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Total eo 23 aos ;
95,1 54 Communions
Lorsqu'un jeune lionuiie se confesse souvent, la grâce liabituelle finit par s'établir détinitiveinent dans son cœur. Dès lors, il faut songer à régler ses communions, non pas seulement sur le nombre des grandes fêtes de l'année, mais sur la ferveur plus ou moins grande de son àme. Nous n'avons pas, à
l'Œuvre, l'usage des communions générales. C'est toujours trop peu pour un jeune homme fervent, c'est beaucoup trop pour ces pauvres âmes que tous les efforts ne peuvent arracher au péché. Nous aimons que chacun puisse communier quand il veut ou quand il peut; la liberté est de toute justice en pareille matière. Nous exhortons nos enfants à faire la Sainte Communion aux grandes fêtes, avec plus d'insistances qu'aux jours ordinaires, mais nous serions peut-être effrayés si tous sans exception s'approchaient de la Sainte-Table, comme nous serions attristés s'il n'y en avait pas toujours un certain nombre, même les dimanches ordinaires, .hisqu'ici nos plus grandes fêtes ne nous ont jamais donné plus de 250 communions; mais il y en a une soixantaine tous les dimanches et quelques-uns, peu nombreux il est' vrai, la font aussi dans la semaine.
Il y a, cependant, de sérieuses difficultés à élever contre la communion fréquente des jeunes gens. Nous allons essayer de les résoudre, nous dirons ensuite quelle est notre pratique.
Les uns, ne considérant que la grandeur du sacrement, voudraient des préparations extraordinaires de la part des enfants et des jeunes gens : absence de légèreté, foi vive, bonne conduite très longtemps soutenue. Certainement, on ne peut blâmer ces désirs, mais il ne faut pas oublier non plus que les sacrements sont pour les hommes, et qu'un enfant, ayant été jugé digne de s'approcher une première
fois de la Sainte-Table, il a un droit strict d'y retourner, s'il n'a que de ces petites faiblesses, inhérentes au jeune âge, à se reprocher; sans cela, l'Eglise repousserait absolument les jeunes gens de la communion jusqu'à l'époque de leur maturité, comme elle les repousse des Saints Ordres, par exemple. Il sutïït qu'un jeune homme ou un enfant soit bien préparé, toute proportion d'âge et d'état considérée, pour qu'on puisse et qu'on doive le faire approcher de la Sainte-Table. Seulement, c'est au Directeur à ne pas reculer devant les peines que lui demandera cette préparation.
A vrai dire, j'ai rarement rencontré cette sévérité chez les confesseurs des jeunes gens. .le craindrais davantage, ce me semble, l'extrême largeur de quelques-uns. J'ai connu des prêtres qui permettaient la sainte communion avec une facilité qui m'a toujours paru excessive. Etais-je obligé d'éloigner un enfant de la Sainte-Table, se trouvait-il humilié de cet éloignement, surtout à l'approche des grandes fêtes, il allait immédiatement trouver certains confesseurs et dès le lendemain il connu uniait. D'autres fois, j'ai connu de nos congréganistes qui, trop faibles, après certaines fautes, pour oser les avouer à leur confesseur ordinaire, après s'être adressés à un autre, reculaient épouvantés devant une trop facile absolution qu'on leur offrait; d'autres aussi, qui, revenus à eux-mêmes, après un certain temps d'égarement, demandaient à réitérer l'accusation des péchés qu'ils ne pouvaient croire vrai-
ment pardonnes par des absolutions précipitamment reçues. La fréquente communion, dans ces conditions, n'est certainement pas une bonne chose, et lorsque nos enfants dissipés courent en foule à ces Directeurs, trop faibles, pour se faire absoudre, c'est le premier pas vers leur sortie de l'Œuvre et l'abandon définitif des sacrements (1).
Voici quel est n(jtre usage pour la communitju fréquente : outre les conditions ordinaires, indiquées par les auteurs spirituels, et en particulier par Saint François de Salles, nous demandons, autant que possible, la fidèle observation des prati- ([ues de piété recommandées par le règlement. Ainsi, nos jeunes gens qui communient tous les dimanciies, font tous les matins leur méditation, et tous les soirs leur adoration. Ils assistent à l'exercice quotidien de l'Œuvre, autant qu'ils en ont le loisir. Quand ils font la sainte communion, l)endant la semaine, par exemple, le premier ven- (h'edi du mois, les jours de fêtes non chômées, nous leur faisons promettre de passer une dernilieure de l'après-midi devant le Très Saint- Sacrement, pour suppléer à l'absence des oflices.
Le point capital est ceci, c'est de veiller avec le plus grand soin à ce que chaque communion se fasse avec un grand esprit de foi. Je n'hésitei-ai jamais à donner l'absolution et à permettre la sainte communion à un jeune honnne qui aura commis
(Ij Voir notre traité de la Confession, tome II, chapitre 2.
une faute mortelle, si la contrition véritable accompagne son accusation. Que de fois il faut admettre au pardon le jeune homme le plus coupable, à cause de son repentir, à cause en même temps du découragement qui naîtrait d'un délai, de Tatlaiblissement de son ànie, de ses rechutes probables, s'il demeurait en état de péché mortel. Que de fois ces fautes échappées tout à coup à la fragilité de Tàge, sont suivies de la plus sincère et de la plus durable conversion! Et, en revanche, cjue de fois ne faut-il pas éloigner de la Sainte-Table un jeune homme innocent de cette innocence d'âge ou de simple tempérament , aussi peu porté à tomber en de grands écarts de^ mœurs, qu'incapable de donner aucune marque de piété et de foi 1 Si l'esprit de foi, au contraire, anime un jeune lionmie, la pensée d'une prochaine conmiunion sutlira pour le retenir pendant une semaine entière et lui fera faire des efforts héroïques. J'ai souvent ordonné à des jeunes gens pieux, mais sujets à des fautes vénielles qui m'alarmaient par leur nudtiplicité de faire Ions les jours })ar écrit leur examen ])articulier, leur prouieltant la communion hebdomadaire s'ils diminuaient le nombre de leurs fautes, la leur lefusant quand il y avait augmentation notable, et j'ai obtenu d'admirables résultats. J'ai connu un jeune homme, sujet à de graves écarts d'impatience qui le rendaient insupportable à ses parents, qui de cent quatre-vingt-sept fautes, lésnltat de son examen de la première semaine, i)arvint en [)eu de
temps à n'en plus commettre que cfuelques-unes, et qui a persévéré dans cet étal.
C'est pour aider par les observances exiérieures à ce maintien de l'esprit de foi, que nos usages ne permettent plus de communier à la Sainte-Messe (juand ou arrive sans bonnes raisons après l'Epître ; qu'ils demandent un temps convenable d'actions de grâce et des habits toujours décents; que nous donnons très souvent pour conseil et même pour pénitence de faire un quart d'heure d'adoration la veille au soir du jour oii doivent communier ceux qui ne le font pas habituellement; que nous veillons surtout à ce qu'aucun des communiants du matin ne manque les vêpres le soir. Aucune de ces pratiques, par elle-même, n'est de rigueur, elles doivent varier selon l'âge et la position du jeune homme ; mais par elles, la communion est un moyen pour obtenir la l)onne conduite, et la bonne conduite est un moyen pour communier souvent.
Pendant longtemps, nos Œuvres ont ignoré la communion fréquente, je veux dire celle de tous les dimanches et fêtes, à plus forte raison celles de la semaine. C'était une grave erreur, qui venait principalement de la direction laïque et qui a été caus(j (les plus grands insuccès. Paris était l'école spéj ciale de cette doctrine. Aujourd'hui, tout est bieil changé, s'eulement la réaction a été peut-être tro forte, comme le sont toutes les réactions. Onabsoil à tort et à travers, et par cette méthode impri dente on n'obtient aucun résultat. J'ai connu d(
maisons où de l'aveu des directeurs les trois quarts des jeunes gens vivaient dans de mauvaises hahitudes, et cependant on les faisait communier toutes les fois qu'ils se confessaient, sans obtenir presque jamais aucun changement apparent. Je compléterai ma pensée en disant bien humblement notre pratique: je n'ai presque jamais trouvé un confesseur plus sévère que moi pour l'absolution, et cependant je n'ai trouvé aucune maison où les communions fussent plus nombreuses. C'est qu'on croit à tort que l'absolution suffit à tout, tandis qu'elle ne produit son effet qu'à proportion de l'esprit de foi qui anime le pénitent. Donner cet esprit de foi est long et laborieux, simplement> absoudre est bien plus vite fait, mais la réussite est certaine, avec la première méthode, très rare ou tout au moins incertaine par l'autre moyen. .Jamais je ne laisserai s'en aller un jeune homme sans le pardonner, quelque faute qu'il ait commise, s'il me parait bien repentant; j'aime bien mieux lui faire désirer et gagner son absolution, si les plus lourdes fautes le laissent indilïérent. C'est surtout la veille des communions générales qu'il faut que le confesseur s'observe bien ; voilà pourquoi nous ne les connaissons pas dans notre Œuvre ; elles peuvent faire infiniment plus de mal que de bien.
On prétend que mon vénérable ami, Mgr de Ségur, un vrai père de jeunesse celui-là, enseigne une autre doctrine. On l'a mal lu et on n'a pris qu'un côté de ses enseignements. Sa doctrine développe
le fameux Canon du Concile de Trente, liortaiur Sancia Synodus, si connu dans sa première partie, si ignoré dans sa seconde, qui donne les conditions de fréquente Communion.
Résumons tout ceci : la doctrine de l'Eglise est qu'il serait à souhaiter que tous les fidèles communiassent toutes les fois qu'ils ont le bonheur d'entendre la Sainte Messe. L'Eglise n'excepte pas les jeunes gens de ce souhait. Si on peut obtenir les dispositions requises, il faut donc les admettre à la communion fréquente. Un Directeur zélé travaillera sans relâche à obtenir ces bonnes dispositions, et en ne négligeant aucun soin, il les obtiendra peu à peu, aidé de la grâce de Dieu.
ARTICLE CINQUIEME