leur donne.
La foi nous dit que la grâce de ce Sacrement est la plus efficace de toutes pour purifier l'àme. Dans l'économie de notre sainte religion, la Pénitence est le canal établi de Dieu pour nous apporter le pardon ; et, lors même que le sacrement demeure incomplet par le défaut d'absolution, il y a toujours là, néanmoins, une grâce particulière qui résulte de l'humiliation des aveux et du regret des fautes commises.
Nous n'avons parlé jusqu'ici de la fréquente confession, que pour les jeunes gens qui ont le malheur de tomber plus ou moins souvent, et ils sont en grand nombre. Mais que dire des jeunes gens vraiment pieux, qui veulent avancer dans la perfection? Pour eux aussi, la confession fréquente est le meilleur des moyens. La vie chrétienne ne s'apprend pas toute seule ; il faut un guide pour nous conduire dans cette voie si inconnue à la plupart des hommes, mais tout à fait étrangère aux jeunes gens qui débutent dans la carrière. Tantôt, ce sont des illusions qui les entraînent bien loin des vertus que Dieu demandait d'eux; tantôt, des découragements si communs à cet âge, et qin leur font abandonner si aisément toutes leurs meilleures résolutions. Pour plusieurs, c'est un état de vie à choisir, qu'ils embrasseraient peut-être selon leur caprice, sans égards à leur aptitude et à la volonté de Dieu.
Un confesseur sera le guide fidèle, l'ami rare qui dirigera dans les voies du salut ces jeunes âmes, lesquelles, comme des barques égarées sur une mer immense, ne feraient que de grandes lieues hors de la voie, si un pilote ne venait à leur secours. Mais en quel lieu et en quel moment plus opportun vm confesseur pourra-t-il remplir ce rôle, sinon au Saint-Tribunal de la Pénitence ? Où trouvera-t-il plus d'autorité, de puissance, plus de moyens de se faire écouter et croire tout à la fois ?
J'entends ici une objection qu'on m'a faite souvent; sans doute, il serait bien à désirer que dans nos Œuvres les jeunes gens se confessassent très souvent, mais nous craignons de les décourager ; et, pour avoir trop demandé en poussant à la confession fréquente, peut-être, en fm de compte, devrons-nous renoncer à la confession annuelle. En un mot, c'est fort beau, mais fort inqjossible.
Cette objection suppose une grande inexpérience du cœur des jeunes gens; c'est-à-dire, que s'il existe un miracle en ce monde, c'est celui d'un jeune homme qui, ne se confessant qu'une fois par an, persévère dans ses bons sentiments et parvient même à faire ses Pâques. Il y a bien des années que je vis au milieu des jeunes gens ; j'ai obtenu la confession fréquente; mais la confession annuelle, j'ai beau rassembler mes souvenirs, je ne crois pas l'avoir obtenue d'un seul jeune homme. Après avoir abandonné le bon Dieu, quelques-uns, pour leurs Pâques, sont bien revenus une première an-
née, mais pas un ne Ta fait plusieurs années de suite; cependant, presque tous, en sortant de l'Œuvre, me l'avaient promis. Et eussent-ils d'ailleurs tenu parole, le résultat eût été à peu près le même. Comment donner l'absolution à un enfant couvert de péchés mortels et presque toujours dominé par de mauvaises habitudes très tenaces. Il faudra le soumettre à une épreuve ; il faudra prolonger peut-être pour lui le temps pascal, le faire revenir plusieurs fois ; quel travail, et peut-être sans fruit ! Mais ce travail peut réussir, sans doute ; mais quel regret d'abandonner ensuite cette pauvre âme, avec la certitude morale qu'elle ne persévérera pas, tandis que vous la retiendrez presque infailliblement par le plus facile des moyens, la confession fréquente.
Tout le sérieux de l'objection, car on ne peut nier les avantages de la confession fréquente, c'est la difficulté de l'obtenir. Comment amener les jeunes gens à cette excellente pratique? C'est moins difficile qu'on ne le croit. Soyons chrétiens, soyons prêtres, dans toute la force du mot; sachons bien ce que nous voulons ; au lieu de tant tâtonner, veuillons fermement ce que nous savons être nécessaire pour le salut de nos jeunes gens; conlionsnous en la grâce de Dieu qui veut sauver les âmes et qui a lui-même institué les sacrements pour les sauver ; travaillons, de notre côté, avec persistance et nous verrons, au bout de peu d'années, si la réussite ne couroimera pas nos efforts. Comme
preuve, après trente ans, voici où nous en sommes arrivés, dans cette maison, et j'espère bien que le bon Dieu nous conduira plus loin encore. J'ai pris la liste de cent enfants, sans aucun choix, en suivant seulement l'ordre alphabétique. Les plus jeunes ont au moins douze ans, les plus âgés de trente à quarante ans. Dans trois mois, sept pour dix se sont confessés tous les huit jours, deux pour dix tous les quinze jours, un seul pour dix a dépassé le mois.
Voici un autre calcul : en 1858, nous étant partagé la besogne avec un prêtre, que son évêque avait envoyé ici pour se former à notre ministère, sur cent jeunes gens ayant fait leur première communion, j'ai entendu, pour ma part, trois mille trois cent vingt confessions, dans neuf mois. En moyenne, chacun se serait confessé trente-trois fois, dans trente-neuf semaines. C'est donc à peu près tous les huit jours, pour le très grand nombre. Depuis, le résultat est encore plus frappant: j'entends sept mille confessions par an; mes collaborateurs en entendent plus de trois mille ; quelques-uns se confessent au dehors. C'est donc plus de onze mille confessions par an.
Je le répète donc, le résultat sera toujours certain, si on le poursuit sans se laisser rebuter jamais par les insuccès des premiers temps. Admettons, si l'on veut, que quelques rares jeunes gens se découragent à la vue de cette piété qu'on demande d'eux; combien, en revanche, seront encou-
rages par les exemples de ferveur dont ils seront témoins et qu'il leur est si facile d'imiter !
ARTICLE QUATRIEME