‹ Méthode de direction des œuvres de jeunesse (volume 2)Chapitre 43 sur 55 · DES JEUX SIMPLES A LA PORTÉE DE TOUT LE MONDE · texte numérisé non relu

DES JEUX SIMPLES A LA PORTÉE DE TOUT LE MONDE

1^ En tête, à la place que lui assure son incomparable antiquité, il y a le célèbre jeti. de l'oie, renouvelé des Grecs, avec ses règles savantes, que la plupart des enfants passent à pieds joints, contents d'arriver plus tôt au but. L'industrie moderne a introduit des variétés dans ce jeu ; tantôt c'est le jeu ancien, tantôt un jeu de dévotion, tantôt un jeu des sciences naturelles. Un motif de typographie nous fait préférer l'ancien jeu, grossièrement colorié sur un papier à bon marché, mais très solide. Les autres gravés en taille douce sur du papier velin ne durent pas du tout. Ces jeux doivent être collés sur des planches, le carton n'a point de solidité. Les gobelets en peau sont très cliers, mais durent long-

— 3G3 — temps ; les gobelets en fer blanc coûtent peu, mais sont sans durée et font d'ailleurs un bruit extraordinaire ; les mains sont les meilleurs gobelets.

2'^ Les dainiers-, jeu plus sérieux, peu difficile à apprendre, et sur lequel je ne ferai qu'une seule remarque, c'est la quantité de pions blancs qui se perdent tous les dimanches, et plusieurs Œuvres ont fait la même observation. On sait les variétés de te jeu : qtii perd r/af/ne, le loup et la brebis, la pyramide, etc.

3° Les dominos, qui ont sur les damiers l'avantage d'occuper un plus grand nombre d'enfants, surtout les dominos du siècle passé, qui vont jusqu'au double neuf, et dont l'espèce se perd.

4" Le jeu de {'assaut qu'on achète chez les papepetiers, et les jeux de parc et des marelles, que nous faisons nous-mêmes.

5" Les vires-vires, modeste jeu, qui n'a pas la prétention d'occuper plus de trois minutes chaque enfant. C'est une aij^uille tournant sur un pivot, qui s'arrête sur des numéros.

6° Le Loto, charmant jeu , qui occuperait un grand nombre d'enfants, mais qui est déplorable par l'extrême facilité qu'ont les numéros de s'égarer. Il faudrait un loto par dimanche. Heureusement les enfants sont sans méfiance, et se servent encore d'un loto quand il y manque déjà presque la moitié des numéros.

7° Les, paillettes, en ivoire, en os, ou simplement en bois, qu'on retire d'un paquet avec une paillette

recourbée, sans faire remuer les autres, jeu bien innocent, et à la portée de toutes les intelligences.

8° Les Casse-tête, composés de sept morceaux de bois dur, découpés en plusieurs formes géométriques, qui font par le\u' réunion deux carrés parfaits. On imite avec ces morceaux plusieurs centaines de dessins, la plupart très difiiciles. Ouelques enfants n'ont jamais pu parvenir à en copier un seul, d'autres, plus heureux, ont reçu cette spécialité de la nature, et s"y amusent longtemps.

Autour de ces jeux plus connus, en gravitent un grand nombre d'autres qui leur ressemblent plus ou moins, mais dont le détail serait superflu. Voici le règlement imposé au salon des petits:

Art. 1. — Le salon des petits ne sera ouvert qu'avec la permission expresse de celui qui préside dans l'Œuvre.

Art. 2. — Il est défendu par la règle, de crier ou de courir dans le corridor et dans les escaliers qui conduisent dans cette salle.

Art. 3— Il est défendu, de jouer, dans ce salon à d'autres jeux que ceux autorisés par M. le Directeur, ou d'y introduire les jeux de la cour. Ceux qui auraient des jeux leur appartenant, demanderont la permission de s'en servir à celui qui préside dans l'Œuvre. Les jeux de cartes sont défendus.

Art. 4. — Il est absolument défendu de jouer de l'argent, mais on peut jouer des billes, des gâteaux, etc.

Art, 5. — On recommande beaucoup d'éviter les

les cris, les trops grands éclats de rire, de monter sur les tables et généralement tout ce qui est opposé à la bonne éducation.

Art. 6. — Cette salle étant exclusivement réservée aux jeux, il est défendu d'y séjourner debout et seulement pour causer.

Art. 7. — Celui qui préside à la salle est seul chargé d'ouvrir ou de fermer la porte et les croisées.

Art. 8. — Celui qui préside à la salle renverra les enfants qui n'observeraient pas ce règlement; ceux qui lui résisteraient seraient privés d'y aller pendant longtemps.

Art. 9. — Quand tous les jeux seront distribués, ceux qui ne pourraient plus en avoir ont la faculté de retenir un premier défi au jeu qui leur convient. Dans ce cas, ils s'asseyent auprès des joueurs et lemplacent le premier perdant.

Art. 10. — Quand la cloche donnera le premier signal, chacun se retii'era sans bruit, sans même finir la partie commencée ; on laissera le jeu sur la table.

ARTICLE DEUXIEME

DES JEUX SAVAMS

Par leur seul titre, nous les bannissons du salon des petits, qui d'ailleurs ne sauraient pas s'en servir. Tous les jeux des enfants se retrouvent au

— 3GG — salon ,des grands, mais il y en a quelques autres dont nous allons parler.

Les échecs. Nous n'avons jamais trouvé à ce jeu de graves inconvénients. Peu de jeunes gens savent y jouer, et il demande un esprit si réfléchi, si posé, les parties sont si longues qu il ne nous semble pas qu'il puisse nuire beaucoup, comme ces jeux rapides qui font désirer et obtenir de si promptes revanches.

2^" Les Car^e.s- demandent beaucoup de prudence. Bien des Œuvres les excluent, et sans avoir osé les imiter, nous sonmies loin de les blâmer. C'est pour nous une tradition de M, Allemand ; quand Napoléon 1" fit fermer son Œuvre, quelques grands, pleins de zèle, réunissaient leurs camarades, les dimanches, dans leurs maisons de campagne ; on y apprit le piquet, qui s'est perpétué jusqu'à nos jours parmi les Gongréganistes. Le bon esprit et une exacte surveillance parent à tout ; mais si j'entrevoyais le genre café s'introduire dans notre salon, jamais les cartes ne reparaîtraient plus à l'Œuvre que pour faire des châteaux ou des capucins.

.3" Le Billard. M. Allemand ne l'a jamais connu dans son Œuvre, et j'en pourrais dire autant si un bon ami ne nous en avait donné un qui ne vaut pas l'impôt qu'il paie. Je craindrais que quelques jeunes gens n'en fissent leur occupation exclusive, que ce fût la mort des grands jeux de la cour, la transformation de l'esprit de l'Œuvre. Il est bien facile d'enqjècher ces inconvénients en se passant de jeu,

bien ditîicile au contraire de revenir sur d'imprudentes démarches, quand un mauvais pli est donné. 4" Enfin, je parlerai ici des histoires, qui n'ayant pu trouver place dans aucun des articles précédents, méritent cependant une place très honorable parmi nos divertissements. Vers six heures, depuis la Toussaint jusqu'au mois de Mars, on conte une histoire aux enfants. Les méridionaux sont conteurs, et quelques-uns de nos jeunes gens s'en tirent à merveille. Rien de curieux comme le moment où retentit tout à coup ce cri: l'histoire. Chacun accourt, on se presse pour avoir la meilleure place, les bancs faisant un trop grand cercle, plusieurs s'asseoient par terre pour être pi us près, tl'autres étouffent le conteur en se mettant à côté, devant et derrière lui. Cependant, perché sur son trône élevé, le narrateur commence; il est nécessairement intéressant, car s'il ne l'était pas, comme c'est un jeu libre, où l'on n'est pas forcé d'assister, après quelques minutes il parlerait aux bancs. Mais quelques-uns de nos conteurs jouissent de la faveur populaire, suitout si leur récit renferme des Arthur, deschevaliers, descombats, des voleurs, des revenants, alors rien de curieux connue ces visages immobiles, les yeux fixés sur le conteur, suspendus à ses lèvres, dirait Homère. Par une ruse bien vieille et toujours nouvelle, l'intrigue se resserre, le ton s'anime, l'intérêt va croissant, précisément au moment où la cloche appelle à V Angélus et au départ. Un grand AJl! de regret récompense l'orateur de sa peine, et beaucoup ne sont reveims

le dimanche suivant, que pour entendre la fin d'une histoire qui ne finira qu'avec la saison. Quelques espiègles font tout ce qu'ils peuvent pour troubler ces récits, mais ceux qui gardent, y mettent bon ordre, et le silence y est toujours à peu près exactement maintenu. Les grands ne dédaignent pas ces histoires, et je me suis souvent surpris moimême admirant l'aplomb des conteurs et l'attention de l'auditoire. C'est un des moments les plus chéris de nos enfants, il nous aide à passer de longues soirées. Pour ménager les poumons du narrateur, nous avons quelques petites ruses ; à six heures on crie Vhisioire ! Mais de fait il est six heures et cinq minutes ; il faut dix minutes ou un quart d'heure pour que chacun soit assis, la fin sonne toujours cinq minutes avant l'heure, et un quart d'heure ou vingt minutes sont ainsi épargnés. Les romans de Walter Scott, convenablement habillés, quelques feuilletons extraordinaires, et plus encore l'imagination de nos grands jeunes gens sutîisent pour broder des thèmes qui durent sans fin.

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